La Martinique et la Guyane à la CARICOM : « Nous sommes maintenant dans le vif du sujet »
Devenues membres associés de la CARICOM en juin et juillet 2026, la Martinique et la Guyane participent à leur premier sommet des chefs de gouvernement à Sainte-Lucie. L'enjeu est de concrétiser des coopérations économiques et sanitaires au sein de ce marché de 20 millions d'habitants.
La Martinique s’assoit pour la première fois à la table des dirigeants de la Caraïbe en tant que membre associé, un statut officiellement effectif depuis le 16 juin 2026.
Notre territoire participe donc à la 51e réunion ordinaire de la conférence des chefs de gouvernement de la Communauté caribéenne, qui s’est ouverte dimanche 5 juillet à Sainte-Lucie.
Un tournant historique
Pendant quatre jours, les 21 territoires de la région parlent de coopération économique, de sécurité, de transport ou encore d’adaptation au changement climatique. L’entrée dans la CARICOM représente un coût de 230 000 euros annuels.
Le président de l’assemblée de Guyane a tenu à exprimer toute sa fierté et ses ambitions face à cette avancée majeure à travers la déclaration suivante :
C'est un moment de très grande émotion parce que cela fait quatorze ans de combat que la Guyane se bat pour pouvoir intégrer la CARICOM, et cela a enfin abouti. Je ne puis que m'en réjouir au moment où on se bat pour aller vers davantage d'émancipation. À travers cette adhésion, la Guyane pourra siéger au sein de commissions à côté des conseils des ministres qui vont aborder des sujets d'éducation, de formation en matière de mobilité, de développement des télécommunications, de la sécurité alimentaire et de lutte contre les conséquences du dérèglement climatique. C'est un panel très large. Je considère que autant nous avons à recevoir de la CARICOM, autant la Guyane aussi a à donner à la CARICOM.
Coopération et partage d'expertises
Gabriel Serville, président de l’assemblée de Guyane, entend travailler sur de la coopération en matière de formation entre les états de la CARICOM.
Il détaille ainsi les opportunités concrètes et les premiers partenariats stratégiques mis en place par son territoire :
Nous avons rencontré Health Care pour parler de santé. Une crise de chikungunya a, par exemple, sévèrement touché certaines îles de la Caraïbe et un début de réflexion de coopération a été mis en place là-dessus. En matière de formation sur un certain nombre de sujets, sur les télécommunications ou sur le spatial, la Guyane est en position favorable. Avec l'arrivée du câble Lum@Link, nous sommes en situation d'être porteurs de solutions que nous allons devoir partager avec les autres. C'est dans ce sens que nous avons récemment procédé à l'adhésion de la Guyane à la Caribbean Telecommunications Union, ce qui nous permet d'avoir déjà un pied à l'étrier avant même que nous ne soyons membre associé de la CARICOM. La Guyane va d'ailleurs organiser au mois de septembre l'ICT Week avec des partenaires de la Caraïbe, des secrétaires d'État et des ministres, autour d'une grande conférence sur les télécommunications. Les gens nous prennent au sérieux.
Lire aussi : La Martinique dans la Caricom : des opportunités et des freins pour la coopération régionale
De nouveaux statuts face aux réalités institutionnelles
C'est à Gros Ilet, au Sandals Grande Saint-Lucian, que le drapeau martiniquais est installé pour la première fois aux côtés de ceux des autres membres de la CARICOM.
La Martinique comme la Guyane ne sont plus de simples observateurs ou invités ponctuels, puisqu'elles participent désormais aux discussions régionales, aux groupes de travail, et proposent des projets.
Le président du conseil exécutif de Martinique, Serge Letchimy, a fermement cadré la position de son île en insistant sur la nécessité d'une intégration pragmatique et adaptée :
Nous sommes maintenant dans le vif du sujet. On n'a pas les mêmes droits. Je comprends parfaitement que la Martinique appartienne à la République française et que nous devions respecter le cadre sur la défense, la monnaie ou la justice. Cependant, pour tout ce qui concerne les logistiques économiques et commerciales, là, il n'y a pas de débat : il faut qu'on soit intégrés sur le plan purement économique. Il y a bien sûr des mesures liées au Traité de Chaguaramas, de constitution de la CARICOM. Nous sommes huit à demander une adaptation des statuts, de telle sorte qu'on puisse commercer et faire circuler les capitaux, les investissements ainsi que les marchandises.
Des perspectives de marchés concrets
Malgré cette avancée, les deux territoires restent soumis au cadre règlementaire français et européen.
Pour l’instant, ils ne peuvent pas appliquer certaines décisions économiques, commerciales ou douanières de la communauté caribéenne.
Au-delà du symbole, l’enjeu est maintenant de construire des coopérations concrètes.
Deux accords sont notamment en discussion pendant cette conférence, avec d'un côté des échanges de 15 produits entre la Martinique et Sainte-Lucie, et de l'autre un partenariat dans le domaine de la santé, autour de la médecine nucléaire.
L'aspect économique est colossal pour la région, sachant que le marché de la CARICOM représente pas moins de 20 millions d‘habitants.







