Traite des esclaves africains : les réactions des parlementaires face à l'abstention de la France à l'ONU

Par 27/03/2026 - 12:59 • Mis à jour le 27/03/2026 - 17:51

L'adoption par l'ONU d'une résolution qualifiant la traite négrière de "crime le plus grave contre l'humanité" et l'abstention de la France lors de ce vote historique du 25 mars 2026 suscite l'indignation des parlementaires antillais qui dénoncent une contradiction majeure avec les engagements nationaux.

    Traite des esclaves africains : les réactions des parlementaires face à l'abstention de la France à l'ONU
© Shutterstock / Siège de l'ONU (Organisation des Nations Unies) à Genève, Suisse.

Ce mercredi 25 mars à New-York, l'Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution qualifiant la traite des esclaves africains  « crime le plus grave contre l’humanité ».

Porté par le Ghana et soutenu par de nombreux États africains et caribéens, le texte a été approuvé par 123 pays.

Mais le vote divise : trois États s’y opposent, l’Argentine, Israël et les États-Unis, 52 s’abstiennent, dont la France.

La raison avancée par ces derniers : l'introduction d'une possible hiérarchie entre les crimes contre l'humanité.

"On ne peut pas comprendre cette position"

Une position inacceptable pour le sénateur Dominique Théophile, qui appelle à des explications claires et assumées du gouvernement et même à une prise de parole du président de la République :

Il faut d'abord acter qu'une page d'histoire s'est écrite ce 25 mars 2026 puisque la traite transatlantique est désormais reconnue comme le crime le plus grave contre l’humanité. C’est un résultat historique, adopté par 123 voix contre 3. Cependant, l’abstention de la France parmi les 53 autres vient entacher cette satisfaction. Après avoir pourtant reconnu l’esclavage comme crime contre l’humanité avec la loi Taubira en 2001, la France s’est abstenue à l’échelle internationale. Pour moi, c’est une faute politique grave qui exige des explications. Le Président doit s’exprimer car cette position est tout simplement incompréhensible.

Un affront mémoriel

Face à ce qu'il considère comme un affront mémoriel, le député et candidat Olivier Serva interpelle directement le sommet de l'État avec des mots d'une rare intensité :

Au plus haut niveau de la diplomatie française, l'État a proféré ce que je qualifierais de crachat au visage de toutes celles et ceux qui ont subi ce crime, le plus grave contre l'humanité. La traite négrière a duré quatre siècles et a touché douze millions d'hommes et de femmes déportés ou mis en esclavage, sans compter les morts dans les cales ou lors des captures. Je ne comprends pas pourquoi la France hésite aujourd'hui alors qu'elle a déjà reconnu ce crime. C'est un fait incontestable en termes de durée et de souffrance qu'il s'agit du crime le plus important contre l'humanité. Mon incompréhension est totale et se mêle à une profonde indignation. Je n'ose croire que la France soit engoncée dans des problématiques flirtant avec le racisme ou le Rassemblement National. Je n'ose croire non plus qu'elle refuse cette reconnaissance sous prétexte qu'il existe d'autres crimes. Je me refuse à le croire car cette position reste pour moi une incompréhension absolue.

D'autres vives réactions des parlementaires

De son côté, Victorin Lurel a écrit au chef de l'État, Emmanuel Macron, pour lui indiquer que cette abstention est une "faute morale, historique, diplomatique et politique". 

Pour la députée Béatrice Bellay, l'abstention de la France envoie un signal profondément incompréhensible en contradiction avec ses propres engagements et son histoire législative.

Cette décision va même jusqu'à "fragiliser la crédibilité de la parole française auprès des peuples d'Afrique, des Caraïbes et des diasporas", selon la députée.

"Un silence qui en dit long et qui donne le sentiment d'un recul", fustige de son côté, le député Christian Baptiste, qui demande à l'État de sortir de cette ambiguïté et de clarifier publiquement sa position.


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