Le député guyanais Davy Rimane mobilise l'Assemblée nationale face au fléau du racisme scolaire

Par 11/02/2026 - 12:57 • Mis à jour le 11/02/2026 - 13:25

Ce mardi 10 février, l'Assemblée nationale a donné la parole aux victimes de harcèlement raciste à l'école. À l'initiative du député guyanais Davy Rimane, ce rendez-vous a brisé l'omerta sur le "traumatisme racial" à travers différents témoignages appelant l'État à passer enfin de l'indignation aux actes.

    Le député guyanais Davy Rimane mobilise l'Assemblée nationale face au fléau du racisme scolaire

Ce mardi 10 février, l'Assemblée nationale a accueilli une matinée d'échanges sur le harcèlement raciste à l'école, à l'initiative de Davy Rimane, président de la Délégation Outre-Mer.

Faire passer un message de résilience

De son côté, Thaïs a vécu l'enfer au collège. Enfant métisse, il a été persécuté par le racisme dans son petit village rural et dans le silence des institution. Pour survivre, Thaïs a terminé son collège à la maison. Désormais lycéen, il veut témoigner pour inspirer la résilience :

On me touchait mes cheveux en disant que c'était de la moumoute. Après, on me donnait des claques dans la tête, on me donnait des croche-pieds, on m'insultait de bamboula, de sale singe, de négro. Je me suis senti délaissé. Ils ont mis le sujet sous le tapis. Ils se sont même pas préoccupés plus que ça. C'est pour ça aussi que j'ai tenté de mettre fin à mes jours. C'était horrible pour moi. J'ai envie de donner un message d'espoir et de bienveillance à tous les élèves qui vivent ça ou qui ont vécu ça. J'ai envie de leur prouver que ça ne nous détruit pas pour toujours. Puis aujourd'hui, ça va mieux. Ça nous détruit forcément à un moment, mais on arrive toujours à s'en sortir malgré tout et il faut en parler. 

La psychologue guadeloupéenne Viviane Rolle-Romana milite activement pour que la spécificité du « traumatisme racial » soit reconnue par le corps médical et enseignant. Elle dénonce le mécanisme de rejet qui invalide la souffrance des victimes :

Si l'événement traumatique n'est pas identifié, on lui dit: Non, ce n'est pas ça. C'est peut-être vous qui l'avez perçu comme ça, de fait, vous ne pouvez pas poser ce diagnostic de traumatisme. Et si l'événement traumatique est une agression raciste, c'est un trauma racial.

L'importance de sortir du silence face à ce fléau

Pour le député Davy Rimane, qui a également interpellé le gouvernement sur cette question du harcèlement scolaire raciste, le constat doit impérativement se transformer en actes. Refusant que ces drames soient réduits à l'état de statistiques, il appelle à une réponse politique concrète :

On attend, on espère, on croit que, mais finalement, il n'y a rien qui se passe. Ça devient des faits divers et c'est inacceptable. Lorsque j'entends les témoignages de ces jeunes-là, on doit bonifier ça, on doit concrétiser ça avec intelligence et réaction parce qu'on ne peut pas rester silencieux ou inactif par rapport à cela encore.

Le député de Guyane a également tenu à réagir aux déclarations de Naïma Moutchou sur France Inter. Cette dernière y affirmait l’existence d’un "racisme anti-blanc" quotidien, précisant avoir défendu des victimes de ce phénomène au cours de sa carrière d’avocate. Ces propos ont profondément choqué le président de la Délégation Outre-mer :

Non seulement c'est révoltant, mais pour quelqu'un comme elle, c’est grave. On ne peut pas être au gouvernement et raconter de telles inepties, c’est incompréhensible. Lorsqu’on entend cela, on comprend son positionnement. C’est comme Édouard Philippe qui affirmait que la colonisation n’était pas un crime contre l’humanité. Nous avons des leaders politiques qui tiennent des propos extrêmement graves et blessants pour nous, par rapport à notre histoire, parce que celle-ci a été effacée volontairement. Ils veulent la relativiser, mais il n'en est pas question. On sait réagir fermement face à la Shoah ou aux actes antisémites, que je condamne d'ailleurs fermement, mais il ne peut y avoir deux poids, deux mesures dans la République française. Pourtant, force est de constater que ces deux réactions différentes existent. Désormais, nous allons faire valoir nos droits, non pas en tant que victimes, mais en tant que guerriers, car nous le devons à nos ancêtres.

Parmi les voix fortes de cette matinée, Anaïs, 18 ans, a livré un témoignage marquant. Victime de racisme en novembre 2025 de la part de camarades et d'un membre du personnel au sein de son établissement privé, la jeune femme a été contrainte d'interrompre ses études supérieures. Aujourd'hui déscolarisée, elle sort du silence pour sensibiliser l'opinion et encourager d'autres victimes à briser l'omerta :

C'est important de faire bouger les choses. Au début, j'avais honte d'être là, debout devant tout le monde, je ne me sentais pas bien. C'était un trop-plein d'émotions. Ma mère a dû demander l'aide du personnel de la vie scolaire car j'avais la tête qui tournait. Mais je suis venue aujourd'hui pour combattre cela. Il faut en parler. Ma mère m'a énormément soutenue, et c'est grâce à elle que nous avons pu contacter le député Rimane. Sans elle, rien de tout cela ne serait arrivé. Il faut que l'on en parle beaucoup plus.


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