Le budget de la mission outre-mer a été adopté au Sénat dans un contexte très tendu
Le budget de la mission Outre-Mer a finalement été adopté au Sénat, ce jeudi soir, par 209 voix pour et seulement 3 contre. Mais ce vote, intervenu dans un climat de forte crispation politique, a été marqué le retrait fracassant des sénateurs de gauche de l’hémicycle en pleine séance. Une rupture qui illustre les profondes tensions ayant traversé l’examen de ces crédits essentiels pour les territoires ultramarins.
Dès les premières heures de débat, la situation s’est envenimée. Les groupes de gauche ont accusé la majorité sénatoriale de droite de multiplier les scrutins publics afin de ralentir l’examen des amendements et d’entraver toute revalorisation budgétaire. En signe de protestation, et après quatre heures de débats, ils ont quitté collectivement la séance, renonçant de fait à défendre une large partie de leurs propositions. La sénatrice de la Martinique Catherine Conconne n'a pas mâché ses mots.
Ce qui se passe est inacceptable. La droite sénatoriale, pourtant majoritaire, est à peine six ou sept en séance. Et parce qu’ils ne font pas le poids, ils demandent systématiquement des scrutins publics, en s’opposant à toutes nos demandes. Voilà des gens qui la main sur le cœur, n'arrêtent pas de dire qu'ils soutiennent l’Outre-Mer, et lorsque nous demandons des inscriptions budgétaires, même à l’intérieur de chapitres, en faisant le jeu des vases communicants, ce sont des votes contre à chaque fois.
Même tonalité du côté du sénateur de Guadeloupe, Victor Lurel.
Oui, nous sommes en colère et nous maîtrisons notre colère, mais je n'avais jamais subi une telle tyrannie majoritaire. Ma collègue a parlé de dictature, mais c'est absolument ça.
Un budget "pas spectaculaire"
Pour 2026, les crédits de la mission Outre-Mer s’élèvent à 2,8 milliards d’euros, un montant en baisse par rapport à l’an dernier. Un budget que la ministre Naïma Moutchou elle-même a reconnu comme « pas spectaculaire ». Malgré ce contexte contraint, plusieurs amendements ont néanmoins été adoptés : la préservation du dispositif LODEOM, la hausse de la ligne budgétaire unique pour la construction et la réhabilitation de logements sociaux, le maintien du soutien au syndicat mixte de gestion de l’eau en Guadeloupe ou encore l’extension du passeport mobilité aux élèves avocats ultramarins.
La Nouvelle-Calédonie a, de son côté, obtenu plusieurs centaines de millions d’euros pour sa reconstruction après les émeutes de 2024.
Le départ des sénateurs de gauche a profondément modifié la dynamique de la séance. Le retrait de leurs amendements a permis d’accélérer les débats et de conduire plus rapidement au vote final. Certains sénateurs ultramarins ont toutefois choisi de rester jusqu’au bout. C’est le cas de la sénatrice de Guadeloupe, Solange Nadille (RDPI), dont le groupe s’est abstenu.
Je ne suis pas dans cette logique. Moi, je vais au combat. Il fallait rester pour faire adopter des dispositifs essentiels comme la LODEOM et le Fonds d’investissement pour les entreprises. L’Outre-Mer ne peut pas s’en passer.
Si le budget Outre-Mer a finalement été adopté dans une atmosphère électrique, l’avenir de l’ensemble du projet de loi de finances reste incertain. Le Sénat dispose d’un temps très contraint pour examiner l’ensemble des missions budgétaires, avec une date butoir fixée au 15 décembre. Les prochains jours s’annoncent tout aussi tendus au Palais du Luxembourg.







