Inégalités dans les Outre-mer : la "production statistique" au cœur des débats au Sénat

Par 19/02/2026 - 17:12 • Mis à jour le 19/02/2026 - 17:20

La commission d'enquête sur les inégalités systémiques a examiné, ce mercredi 18 février, l'état des données publiques dans les territoires ultramarins. Si des manques persistent en santé environnementale, les experts auditionnés appellent les élus à mieux se saisir des statistiques existantes pour piloter les politiques locales.

    Inégalités dans les Outre-mer : la "production statistique" au cœur des débats au Sénat

Au Sénat, la commission d'enquête sur les inégalités systémiques dans les Outre-mer poursuit ses travaux. Ce mercredi 18 février, les parlementaires se sont intéressés au sujet de "la production statistique pour construire et piloter les politiques publiques". Souvent, le manque de données disponibles est mis en avant pour les Outre-mer.

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Documenter les spécificités sanitaires locales

Sur cette thématique, des responsables des directions régionales de l'Insee ont été auditionnés ainsi qu'un expert en analyse de données. Hervé Guéry, responsable du comité de pilotage de l'Observatoire Corail, travaille ainsi avec les CCAS (Centre Communal d'Action Sociale) et les collectivités locales à l'analyse des besoins sociaux.

Interrogé sur le manque de données en matière de santé, notamment environnementale, il reconnaît certains manques :

Nous faisons face à des enjeux très spécifiques sur lesquels il sera intéressant de poursuivre la documentation, avec une approche la plus fine possible au niveau local. En effet, si l'on prend l'exemple des sargasses, ce sont bien les communes qui sont chargées de les retirer des plages. Malheureusement, on constatait que les bulldozers les ramassaient et les entassaient au lieu de les étaler comme il se doit, avec tous les risques d'émanations de gaz que cela comporte. Ce sont là des enjeux spécifiques forts. Il y a ensuite, bien sûr, la question du chlordécone, avec une véritable intégration dans la réalité locale par les habitants, à travers des expressions qui se sont développées : "Je suis chlordéconé", "J'ai fait mon analyse", "Mon jardin est chlordéconé". Enfin, un suivi d'indicateurs statistiques me semble indispensable pour faire face aux inégalités que l'on observe entre le développement de certaines pathologies dans l'Hexagone et ce que l'on retrouve ici.

Sortir de la "carte postale"

Pour Hervé Guéry, s'il y a des manques, souvent plus importants dans certains territoires comme Mayotte, il y a tout de même une production statistique disponible, et il faut désormais que les élus s'en saisissent :

Nous évoquions les inégalités de revenus, d'accès aux soins ou encore les inégalités liées à l'environnement. Pour ma part, je suis particulièrement marqué par la question de la réussite scolaire et de l'avenir des enfants, notamment leur capacité à se développer dans des logements totalement inadaptés. Sur ces réalités, nous disposons de chiffres et nous avons la capacité de communiquer. Cependant, le vecteur de communication, ce n'est pas nous. Je publie d'ailleurs des dizaines de rapports chaque année pour les collectivités locales ultramarines, mais la propriété intellectuelle, la diffusion et la transformation de ces données en parole politique ne nous appartiennent pas. Je pense qu'il s'agit d'une responsabilité partagée. Au risque de vous importuner, je dirais que le problème ne vient pas seulement du grand public qui garde une image de "carte postale" ; il réside aussi dans la capacité des élus, lorsqu'ils se rendent dans l'Hexagone, à exposer clairement leurs difficultés et leurs problématiques.


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