« C'est un film qui me ressemble énormément » : le vidéaste guadeloupéen Wil Aime de retour avec "WHO"
Après six ans de développement indépendant, le vidéaste guadeloupéen Wil Aime lance son premier long-métrage, "WHO". Ce thriller psychologique sera projeté les 28 et 29 mai 2026 dans les salles de cinéma en France, au Canada et en Afrique francophone, après une avant-première au Grand Rex le 26 mai, à Paris.
C’est l’histoire d’une ascension qui défie les algorithmes. En quelques années, Wil Aime est passé du statut de phénomène des réseaux sociaux à celui de réalisateur scruté par le septième art.
Connu pour ses scénarios millimétrés et ses intrigues à tiroirs, le jeune cinéaste transforme aujourd'hui l’essai sur grand écran avec son premier long-métrage, "WHO".
Ce thriller psychologique, co-financé par la Région Guadeloupe, marque l’aboutissement d’un travail de six ans mené en totale indépendance.
Pour sa toute première interview radio, le réalisateur a choisi de se livrer en exclusivité au micro de RCI avant la sortie nationale.
Très attendu par le public, WHO sera projeté en salles les 28 et 29 mai 2026 en France, au Canada et dans plusieurs pays d’Afrique francophone. Une avant-première exceptionnelle est également programmée au Grand Rex, à Paris, le 26 mai.
L'entretien intégral entre le vidéaste guadeloupéen Wil Aime et Cédric Centime
Le passage des réseaux sociaux au cinéma semble être une suite logique pour vous. Qu’est-ce qui a provoqué ce déclic de vouloir porter votre vision sur grand écran ?
Si je m'interroge sur les raisons, je dirais que c'est un rêve qui a grandi en moi au fil de l'écriture et de la réalisation. En 2019, quand j'ai projeté mon premier moyen-métrage d'environ 40 minutes au Grand Rex, le choc de voir mon travail sur grand écran a tout changé. J'ai compris à cet instant précis que c'était ce que je voulais faire de mon existence. J'ai su que j'étais prêt à consentir à tous les sacrifices et à m'armer d'une patience absolue pour y parvenir.
Promesse tenue envers sa communauté
L'absence prolongée du réalisateur sur la toile a créé une attente presque palpable chez ses fans. Pourtant, Wil Aime refuse d'y voir un pari risqué.
Votre absence prolongée a créé une attente immense, presque une pression. Considérez-vous ce premier long-métrage comme un véritable pari personnel ?
Non, pas vraiment. Je ne décrirais pas cela comme un pari, mais plutôt comme une promesse. Je m'étais fait le serment, envers moi-même, ma famille et tous ceux qui me soutiennent, que je ferais tout pour aller le plus loin possible et réaliser mes ambitions. Je pense que les gens qui me suivent et qui vibrent devant mes films souhaitaient avant tout que je prenne du plaisir et que j'aille au bout de mes idées. Je le vis comme quelqu'un qui honore sa parole, et j'espère que c'est ainsi que le public le percevra.
Six ans de combat
Réaliser "WHO" a pris six ans. Avec le recul, quelle a été la partie la plus éprouvante de cette aventure ?
Le plus difficile reste la réalité d'une industrie extrêmement coûteuse. Le défi majeur était financier. Il a été très dur d'enchaîner les journées de tournage ; parfois, on ne savait pas si on allait pouvoir tourner le lendemain. Mais j'ai eu la chance d'être entouré par des gens que j'aime, ma famille et la même équipe depuis le début. Malgré les obstacles concrets, financiers ou techniques, mon équipe a gardé la foi et le courage. Nous étions tous habités par l'histoire que nous racontions. Avec le recul, ce qui me semblait insurmontable sur le moment est devenu un très beau souvenir.
Explorer les zones d'ombre humaines
Le thriller psychologique est devenu votre marque de fabrique. Qu’est-ce qui vous attire autant dans l’exploration des zones d’ombre de l’être humain ?
Je pense que ce sont les récits qui nous marquent le plus profondément. Lorsqu'on s'interroge sur la véritable nature humaine et sur ce dont nous sommes capables, dans le beau comme dans le laid, dans la lumière comme dans l'obscurité. Regardez les histoires comme Les Trois Petits Cochons ou Le Petit Chaperon Rouge, ou même la mythologie grecque : ce sont souvent des récits sombres. On y explore des concepts comme la peur ou la morale. Ce sont ces histoires qui nous font vibrer et nous poussent à nous dépasser philosophiquement.
Un film sincère
Dans "WHO", vous demandez : "Dans un monde de monstres, qui est le monstre ?". Est-ce un miroir de notre société ? Cherchez-vous simplement à divertir ou à bousculer le public ?
C'est une excellente question. J'ai surtout voulu écrire avec le cœur, de manière très sincère. C'est un film qui me ressemble énormément : il reflète mes questionnements, ma vision du monde et ma façon de me divertir. Le public retrouvera "du Wil Aime", mais un Wil Aime qui a grandi, qui a traversé des épreuves moins joyeuses, tout en conservant l'esprit que les gens ont aimé découvrir il y a quelques années.
Aujourd'hui, vous considérez-vous toujours comme un créateur de contenu ou avez-vous définitivement endossé le costume de réalisateur de cinéma ?
Pour être totalement honnête avec vous, et je le suis d'autant plus que c'est ma première interview radio et que c'est pour la Guadeloupe, mon amour pour mon île étant infini, je ne pense pas avoir jamais vraiment été un "créateur de contenu". C'est un terme apparu alors que je créais déjà. Pour moi, ce terme suggère qu'il y a un contenant qu'il faut remplir par nécessité d'exister. Je n'ai jamais vu les choses ainsi. J'ai toujours attendu d'avoir quelque chose qui m'anime vraiment à raconter. Mon approche de la création n'a pas changé ; c'est juste que je ne me suis jamais reconnu dans cette étiquette.
Pourquoi aller voir "WHO" ?
Quels sont, selon vous, les arguments qui devraient pousser le public à se rendre en salle pour découvrir votre film ?
Pourquoi faut-il aller le voir ? Pour plein de raisons, mais d'abord parce que c'est un film indépendant. C'est un des rares films qui a la chance de sortir en France et aussi en Guadeloupe, qui a été fait avec une indépendance totale, c'est-à-dire au niveau du choix des acteurs, qui sont des acteurs que vous verrez rarement, au niveau de l'histoire, qui est une histoire très je pense, déroutante et qui aurait pas pu exister en passant par les circuits normaux. Je pense que vous comprendrez une fois que vous l'aurez vu, mais c'est un film, je pense, qu'il faut vivre au cinéma. Je pense qu'il faut faire partie de ceux qui l'ont vu. On en parlera après, je vais pas trop spoiler, mais c'est aussi parce que si jamais vous avez aimé vraiment, si les courts métrages d'il y a quelques années vous ont touché, vous ont fait sourire, vous ont bouleversé ou vous ont fait réfléchir, vous aurez ça en démultiplié au cinéma.
Son rapport à la critique
Comment appréhendez-vous le jugement du public et des critiques ? Est-ce un moteur pour vous ou une épreuve que vous recevez de plein fouet ?
La critique est toujours une épreuve. Quand on met tout son cœur dans une œuvre, le jugement nous touche directement. Dire le contraire serait mentir. Mais cela fait partie intégrante du processus de création. L'art doit divertir, parfois de façon positive, parfois négativement. C'est le don qu'on fait au monde : on se met à nu et on accepte d'être jugé. Si l'on reçoit de l'amour, on l'accueille avec plaisir, mais il faut aussi accepter le reste. Ce sont les deux faces d'une même pièce. Ce n'est pas toujours agréable, mais c'est ainsi que l'on grandit.







