Vie chère en Outre-mer : le Sénat auditionne des experts de l'économie ultramarine
Ce mercredi (15 avril) au Sénat, Christophe Girardier (Bolonyocté) et Alexandre Gautier (IEOM) ont analysé les causes de la vie chère. Ils appellent à dépasser les arguments logistiques pour engager des réformes structurelles profondes.
Au Sénat, une commission d'enquête mène actuellement des travaux sur les marges de la grande distribution en France, et ses membres se sont intéressés ce mercredi (15 avril) à la vaste problématique de l'Outre-Mer sur ce sujet.
L'économie de comptoir pointée du doigt
Auditionné par les parlementaires, Christophe Girardier, président du cabinet Bolonyocté et auteur de plusieurs rapports de référence, a exprimé son exaspération face à l'immobilisme politique et aux arguments habituels des distributeurs :
Je crains de me répéter, mais s'il y a un point essentiel à retenir de mon analyse, c’est celui-ci : l'éloignement géographique n'explique absolument pas le coût de la vie dans nos régions. De même, la fiscalité liée à l'octroi de mer n'est pas le facteur déterminant, à quelques exceptions près. Je suis lassé d'entendre les acteurs économiques servir ce même discours lors des commissions. Nous sommes ici pour rétablir la vérité, car pointer ces faux coupables revient à nous envoyer sur une voie de garage. Je ne conteste pas la sincérité de la Collectivité de Martinique, qui a négocié un protocole incluant une baisse de la TVA par l'État et une réduction des taux d'octroi de mer par la collectivité. Cependant, ces mesures sont restées sans effet car le diagnostic de départ était erroné. La véritable cause réside dans notre structure même : nous vivons encore sous le régime de l'économie de comptoir. C'est ce modèle, où une poignée d'entreprises monopolise l'ensemble de l'activité économique, qui porte préjudice à nos territoires.
Une volonté de refonte structurelle globale
De son côté, le nouveau directeur général de l’Institut d’émission d’outre-mer (IEOM), Alexandre Gautier, a profité de cette tribune pour plaider en faveur d'une refonte globale du modèle économique ultramarin :
La vie chère en Outre-mer résulte d'un ensemble de facteurs et ne se limite pas aux seules difficultés d'approvisionnement. Notre position au sein des instituts est qu'il existe un besoin crucial d'investissements, qu'il s'agisse des infrastructures de base comme l'accès à l'eau, de la modernisation des ports, des plateformes logistiques ou du réseau routier. Il est tout aussi essentiel de stimuler la concurrence, de mener une véritable réforme fiscale et de viser une souveraineté alimentaire et énergétique en développant les implantations régionales. Si des mesures immédiates sur les prix sont nécessaires, notamment par un effort de transparence et de pédagogie, ce sont avant tout les réformes structurelles de fond qui seront réellement bénéfiques à long terme pour nos territoires.







