En Guadeloupe, la dépendance à la voiture s'accentue : 88% des travailleurs l'utilisent tous les jours
124 900 personnes se déplacent en Guadeloupe pour rejoindre leur lieu de travail. La voiture demeure largement dominante dans les modes de déplacement domicile-travail et sa part progresse depuis 2012
En Guadeloupe, les déplacements domicile-travail concernent une immense majorité des actifs. En 2022, 124 900 personnes se déplacent quotidiennement pour rejoindre leur lieu de travail, soit 97 % des travailleurs de l’archipel. Cela représente 1 300 personnes de plus qu’en 2012.
La distance moyenne parcourue atteint 12,6 kilomètres par trajet. La moitié des travailleurs parcourt moins de 10 kilomètres, mais une personne sur cinq effectue plus de 20 kilomètres pour rejoindre son emploi.
À l’inverse, seuls 4 100 travailleurs exercent leur activité à domicile, soit 3 % des actifs. Même si cette pratique reste marginale, elle progresse davantage que les déplacements traditionnels depuis dix ans.
La voiture, mode de transport ultra-dominant en Guadeloupe
La voiture reste de très loin le principal moyen de transport utilisé par les actifs guadeloupéens. En 2022, 88 % des personnes qui se déplacent pour travailler utilisent leur automobile, soit 109 900 conducteurs.
Cette dépendance s’est accentuée en dix ans : la part de la voiture a progressé de 4 points depuis 2012, avec 5 800 automobilistes supplémentaires.
L’étude souligne que cette hausse intervient dans un contexte où les alternatives demeurent limitées, notamment les transports en commun. Elle s’accompagne d’une augmentation de 14 % du parc de voitures particulières et de véhicules utilitaires légers sur la décennie.
Thierry, automobiliste, reconnaît qu'il utilise beaucoup sa voiture pour ses déplacement professionnels :
Mais le constat, c'est vraiment déplorable parce que nous sommes sur une île. Je vous dis franchement, moi, personnellement, je suis un agro-transformateur. J'utilise ma voiture que pour aller dans les activités. Il n'y a pas suffisamment de transports en commun parce que pour aller à Saint-François, cela m'est arrivé de prendre deux heures, du Gosier à Saint-François. Ici, il y a beaucoup de secteurs qui ne sont pas desservis. C'est pour cette raison qu'il y a des fois dans une famille, quatre adultes, deux enfants, mais on a six voitures.
Même pour les déplacements dans une même commune, l’usage de la voiture progresse fortement. En 2022, 81 % des actifs travaillant dans leur commune de résidence utilisent leur voiture, contre 75 % dix ans plus tôt.
Pour les trajets intercommunaux, la voiture reste quasi incontournable : 92 % des travailleurs concernés y ont recours.
Six travailleurs sur dix travaillent dans une autre commune
Les déplacements entre communes structurent fortement la mobilité en Guadeloupe. En 2022, six travailleurs sur dix exercent leur activité en dehors de leur commune de résidence, soit 74 600 navetteurs.
Certaines communes se distinguent par leur caractère résidentiel marqué. Plus des trois quarts des travailleurs résidant à Goyave, Vieux-Fort, Lamentin, Gourbeyre ou Morne-à-l’Eau travaillent ailleurs.
En nombre, les plus importants contingents de navetteurs résident aux Abymes, au Gosier et à Petit-Bourg.
L’étude observe également une progression de ces déplacements intercommunaux dans plusieurs communes entre 2012 et 2022, notamment à Capesterre-de-Marie-Galante, Saint-Louis et Pointe-Noire.
Baie-Mahault, cœur des flux automobiles
La communauté d’agglomération Cap Excellence concentre à elle seule près de la moitié des emplois de Guadeloupe. Baie-Mahault constitue le premier pôle d’emploi de l’archipel avec plus d’un emploi régional sur cinq.
La commune accueille 26 800 travailleurs qui se déplacent, dont les trois quarts résident dans une autre commune, principalement aux Abymes, à Petit-Bourg et au Gosier.
Ces flux génèrent une circulation particulièrement dense. Chaque jour, 18 600 automobilistes entrent à Baie-Mahault pour y travailler. À cela s’ajoutent 12 000 automobilistes traversant la commune pour rejoindre un autre territoire ainsi que 5 700 déplacements internes.
Au total, 36 300 automobilistes circulent quotidiennement dans la commune, contribuant fortement à la congestion routière.
Les Abymes et Pointe-à-Pitre constituent également des pôles majeurs d’attraction des travailleurs. À Pointe-à-Pitre, 84 % des actifs travaillant dans la commune résident ailleurs.
Les transports en commun et la marche restent minoritaires
Les transports en commun demeurent peu utilisés pour les trajets domicile-travail. En 2022, seuls 6 800 travailleurs y ont recours, soit 5 % des actifs qui se déplacent. Cette part recule de deux points par rapport à 2012.
Sabrina, usagère régulière des transports en commun, déplore le mode de fonctionnement aléatoire de ces services :
Je prends les transports en commun tous les jours. Je me lève à 5h50 pour me préparer, me faire à manger et après aller prendre le bus et il n'y en a pas. Parfois, on attend pendant une heure. Parfois, je m'arrange avec des chauffeurs de Karulis. Donc, c'est toujours 1,20 € et c'est hyper pratique. Mais parfois aussi, ils ne passent pas
La marche concerne également 5 % des travailleurs, soit 5 700 personnes. Elle reste surtout liée à la proximité du lieu de travail : neuf marcheurs sur dix travaillent dans leur commune de résidence.
Certaines communes affichent néanmoins une pratique plus élevée de la marche, notamment Terre-de-Bas, Terre-de-Haut, Pointe-à-Pitre ou encore Basse-Terre.
Le vélo reste quant à lui marginal, utilisé par moins de 1 % des travailleurs. L’étude met notamment en avant le faible développement des infrastructures cyclables.
Les jeunes et les catégories modestes utilisent davantage les alternatives
Même si la voiture reste dominante dans toutes les catégories sociales, les comportements varient selon les profils.
Les jeunes de 15 à 29 ans utilisent plus fréquemment les transports en commun et la marche, notamment en raison de contraintes budgétaires plus importantes.
Les ouvriers et les employés recourent également davantage aux modes alternatifs, tandis que les cadres et professions intermédiaires utilisent très majoritairement la voiture. Les cadres sont aussi les plus nombreux à travailler hors de leur commune de résidence et parcourent les distances les plus longues.







