[VIDÉO] Quelles conséquences de l’esclavage sur notre société actuelle ?

Par 21/05/2024 - 19:08 • Mis à jour le 21/05/2024 - 19:17

À l’approche de la commémoration de l’abolition de l’esclavage en Martinique et en Guadeloupe, nous nous sommes interrogés sur les conséquences de ce moment de l’histoire sur notre société actuelle aux Antilles.

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Photo : AP

Le 22 mai 1848 en Martinique, et le 27 mai 1848 en Guadeloupe marque l’abolition de l’esclavage dans ces territoires. Pendant 4 siècles, ces deux îles ont été au cœur de la traite négrière. Moins de 200 ans après l’abolition, les séquelles et conséquences de cette sombre période de l’histoire sont encore palpables dans notre société. Qu’elles soient sociales, économies, politiques, sanitaires, humaines, il est encore possible de faire le lien avec les traces laissées par la période esclavagiste, et la période post-esclavagiste.

A. Missouri Sherman-Peter, ambassadrice et observatrice permanente de la Communauté des Caraïbes (CARICOM) auprès des Nations Unies écrit :

Les nombreux héritages de plus de 300 ans d’esclavage pesant sur la culture populaire ainsi que sur la conscience continuent d’être des facteurs très handicapants. Le fléau du racisme, fondé sur la suprématie blanche, par exemple, reste virulent dans la région. Le racisme institutionnel continue d’être une force critique expliquant la persistance de la domination économique des Blancs. La pratique de la démocratie politique a permis d’instaurer une culture de l’égalité économique, mais il reste beaucoup à faire pour offrir l’égalité des chances à tous.

On remarque également que nos territoires ont encore du mal à faire évoluer le modèle économique, comme le fait remarquer Michelle Makaä Zénon, sociologue : « On a bien vu que c’est une économie qui est basée sur deux produits, la canne et la banane. Et tout ce que nous consommons vient de l’extérieur.

Et ce même si les Antillais essaient de se réapproprier leur culture et leur agriculture.

VIDEO. Interview de Michelle Makaïa Zénon, sociologue.

Michelle Makaïa Zénon, fait un autre constat, au sujet de l’organisation institutionnelle aux Antilles françaises :

On entend encore le mot métropole, on dépend encore de cette métropole. Cette notion entre périphérie et métropole existe encore. On ne se réapproprie pas la Caraïbe.

Se réapproprier la Caraïbe, mais aussi son être et s’accepter tel que l’on est quand aujourd’hui encore, les notions de colorisme demeurent dans notre société.

« Po chapé », en opposition à la peau noire, « beaux cheveux », en opposition aux cheveux crépus et frisés. Les peaux plus claires et les cheveux plus lisses et ondulés semblent encore être privilégiés et plus appréciés, à l’image des classifications établies sous la domination coloniale.

Par ailleurs, si certains ont un discours qui tend à inciter à l’oubli de la période esclavagiste ou au déni des séquelles laissées, selon Michelle Makaïa Zénon, il n’est pas si évident de s’en défaire.

Ces marques sont indélébiles. Parfois, il n’y a même pas de souffrances visibles, mais les mots et les attitudes ont laissé des traces définitives.

Un des moyens de s’en défaire serait de se « réapproprier son humanité » et d’aller « vers la culture, vers la recherche ».


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