Des dizaines d'habitants tués par les drones utilisés par Haïti dans sa lutte contre les gangs (HRW)
Selon une ONG dédiée aux droits humains, l'usage de drone dans la lutte contre les gangs en Haïti a provoqué un nombre important de victimes collatérales au sein de la population.
Les frappes de drones menées "à grande échelle" par Haïti dans sa lutte contre les gangs ont tué depuis un an "des dizaines de personnes qui n'appartiennent pas à des groupes criminels, y compris des enfants", alerte l'ONG Human Rights Watch (HRW) dans un rapport publié mardi.
"Au moins 43 adultes qui n'appartenaient apparemment pas à des groupes criminels et 17 enfants" ont été tués "par des frappes de drones lors de 141 opérations entre le 1er mars 2025 et le 21 janvier 2026", écrit HRW.
Ces drones équipés d'explosifs utilisés dans des "zones urbaines densément peuplées" ont également "blessé au moins 49 personnes qui n'appartenaient pas à des groupes criminels", ajoute-t-elle.
"Des dizaines de personnes ordinaires, dont de nombreux enfants, ont été tuées et blessées lors d'opérations de drones meurtrières", déplore la directrice de la division Amériques à HRW, Juanita Goebertus. Ces frappes "ajoutent une nouvelle dimension aux violences qui dévastent déjà les communautés depuis des années", poursuit-elle.
Haïti, pays le plus pauvre d'Amérique, est rongé depuis des années par la violence des bandes criminelles, qui commettent meurtres, viols, pillages et enlèvements. Les gangs, qui contrôlent la quasi-totalité du territoire de la capitale Port-au-Prince, ont tué près de 6.000 personnes en 2025, selon l'ONU.
Intensification des frappes
Dans une opération menée le 20 septembre 2025 que détaille HRW, une frappe de drone "près d'un complexe récréatif" de Port-au-Prince a notamment tué "neuf enfants âgés de trois à douze ans".
L'ONG - comme l'ONU avant elle - souligne que les frappes de drones menées par Haïti s'intensifient : à Port-au-Prince, elles ont quasiment doublé sur la période allant de novembre à fin janvier par rapport au trimestre précédent (57 contre 29), évalue-t-elle.
Elle constate le climat de "terreur" qu'elles créent pour les habitants. Une personne décrit des drones dans le ciel "à longueur de journée". "Je vis avec cette peur, cette anxiété, tout le temps", témoigne une commerçante.
Le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti attribue les opérations à une force anti-gang créée en remplacement d'une mission onusienne de soutien à la police haïtienne, et qui opère avec "l'entreprise militaire privée Vectus Global", précise HRW.
Son patron américain, Erik Prince, déclarait dans la presse américaine à l'été 2025 avoir signé en début d'année un contrat d'un an avec le gouvernement de transition haïtien et engagé des opérateurs salvadoriens pour aider la police à utiliser des drones armés dans sa lutte contre les gangs.
Pour documenter son rapport, HRW s'appuie sur des témoignages de proches de victimes, d'acteurs communautaires ou encore de médecins, ainsi que sur des images et vidéos géolocalisées.







