« C'est dur de casser les codes » : le grand défi de ces jeunes qui choisissent de rester en Guadeloupe
En Guadeloupe, alors que le chômage touche près d’un jeune sur trois, certains font le choix de rester ou de revenir s’installer sur l'archipel. Face aux difficultés économiques et au manque d'emplois, ils expriment leur volonté de participer au changement et de trouver leur place.
Un phénomène touche la Guadeloupe depuis plusieurs années : le départ d’une partie de sa jeunesse.
Selon les chiffres de l’INSEE, le chômage touche près d’un jeune sur trois âgé de 15 à 29 ans sur l’archipel, soit plus du double de la France hexagonale.
Pourtant, malgré la vie chère, les difficultés liées au logement ou encore le manque d’emplois, certains jeunes font le choix de rester ou même de revenir vivre au pays.
Au-delà de ce constat, beaucoup partagent une réelle volonté de participer au changement.
"Qu'on s'entraide un peu plus"
Rester en Guadeloupe, pour beaucoup, c’est avant tout une histoire de cœur, mais c’est aussi un défi au quotidien.
Après avoir vécu 5 ans à Paris, Lesly a fait le choix du retour, motivée notamment par la stabilité familiale.
Au-delà de sa propre stabilité, elle s'est vite heurtée à une réalité plus globale : la difficulté d'insuffler une dynamique collective nouvelle et plus solidaire au sein de l'archipel :
J'aurais aimé qu'il y ait plus d'autonomie, et qu'on s'entraide un peu plus, mais il ne faut pas se leurrer. Avec la génération "boomer" de nos parents, ils ne sont pas prêts à changer. On l'a bien vu avec les élections municipales. Et c'est surtout dur en tant que jeune de casser les codes.
Un marché verrouillé
Pour Lenny, se projeter sur le territoire reste complexe sur le plan professionnel. Il déplore un manque d'ouverture et une trop faible concurrence dans les secteurs clés de l'île :
Les seules ambitions qu'il peut y avoir sur l'île, c'est travailler dans le fonctionariat ou entreprendre. Ça me paraît très compliqué et je ne connais pas d'îles, en tout cas dans les Caraïbes, qui soient surdéveloppées grâce à ça. Il y a trop de monopole économique. C'est souvent les mêmes acteurs qu'il y a sur toute la Guadeloupe, dans n'importe quel secteur. Tu es obligé de travailler avec eux, mis à part dans le tourisme, où il y a un peu plus de concurrence.
"Que les aînés apprennent à laisser la place"
Travaillant elle-même dans l’insertion professionnelle, Natacha constate le décalage entre les compétences locales et l'accès effectif à l'emploi. Elle appelle à une transition politique et professionnelle plus inclusive :
On a des compétences, mais on n'est pas embauchés. Il faut donner l'emploi aux jeunes, créer des structures qui leurs permettront d'avoir envie d'aller travailler. Parmi les axes à améliorer : que les aînés apprennent à laisser la place aux jeunes. Il faut faire en sorte que ces jeunes soient plus intégrés dans la vie politique.
Entre envie de construire, besoin d’opportunités et volonté de bousculer les codes, beaucoup de jeunes Guadeloupéens disent aujourd’hui vouloir croire en l’avenir de leur île, à condition de pouvoir réellement y trouver leur place et d'être écoutés par leurs aînés.
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