[PORTRAIT] Anne-Marie Lavenaire, la passion d'enseigner

Par 20/02/2021 - 01:30
01/01/2020 - 00:00

A bientôt 79 ans, la professeure en microbiologie continue de dispenser des cours à l'Ecole Nationale de Chimie Physique et Biologie de Paris, l'établissement où elle-même a été formée. Un parcours hors du commun qui force l'admiration.

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Anne-Marie Lavenaire et ses élèves, en licence pro Pharmacovigilance (©AD)

Ce vendredi de février, c'est un cours sur l'air que donne Anne-Marie Lavenaire à une dizaine d'étudiantes de licence pro Pharmacovigilance, dans une salle qui offre une magnifique vue sur Paris. Mais les élèves sont concentrées sur les informations données par leur professeure, avec qui elles interagissent facilement et dans une atmosphère aussi détendue que studieuse. De l'effet de serre à la pollution de l'air, avec des conseils pratiques au passage...les heures semblent filer. "Je suis ravie d'apporter du nouveau à des jeunes pour qu'ils puissent faire bien les choses après", sourit Anne-Marie Lavenaire.

La retraite ? Difficile d'y penser totalement et de ne pas continuer à jouer les prolongations. "Pour moi la retraite, c'est un arrêt de tout, explique-t-elle, j'ai très envie de rester dans la réalité, dans la vie active".

Anne-Marie Lavenaire est née au Lorrain, en mars 1942, et a grandi à Fort de France. C'est après son baccalauréat qu'elle rejoint Paris, "parce qu'on n'avait pas le choix". Elle rêve de médecine mais pour ne pas faire supporter à son père veuf le coût de ce cursus, décide de renoncer. "J'étais la 4ème d'une fratrie de six et je ne me voyais pas lui dire qu'il allait devoir me payer dix ans d'études", explique-t-elle. "Donc j'ai choisi une autre voie que j'ai adorée  : faire du laboratoire". Déjà plus jeune, elle n'hésitait pas quand le professeur de sciences naturelles demandait qui voulait regarder au microscope. "C'était le seul qu'il y avait, je me ruais dessus, les autres ne l'avaient pas", se souvient Anne-Marie Lavenaire dans un rire.

A son arrivée dans l'Hexagone, le choix de l'étudiante se porte sur la préparation d'un BTS d'analyses biologiques : "Il y avait un concours d'entrée à l'Ecole Nationale de Chimie-Physique-Biologie alors je l'ai passé et je l'ai eu".

Une fois son diplôme obtenu, Anne-Marie Lavenaire doit retourner en Martinique car son mari y est attendu pour faire son service militaire. Mais pas question de rester inactive  : rapidement embauchée à l'Institut Pasteur de Fort de France, elle fait ses preuves en occupant successivement différents postes en parasitologie, microbiologie. Elle mène aussi des études sur les serpents locaux, en lien avec l'institut de Paris, car "à l'époque, on n'avait pas de sérum antivenimeux propres aux serpents de la Martinique".

Deux ans plus tard, il est l'heure de repartir à Paris et il ne faut pas longtemps à la jeune mère de famille pour trouver un travail. "J'ai dit tout de suite à mon mari que je devais aller à l'école pour trouver du travail car je savais que les laboratoires qui cherchaient des techniciens y venaient", se rappelle Anne-Marie Lavenaire. Et son intuition s'avère être bonne. "A notre arrivée devant l'école, le directeur était en train de rentrer sa voiture et, quand il m'a vue, m'a demandé ce que je faisais là. Je lui ai dit que je rentrais le matin-même de la Martinique et que je cherchais du travail. Il m'a dit 'vous avez trouvé' de suite".

La carrière d'Anne-Marie Lavenaire à l'Ecole nationale de Chimie Physique et Biologie, devenue ensuite Lycée Pierre-Gilles de Gennes, évolue rapidement, non sans audace, persévérance, parfois des sacrifices. De préparatrice de travaux pratiques en remplacement d'enseignants, puis la réussite de concours, la professeure forme et accompagne sans relâche des générations d'étudiants, participe aussi à une vaste recherche sur les femmes au Gabon. Et comme si cela ne suffisait pas, Anne-Marie Lavenaire se lance au début des années 90 dans un grand projet : la mise en place de la première formation diplômante en hygiène hospitalière. "Avec mes contacts dans les hôpitaux et suite à mes lectures dans les revues, j'ai vu qu'il y avait plus de morts par infections nosocomiales que d'accidentés de la route en France, c'était une catastrophe", explique la professeure. Se rendant compte qu'il n'y a rien de structuré, et face à l'engouement, elle prend alors la décision de mettre en place une formation qu'elle va diriger pendant près de vingt ans. "Il y a eu pratiquement dans tous les grands hôpitaux à Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux des gens que j'ai formés en hygiène hospitalière", se félicite Anne-Marie Lavenaire.

Mais si tout se passe bien pendant plus de quinze ans, tout change quand la formation se transforme avec Paris VI et quand la direction de l'université veut récupérer sa gestion à la rentrée 2009 et mettre à l'écart l'enseignante. Cela signe la fin de cette formation, ses pairs ayant pris son partie.

Mais aujourd'hui, Anne-Marie Lavenaire ne cache pas recevoir encore des sollicitations, ce qui la pousse à envisager de remettre cette formation sur les rails. Elle n'en prendra pas la direction mais passera la main à un médecin de son choix et qui partage sa vision.

Car Anne-Marie Lavenaire s'est donnée un âge pour arrêter complètement ses activités professionnelles : 80 ans. Les étudiants pourront donc avoir la chance de profiter de son enseignement à la rentrée prochaine. Avant que la professeur "100% à la retraite" profite de son temps pour lire, suivre des conférences comme elle le fait déjà, aller au théâtre ou au cinéma aussi. Mais, coronavirus oblige, quand ce sera possible. Une épidémie dont elle essaie de se protéger au mieux évidemment et qui a aussi interrompu les activités de l'association des personnels du Lycée qu'elle a créée et qu'elle préside actuellement. Super active on vous le dit !

 

 

Écoutez le reportage que nous avons consacré à Anne-Marie Lavenaire