Crise de l'eau : « Cette situation est une torture », dénonce Harry Durimel, maire de Pointe-à-Pitre

Par 15/05/2026 - 17:12 • Mis à jour le 15/05/2026 - 17:15

Confronté à des coupures d'eau chroniques à Pointe-à-Pitre, le maire Harry Durimel dénonce un « fiasco politique et judiciaire ». Face à la vétusté des réseaux et à l'opacité de la gestion financière passée, l'élu exige une transparence totale sur les investissements déployés.

    Crise de l'eau : « Cette situation est une torture », dénonce Harry Durimel, maire de Pointe-à-Pitre

À Pointe-à-Pitre, la répétition des coupures d'eau contraint les autorités à organiser de nouvelles distributions de bouteilles d'eau minérale pour pallier l'urgence.

Cette crise structurelle, qui affecte quotidiennement des milliers de foyers guadeloupéens, place les municipalités face à des défaillances de réseau qu'elles ne peuvent pas directement résoudre.

Invité de l'émission "Pavé dans la Mare", présentée par Margaux Boddaert, Harry Durimel, maire de Pointe-à-Pitre, est intervenu pour détailler l'impact de ces pénuries sur ses administrés et dénoncer une situation qu'il qualifie lui-même de "torture".

Un "fiasco politique et judiciaire"

Le premier édile de Pointe-à-Pitre ne cache plus son amertume face à l'incapacité des autorités à garantir un accès élémentaire à l'eau potable.

Pour lui, la situation dépasse le simple problème technique pour devenir un scandale d'État. Il confie son sentiment d'impuissance face à l'absence de sanctions contre les responsables de cette défaillance :

J'ai le sentiment que nous traversons un véritable fiasco : fiasco politique, mais aussi judiciaire, car nous ne parvenons pas à faire payer les responsables. Il est inacceptable de vivre dans un pays développé comme la France et de manquer d'eau pendant des jours, des semaines, voire un mois entier. Au Morne La Loge, les habitants me rapportent qu'ils n'ont plus une goutte d'eau depuis un mois. Cette situation est une torture. Je ne suis pas un maire hors-sol, déconnecté des réalités : certains s'étonnent que je doive me doucher avec des bouteilles d'eau, mais quand on le vit au quotidien, on comprend l'ampleur du désastre.

Une gestion opaque des investissements

Au-delà de la pénurie, c'est l'utilisation des fonds publics dédiés à la rénovation des infrastructures qui interroge l'élu.

Harry Durimel pointe du doigt un réseau vétuste où la ressource s'évapore dans des canalisations percées depuis des décennies. Il réclame aujourd'hui une transparence totale sur les chantiers réellement effectués :

Il existe un grave problème de gestion de la ressource. L'eau est là, mais elle est gaspillée à travers des canalisations transpercées depuis plus de vingt ou trente ans. Nous nous demandons où passent les millions d'euros censés être investis. J'ai officiellement demandé aux représentants de l'État qu'on installe un écran géant sur la place des Martyrs, devant la mairie, pour montrer aux citoyens ce qui a été fait ces vingt dernières années. Plutôt que d'entendre parler de millions, j'aimerais voir des canalisations où l'eau coule enfin. En affichant le kilométrage de tuyaux réparés et ce qu'il reste à faire, les citoyens pourraient au moins savoir combien de temps cette torture va encore durer : trois mois, six mois, un an ? Nous avons besoin de visibilité.

Un appel au sursaut de l'État

Face à l'urgence, le maire de Pointe-à-Pitre estime que son rôle de garant du développement de la ville est entravé par cette crise primaire.

Il interpelle directement l'État français, exigeant que la Guadeloupe bénéficie de la même réactivité que celle déployée par la France lors de catastrophes humanitaires à l'étranger :

Aujourd'hui, l'heure n'est plus aux accusations stériles, mais aux responsabilités. En tant qu'élu, je ne peux plus accepter d'être le maire d'une population privée d'eau. Mon discours sur la culture ou le développement urbain perd toute crédibilité quand les besoins vitaux ne sont pas satisfaits. Nous sommes dos au mur. J'ai dit au Préfet : "imaginez que la Guadeloupe subisse un séisme et que toutes les canalisations explosent. La France attendrait-elle vingt ans pour nous secourir ?" Lorsque des pays voisins ou en développement sont touchés, la France est la première à apporter son aide internationale. Nous lançons aujourd'hui un appel au secours à la nation française pour venir à la rescousse des Guadeloupéens.

Un sentiment d'impunité

L'élu dénonce également une gestion passée marquée par des abus de confiance manifestes.

Évoquant des dépenses somptuaires réalisées au détriment de l'entretien des réseaux, il déplore le classement sans suite de nombreuses plaintes, malgré des preuves de mauvaise gestion qu'il juge flagrantes :

L'argent des factures, payé par les usagers pour l'entretien des réseaux, a été détourné de son objectif. Nous avons eu vent de cette assemblée générale du CIAG organisée à Marrakech : on a emmené des gens en voyage aux frais des abonnés, avec cocktails et prestations tout compris au Maroc. Nous avons porté plainte, car ces abus de biens publics sont multiples ; on voit même des véhicules du SMGAG garés sur la plage de Bois Jolan à des fins privées. L'infraction d'abus de confiance nous semble caractérisée, mais après dix ans d'attente, notre plainte a été classée sans suite, comme des centaines d'autres avant elle.


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