Procès des "Grands Frères" : six relaxes, du sursis et de la prison ferme, le tribunal a rendu son jugement

Par 10/02/2026 - 14:57 • Mis à jour le 11/02/2026 - 07:32

Après 10 jours d'audience, le tribunal correctionnel de Fort-de-France a rendu son délibéré ce mardi 10 février dans l'affaire dite des "Grands Frères". Les magistrats ont tranché sur le sort des prévenus, dans un dossier où la défense dénonçait une manœuvre politique visant notamment à museler les mouvements de contestation sociale en Guadeloupe.

    Procès des "Grands Frères" : six relaxes, du sursis et de la prison ferme, le tribunal a rendu son jugement

C’est l’épilogue d’un marathon judiciaire qui a tenu la Guadeloupe et la Martinique en haleine. Ce mardi 10 février 2026, le tribunal correctionnel de Fort-de-France a rendu son délibéré dans l'affaire dite des "Grands Frères".

C’est dans une salle comble que le tribunal correctionnel a rendu son jugement ce mardi, en présence de 9 des 13 prévenus -11 étaient présents au procès.

Relaxe totale pour six des prévenus

Avant l'examen au fond, la juridiction a rejeté les demandes de renvoi et de disjonction, confirmant la régularité de l'ordonnance et estimant que le juge d'instruction avait répondu à l'ensemble des interrogations des parties.

Sur le fond, le tribunal a désavoué une grande partie des réquisitions en prononçant une relaxe générale pour l'association de malfaiteurs en vue d'extorsion, « faute d'entente caractérisée ».

En conséquence, David Abdoul, Michel Corvo, Christelle Daumont, Didier Dyvrande, Ludovic Tolassy et Sylvain Fostin sont intégralement relaxés.

Si le tribunal a également prononcé des relaxes pour la complicité de destruction et l'entrave à la circulation d'un aéronef, des condamnations significatives ont toutefois été actées. Le policier Didier Laurent, accusé d'avoir informé ses co-prevenus, écope de 2 ans de prison assortis d'une interdiction définitive d'exercer.

Noël Daufour, accusé d'être impliqué dans l'incendie du SPIP et le blocage de l'aéroport, est condamné à 1 an d'emprisonnement pour association de malfaiteurs liée à l'entrave à la circulation d'un aéronef, tout comme Samuel Crail et Cédric Vallier (ce dernier avec une interdiction de port d'arme de 15 ans).

Des peines plus légères ont été prononcées à l'encontre de Loïc Chenilco (8 mois avec sursis), Frédéric Dumesnil (6 mois avec sursis) et Pascal Baclet (6 mois avec sursis pour la seule détention d'arme).

À ÉCOUTER La réaction d'Eddy Arneton, avocat de Frédéric Dumesnil

Les mots de Noël Daufour, l'un des prévenus

À sa sortie de l'audience, Noël Daufour a exprimé un sentiment mêlé de soulagement et d'indignation morale, pointant du doigt le décalage entre les accusations initiales et la réalité du verdict :

Face aux cinq ans de prison ferme et au mandat de dépôt immédiat qui étaient réclamés contre moi, on pourrait penser que je devrais me satisfaire de la décision d’aujourd'hui. Je ne peux en aucun cas me satisfaire d'une condamnation, surtout quand on sait que l'on n'a rien fait. J'ai toujours assumé mes responsabilités par le passé quand j'avais quelque chose à me reprocher. Mais dès lors que je sais n'avoir rien fait, je ne peux pas me satisfaire de ce verdict. Je vais donc étudier avec mes avocats l'opportunité de faire appel. Quoi qu'il arrive, nous irons jusqu'au bout du travail que nous avons commencé pour notre pays. Durant des années, j'ai été présenté comme un chef de gang. Pourtant, les premiers mots du procureur ont admis que rien ne permettait de l'affirmer. Après deux ans et neuf mois de détention provisoire et avoir été traîné dans la boue, on me dit aujourd'hui que je ne suis plus ce chef de gang et qu'il n'y a plus d'escroquerie. Ce qui me blesse le plus, c'est qu'on ait tenté de faire croire au peuple que nous nous servions d'eux pour nous enrichir. Je suis condamné à un an alors que j'en ai déjà passé presque trois derrière les barreaux : l'équilibre n'y est pas.

Rappel des faits et des réquisitions

Pour rappel, l'affaire des "Grands Frères" trouve son origine dans la violente crise sociale qui a secoué la Guadeloupe en novembre 2021, sur fond de contestation contre l'obligation vaccinale.

Treize prévenus, dont plusieurs figures influentes des quartiers populaires, ont été traduites devant la justice, soupçonnées d'avoir orchestré les violences sur les barrages et d'avoir tenté d'extorquer des fonds à des élus locaux.

Tout au long de l'instruction et des dix jours d'audience délocalisée à Fort-de-France, les prévenus ont fermement contesté ces accusations d'association de malfaiteurs, affirmant avoir agi comme de simples médiateurs bénévoles pour éviter une explosion de la violence entre la jeunesse et les forces de l'ordre.

Le 5 février 2026, au neuvième jour du procès, le ministère public avait requis des peines allant de 10 mois de prison avec sursis jusqu'à 4 ans d'emprisonnement ferme. À l'inverse, une relaxe totale avait été demandée pour cinq des prévenus, et une relaxe partielle pour un sixième, faute d'éléments probants.

Le parquet avait tenté de démontrer que les "Grands Frères" avaient profité du chaos des barrages pour s'enrichir ou exercer une influence occulte, tandis que la défense a toujours soutenu qu'ils agissaient comme médiateurs face à cette violence.


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