Narcotrafic : entrée en vigueur du "Pnaco", le nouveau parquet contre la criminalité organisée

Par 06/01/2026 - 15:14

Ce lundi 5 janvier, le Parquet national contre le narcotrafic et la criminalité (Pnaco) est entré en vigueur au tribunal de Paris. Cette juridiction composée de 16 magistrats pourrait se pencher sur le sort des trafiquants en provenance des Antilles, au regard de l'intensité du trafic en Guadeloupe et Martinique.

    Narcotrafic : entrée en vigueur du "Pnaco", le nouveau parquet contre la criminalité organisée

Dans "la guerre" au narcotrafic déclarée par les autorités, une unité particulière s'est mobilisé ce lundi 5 janvier au tribunal de Paris : le "Pnaco", un nouveau parquet destiné à combattre la criminalité organisée.

"Nous sommes face à des gens très dangereux" avec des modes opératoires qui peuvent se rapprocher "du terrorisme" car ils "déstabilisent l'ordre social", explique la procureure Vanessa Perrée, à l'occasion du lancement du Parquet national anti-criminalité organisée (Pnaco).

Au quotidien, "le trafic gêne de plus en plus les Français", et les traumatise avec "des victimes collatérales", explique-t-elle dans un entretien accordé à l'AFP. Des victimes telles que Mehdi Kessaci, le frère d'un militant associatif engagé contre le narcotrafic assassiné à Marseille le 13 novembre 2025.

À l'instar des groupes djihadistes, les trafiquants recrutent "sur les réseaux sociaux des mineurs de plus en plus jeunes", attirés par "des sommes dérisoires pour prendre une vie humaine". C'est le cas de Nessim Ramdane, chauffeur VTC tué le 4 octobre 2024 à Marseille. Le suspect, bientôt jugé, était âgé de 14 ans lors des faits.

"Pas de dérive"

La loi narcotrafic créant le Pnaco donne de nouveaux outils aux enquêteurs. Parmi eux, le "dossier coffre", un procès-verbal destiné à préserver certaines techniques d'enquête vis-à-vis des mis en cause, ainsi que la possibilité d'activer à distance un téléphone afin de procéder à des écoutes.

Ces moyens inquiètent de nombreux avocats, qui redoutent des atteintes aux droits de la défense, explique Vanessa Perrée :

Il n'y a pas de dérive, nous nous inscrivons dans l’État de droit. Ce sont des moyens légaux, avec des contrôles, des débats contradictoires, la nécessité de passer devant un juge. Alors oui, nous avons des gardes à vue plus longues, des techniques spéciales d'enquête, mais elles sont à la hauteur des enjeux, des moyens et de la dangerosité (des trafiquants ndlr.).

La procureure du Pnaco poursuit :

Leur violence désinhibée s'accompagne d'une complexification des flux financiers pour réinvestir l'argent sale 'dans un circuit légal et non traçable', et d'une capacité à corrompre permise par leur puissance financière. On a vu des cas de greffiers, d'agents pénitentiaires" corrompus. On n'a pas un narco-État en France. On se donne justement les moyens" de s'en prémunir.

Mais la vigilance est de mise, comme pour les municipales de mars 2026 :

On peut s'interroger sur l'influence des trafiquants de drogue dans les quartiers" quand ils tentent "de se substituer aux services de l’État pour les citoyens.

Le Pnaco hérite de 170 dossiers en cours liés à criminalité organisée : narcotrafic, filières d'immigration clandestine, traite d'êtres humains, proxénétisme, vols à main armée.

Parmi ces affaires figurent notamment l’enquête sur l’évasion, en 2024 du trafiquant Mohamed Amra, au cours de laquelle deux agents pénitentiaires ont perdu la vie, ainsi que celle sur le naufrage mortel de 31 migrants dans la Manche en 2021, et les investigations portant sur la série d'enlèvements en 2025 en lien avec les cryptomonnaies.

Traquer l'argent

Jusqu'à présent, ces affaires étaient dirigées par la Juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée, créée en 2019, avec l'ambition déjà affichée de mieux endiguer cette criminalité. Quelle est la mission du Pnaco ?

Une "doctrine", pour Vanessa Perrée, qui repose sur une collaboration renforcée avec les parquets locaux. Cette force de frappe a augmentée de seize magistrats, dont six spécialisés en criminalité organisée "classique" et six en financier. Dix supplémentaires arriveront en septembre 2026.

Sur chaque dossier, nous aurons un binôme" de procureurs, épaulés d'assistants spécialisés, pour pister le produit stupéfiant mais aussi l'argent, avec une "enquête patrimoniale poussée.

Traquer l'argent "est essentiel", selon l'ancienne directrice de l'Agence de gestion et recouvrement des avoirs saisis (Agrasc), à l'heure où le blanchiment s'opère "dans des sociétés de BTP, sur des comptes familiaux, dans des achats de produits de luxe, l'investissement dans des voitures, des montres, des bijoux."

En France, le marché du narcotrafic est souvent évalué à hauteur de 6 milliards d'euros. Un chiffre qui ne permet pas "de savoir exactement ce que ça rapporte", indique Vanessa Perrée, qui évoque des "investissements qui prennent de la valeur" et s'effectuent "de plus en plus à l'étranger".

"Nous avons encore pas mal de travail à faire avec les Émirats", note la magistrate, en particulier pour retracer "les achats immobiliers en liquide, en crypto". Vanessa Perrée relève aussi une "nécessaire coopération avec les pays du Maghreb". Pour le Pnaco, l'objectif de devenir "l'interlocuteur unique" français à l'international pour ces dossiers complexes.

Sa mise en place marque "une étape historique dans la lutte contre le narcotrafic", a salué sur X le garde des Sceaux Gérald Darmanin.


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