Municipales 2026 : le maire, nouveau « chef d'entreprise » de sa commune ?
À quatre jours du premier tour des municipales 2026 ce dimanche 15 mars, la gestion des communes est au centre des préoccupations. Comment a évolué la fonction de maire, désormais confrontée à des défis économiques et juridiques similaires à ceux du monde de l'entreprise ?
À seulement quatre jours de l’ouverture des bureaux de vote pour les élections municipales 2026, l’effervescence est à son comble. Derrière les promesses de campagne, une question structure les débats : quel profil doit adopter l'édile moderne ?
Face à des budgets de plus en plus contraints et une complexité juridique croissante, la figure du maire « gestionnaire » s'impose. La responsabilité qui incombe aux maires est devenue plus importante au fil des années.
L’impératif du maire "chef d’entreprise"
La nouvelle règlementation juridique et économique impose aux chefs d’édilités, une plus grande polyvalence dans la gestion de la ville, au point que certains les considèrent désormais comme de vrais « chefs d’entreprises ».
Axelle Kaulanjan, consultante politique, souligne l'urgence de maîtriser les rouages techniques pour éviter les écueils juridiques, particulièrement en Guadeloupe :
La responsabilité étant engagée, il faut comprendre de quoi il s'agit. Il faut comprendre quelles sont les différentes dispositions du Code général des collectivités territoriales. Il faut faire surtout attention en termes de marchés publics. Et puis, au vu du contexte de raréfaction du concours financier de l'État, la dotation générale de fonctionnement baisse de plus en plus. Mécaniquement, ça va être de mal en pire pour la Guadeloupe cette dotation globale de fonctionnement, elle est indexée sur le nombre d'habitants d'une commune. Or, la Guadeloupe perd de plus en plus d'habitants chaque année.
Cette mutation du rôle d'élu exige, selon la consultante, une véritable stature d'entrepreneur capable de transformer des projets locaux en dossiers structurants :
Il faut que le maire soit aussi, quelque part, un "chef d'entreprise". Il doit innover dans les systèmes de financement, non seulement avoir cette capacité à développer des projets transversaux qui vont pouvoir répondre au quotidien des habitants, aux besoins quotidiens, mais en même temps être suffisamment structurants pour aller solliciter le concours des fonds européens. À ce niveau-là, oui, il faut qu'il soit un chef d'entreprise. Ça requiert de l'ingénierie, de l'ingénierie au niveau du recrutement municipal, territorial, mais aussi de l'ingénierie des élus, pour qu'ils puissent comprendre de quoi il s'agit et aller défendre, aller à Bruxelles, aller au ministère pour pouvoir défendre ça. Parce que ce ne sont pas que les agents territoriaux et les experts qui vont défendre. Il y a un levier politique à utiliser aussi.
Le maire, un chef d'orchestre avant tout
De son côté, l'expert-comptable Samuel Oulac, estime que si l'analogie avec le monde de l'entreprise est pertinente, elle ne doit pas faire oublier l'essence même du mandat électif. Pour lui, le succès d'un maire repose avant tout sur sa capacité à fédérer une équipe :
Je pense que le maire, étant à la tête d'une commune, de sa ville, doit avoir une vision pour sa ville. Donc, il va exercer la politique au sens noble, finalement, du terme. Pour cela, bien qu'il n'ait pas forcément les compétences d'un chef d'entreprise. Il doit pouvoir s'appuyer sur des cadres compétents pour l'aider dans sa prise de décisions. Finalement, l'enjeu pour lui va être d'avoir des compétences managériales pour coordonner un staff administratif. Il doit pouvoir identifier des talents, des compétences pour s'entourer correctement et prendre les décisions qui sont les bonnes, compte tenu de sa vision de l'avenir, de la stratégie pour sa commune.
Pour l'expert-comptable, la réussite d'un mandat repose moins sur la calculette que sur l'art de fédérer des talents autour d'un projet de société :
Le maire doit avoir une vision pour sa ville et exercer la politique au sens noble. L'enjeu pour lui va être d'avoir des compétences managériales pour identifier des talents et s'entourer correctement afin de pallier les compétences techniques qu'il n'a pas. Un bon manager sait donner du sens au travail de ses collaborateurs dans un environnement sain. Mais une commune n'a pas les mêmes objectifs qu'une société : le chef d'entreprise est dicté par des contraintes financières et de rentabilité, alors que le maire agit au regard de l'intérêt public et de contraintes sociétales. Si un chef d'entreprise peut fermer un établissement déficitaire, pour un maire, fermer une école pour rééquilibrer son budget est bien plus complexe ; il ne fait pas face aux mêmes contraintes.
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