Victime de racisme, une restauratrice guadeloupéenne va fermer son établissement en Hexagone
À Yerville, au nord de Rouen, une restauratrice d'origine guadeloupéenne ferme son établissement après deux ans d'activité. Victime de commentaires racistes et d'une baisse de fréquentation liée à sa couleur de peau, Nicole Cahard a décidé d'arrêter son exploitation pour lancer un nouveau projet professionnel.
Le poids du racisme, jusqu’à la fermeture. En Normandie, à Yerville, au nord de Rouen, une restauratrice d'origine guadeloupéenne se voit contrainte de jeter l'éponge, poussée vers la sortie par un climat de racisme décomplexé.
Installée depuis 2024 avec son mari, Nicole Cahard pensait pourtant connaître cette région qu'elle affectionne. Elle n'imaginait pas que sa couleur de peau deviendrait un frein à son activité.
Survivre face à l'intolérance
Aujourd'hui, face à une fréquentation en chute libre qu'elle impute directement à ces discriminations, le couple a pris une décision radicale : fermer l'établissement plus tôt que prévu pour se consacrer à un nouveau projet, loin de cette hostilité.
Face à ce rejet systématique, Nicole Cahard dénonce une réalité qu’elle n’imaginait plus possible aujourd'hui :
C'est surtout depuis que je suis en milieu rural, que je subis plus ce genre de discrimination. Et ce n'est pas comme si c'était des faits qui m'étaient rapportés, simplement, je l'entends de mes oreilles. Les gens quittent l'établissement "parce que je suis Noire", comme ils disent ici. Que ce soit des gens de la commune ou des alentours. Mais peu importe, je ne porte pas le commentaire sur des personnes en particulier. On m'a même demandé si je voulais porter plainte et j'ai dit que ça n'en valait pas la peine. Mais effectivement, ça fait deux ans. Et du fait qu'on sache que la cuisinière ou la patronne de l'établissement est noire, les gens ont commencé à fuir. Je n'exagère pas parce que lorsque j'en ai vu et les entendre dire : "Je m'en vais, je sors d'ici, je ne veux pas rester plus longtemps que ça", je ne savais même plus comment réagir. Je suis restée estomaquée, en me disant que nous sommes au XXIème siècle et je ne comprends pas qu'en 2026, on puisse avoir des propos comme ça.
« Je ne suis pas acceptée, donc j'arrête »
Si les débuts ont été prometteurs, le climat a changé dès que le visage de la cuisine est devenu public. Face à l'épuisement de son mari et à l'hostilité grandissante, Nicole a choisi de précipiter son départ pour préserver sa santé mentale et son avenir professionnel.
Lucide sur la viabilité de son commerce, elle explique comment le couple a dû accélérer ses projets personnels pour s'extraire de cette situation :
On travaillait très bien en début et c'est vrai qu'avant, les gens ne me voyaient pas forcément. Et c'est quand on a commencé à me voir que j'ai vu les réactions. De toute façon, nous avions envisagé de mettre un autre projet professionnel en place, mais un peu plus tard. Et du coup, mon mari en a marre et quand je rentre le soir, je lui dis: "Tu te rends compte, j'ai encore entendu ci et ça". Le projet que nous avions concerne notre domicile. Nous avons fait accélérer les travaux et pour pouvoir arrêter de travailler ici. Quelle que soit la finalité, que ce soit une vente ou qu'on arrête, j'ai décidé d'arrêter. J'en ai vraiment parlé avec monsieur, et je lui dis que venir travailler avec la boule au ventre ou à reculons, ça m'intéresse pas. La fréquentation de l'établissement diminue et ça va finir en catastrophe, donc ce n'est pas le but non plus. Je ne suis pas acceptée, donc j'arrête.







