À Miami, des Haïtiens jugent "injuste" la fin d'un statut les protégeant de l'expulsion

Par 02/07/2026 - 05:25

Après la décision de la Cour suprême américaine autorisant l'administration Trump à révoquer le statut de protection temporaire de 350 000 Haïtiens, la communauté haïtienne de Miami exprime sa détresse et sa colère. 

    À Miami, des Haïtiens jugent "injuste" la fin d'un statut les protégeant de l'expulsion

Jeudi 25 juin, la Cour suprême américaine, à majorité conservatrice, a accordé à l'administration Trump le droit de révoquer le statut de protection temporaire  dit TPS pour 350 000 Haïtiens et 6 000 Syriens. 

Ce statut protège ses bénéficiaires de l'expulsion et leur donne le droit de travailler, dans l'attente d'un retour possible dans leur pays. Il est accordé provisoirement aux immigrés dont la sécurité est menacée dans leur pays en raison de conflits, de catastrophes naturelles ou d'autres conditions "extraordinaires". Pour des dizaines de milliers d'Haïtiens installés en Floride, cette décision est un coup de massue.

“C’est très injuste”

Des membres de la communauté haïtienne de Miami ont dénoncé lundi(29 juin) la décision "injuste" de la Cour suprême américaine autorisant l'administration Trump à révoquer un statut protégeant 350.000 Haïtiens de l'expulsion, alors même que les violences des gangs persistent dans leur pays.

"On ne peut pas retourner dans notre pays. Ils savent quelles sont les conditions là-bas. C'est très injuste", déclare à l'AFP Kassoumie, une Haïtienne de 35 ans bénéficiant du statut de protection temporaire (TPS), qui a demandé à utiliser un pseudonyme par crainte des autorités américaines.

"Je n'ai personne, je dois payer mon loyer et je ne sais pas où aller. Je ressens une peur constante, j'ai même des palpitations", témoigne Kassoumie, une infirmière qui a fui son pays en 2018 et obtenu le TPS trois ans plus tard.

"Pour moi, la vie consiste à aller travailler et rentrer chez moi", ajoute cette femme, aujourd'hui employée d'une association à Miami.

"Questions de survie" 

Des responsables haïtiens de Floride se sont réunis lundi pour condamner la décision de la Cour suprême et appeler le Sénat à adopter un projet de loi visant à prolonger le TPS des Haïtiens jusqu'en 2029.

"C'est un moment douloureux pour la communauté", a regretté Vanessa Joseph, présidente d'un réseau d'élus et de responsables publics haïtiano-américains, lors d'une conférence de presse dans le quartier de Little Haïti, à Miami.

Les familles "ont peur" et sont "à la recherche de réponses", a déclaré pour sa part Thamara Labrousse, une responsable de l'ONG Sant La, qui vient en aide à la communauté haïtienne du sud de la Floride.

"Elles demandent: vais-je perdre mon emploi ? Puis-je emmener mes enfants à l'école ? Va-t-on me séparer d'eux ? (…) Ce ne sont pas des questions abstraites, ce sont des questions de survie", a-t-elle insisté.

Les bénéficiaires du TPS sont profondément intégrés dans tous les secteurs de cette nation. Ils sont propriétaires de logements et d'entreprises, aides à domicile, ouvriers du bâtiment, entrepreneurs et travailleurs essentiels

Pays le plus pauvre des Amériques, Haïti est rongé depuis des années par la violence des bandes criminelles, qui commettent meurtres, viols, pillages et enlèvements. Sa situation économique aisée en a fait une cible pour les gangs, qui l'ont harcelée pendant des mois et ont pillé sa maison, la forçant à émigrer aux États-Unis. 

En décembre dernier, des membres de ces groupes ont violemment agressé sa mère, qui est morte quelques mois plus tard des suites de ses blessures. Aujourd'hui, avec la fin du TPS, "ça fait très mal de devoir tout recommencer à zéro" après s'en être sortie aux États-Unis, dit-elle.


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