Avec « Madras Expérience », Vibrasyon Lab mobilise la jeunesse antillaise à Paris pour réinventer ce tissu

Par 30/05/2026 - 11:26 • Mis à jour le 30/05/2026 - 11:32

Porté par le studio Vibrasyon Lab, le projet « Madras Expérience » a lancé son premier événement ce vendredi 29 mai dans le XXe arrondissement de Paris. Autour d'un talk-show, deux jeunes guadeloupéennes et leurs invités ont partagé une ambition : débarrasser le madras de ses clichés d'autrefois.

    Avec « Madras Expérience », Vibrasyon Lab mobilise la jeunesse antillaise à Paris pour réinventer ce tissu

Des jeunes antillaises se mobilisent à Paris pour remettre au goût du jour le tissu Madras. Le projet « Madras Expérience » est porté par le studio créatif Vibrasyon Lab, créé par deux jeunes guadeloupéennes.

Ce vendredi 29 mai a eu lieu leur tout premier événement dans le XXème arrondissement de Paris.

Un talk-show nommé « Quand la culture devient esthétique ». Le but : discuter avec des artistes et le public du tissu madras, son histoire et comment aujourd’hui on le met en valeur.

(Re)mettre en valeur le tissu madras

Priscilia Sophie, co-fondatrice de Vibrasyon Lab et du projet Madras Expérience, estime que le madras c’est plus que du textile, c’est une histoire sur les Antilles :

Notre but à travers cette première expérience de "talk bokantaj", c'est de parler du moment où la culture devient esthétique. Pour cela, on a invité des artistes, des designers et des peintres qui vont donner leur vision du Madras et parler de leur rapport à la culture. L'idée est de montrer la représentation de nos cultures à travers différents supports visuels, ,que ce soit la mode ou l'art, où nos codes sont repris. Le but, c'est de donner au public un avant-goût de ce que sera l'expérience finale.

"Revenir aux origines"

Derrière la dimension esthétique, il y a aussi un véritable devoir de transmission. Pour Priscilia Sophie, redonner ses lettres de noblesse au madras demande d'abord de se réapproprier son histoire et ses secrets de fabrication :

Le constat, ça a été de voir qu'on ne connaissait rien du Madras. En collaborant avec l'Association des Cuisiniers de Guadeloupe, on nous a apporté une boîte remplie de tissus en nous expliquant que le Madras a des codes et des significations en fonction de la couleur ou du quadrillage. On s'est dit : "Mais personne ne sait ça !". Pour nous, c'est important de revenir aux bases, à son arrivée aux Antilles. C'est un tissu multiculturel venu d'Inde, qui a un rapport avec toute cette partie de notre histoire. Il fallait revenir aux origines, de son arrivée en Guadeloupe jusqu'à maintenant, car beaucoup de personnes reprennent aujourd'hui le Madras sans savoir qu'il y a toute une signification derrière.

Casser les clichés

De son côté, Amandine Mouline, également co-fondatrice du projet "Madras Expérience", précise qu'il faut davantage assumer les tissus traditionnels issus de l'archipel antillais :

Beaucoup d'entre nous avaient cette vision un peu démodée du Madras. Quand on en parlait, on pensait tout de suite aux grandes robes traditionnelles que portaient nos grands-parents. Nous avions envie de changer ce cliché. On voulait permettre aux gens de se rendre compte que c'est un tissu qu'on peut utiliser pour faire des pièces plus simples, plus contemporaines, à porter tous les jours. Si nous, Antillais, ne le mettons pas en valeur, qui le fera pour nous ? Quand on regarde d'autres cultures, ils n'ont pas honte de porter leur tissu, comme c'est le cas avec le wax. Alors pourquoi nous, on est un peu gênés, on se restreint ? C'est ce blocage qu'on a voulu casser.Reconnexion et transmission

Transmettre et reconnecter

Pour l'artiste plasticien guadeloupéen Mathieu Jean-Baptiste Adolphe dit « Goyavart », le madras est une matière vivante qui s'impose d'elle-même sur la toile pour raconter notre identité :

Mon travail s'inscrit principalement dans une démarche de transmission culturelle antillaise et afro. C'est naturellement que le Madras s'intègre dans mes tableaux, directement dans la matière à l'aide de gel. J'aime beaucoup l'utiliser car il apporte de la chaleur et beaucoup d'émotions grâce à ses couleurs et ses tons assez vifs. Quand j'étais petit, il y a eu une période où le madras commençait à perdre en valeur, délaissé notamment par les anciennes générations. Je trouve qu'aujourd'hui, il est très repris par les jeunes pour faire ce travail de transmission. C'est capital, car on sent qu'on est en train de perdre un peu de notre culture. Ce travail de reconnexion est essentiel.

Si le « Madras Expérience » se conclura par une grande exposition immersive, la date de cette exposition n’a pas encore été annoncée.


Tags

À lire également