Arnaque à la carte grise : au moins quatre sociétés victimes en Guadeloupe et 1 million d'euros de préjudice

Par 23/02/2026 - 07:40 • Mis à jour le 24/02/2026 - 06:15

En Guadeloupe, des professionnels du secteur de l’automobile sont victimes d’une arnaque à la carte grise de grande ampleur. Ils ont subi un piratage de leur habilitation “SIV”, le système d’immatriculation des véhicules. Les préjudices sont estimés à plus d’un million d’euros rien que sur nos iles.

    Arnaque à la carte grise : au moins quatre sociétés victimes en Guadeloupe et 1 million d'euros de préjudice

Au moins quatre sociétés en Guadeloupe ont été victimes de ce piratage de grande ampleur pour des sommes conséquentes, plus d’un million d’euros sur nos iles. Le préjudice est estimé à 3 millions d'euros au niveau national.

Le mode opératoire est toujours le même. Des cartes grises sont émises via le SIV, le système d’immatriculation des véhicules, en usurpant les codes d’accès de ces entreprises. Cette habilitation est délivrée par les services de la Préfecture aux professionnels de l’automobile et est censée être sécurisée par le biais d’une clef numérique individuelle à chaque société.

Pourtant entre les mois d’aout et de septembre 2025, des milliers de cartes grises frauduleuses ont été émises sur les comptes de ces entreprises qui se retrouvent aujourd’hui confrontés à devoir payer des sommes astronomiques aux finances publiques.

Christian Reimonenq, gérant de la société “Baie Mahault Auto”, estime qu'entre aout et septembre 2025, le préjudice subi s'élève à plus de 700 000 euros

C'est donc pas moins de 1 550 cartes grises qui ont été émises à mon insu par des escrocs, et ce, pour un montant total de 760 000 €. Je n'ai pas encaissé un centime de ces transactions, ce qui n'empêche pas les impôts de me réclamer cette somme, alors que c'est leur service qui a failli en termes de surveillance et de garde-fou. L'activité constatée sur mon habilitation était totalement inhabituelle, voire délirante. On parle de 760 000 € au lieu d'une moyenne mensuelle de 3 000 €. Les risques d'hameçonnage étaient connus des services de l'État. Pourquoi n'ont-ils pas pris des mesures de sauvegarde pour stopper rapidement l'hémorragie ?

Des plaintes ont été déposés mais la situation reste très préoccupante pour ces professionnels malgré plusieurs sollicitations auprès de la répression des fraudes.

L’office anti-cybercriminalité a également été saisi de ce dossier.

Un manque de protection

Céline Pascal est la gérante de la société “Tour d’horizon” pour la location de véhicules. Elle a aussi été victime du piratage de son habilitation SIV à hauteur de 360 000 euros et déplore elle aussi le manque de protection de l'Etat :

Il y a quelques années, quand les préfectures ont fait appel aux professionnels de l'automobile pour prendre en charge le service des cartes grises pour désengorger leurs guichets, on a tous répandu présent. On nous a confié cette mission avec un outil de travail qu'on appelle le SIV et qui s'avère aujourd'hui ne pas être suffisamment sécurisé. Le résultat, c'est que nous sommes à ce jour des centaines de professionnels victimes de piratage de nos habilitations cives, avec des préjudices affolants, pouvant parfois atteindre plusieurs centaines de milliers d'euros. Et ces sommes, les services fiscaux nous les réclament. Si nous effectuons une mission de service public pour le compte de l'État, nous devrions bénéficier d'une protection et d'un accompagnement. Or, nous sommes confrontés au silence et à l'inaction. On se retrouve tout seuls face aux conséquences d'un système qui nous a exposé. Malgré nos signalements, nos dépôts de plainte et toutes les démarches engagées, nous avons le sentiment d'être abandonnés. La fraude est bien connue des services de l'État et malgré tout, nous continuons de recevoir des titres de perception comme si nous étions à l'origine de ces opérations. On s'expose directement à des saisies sur compte ou des saisies de biens, c'est inacceptable

De nouveaux piratages ont encore été relevés ces dernières semaines. Un collectif de victimes a été monté avec à ce jour, plus d’une trentaine entreprises recensées en Guadeloupe et dans l’hexagone.


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