Air France quitte définitivement l'aéroport d'Orly au profit de Roissy-Charles-de-Gaulle
La compagnie nationale achève son retrait de l'aéroport du sud de Paris le 28 mars, recentrant ses activités à Roissy-Charles-de-Gaulle. À l'exception de la Corse, les liaisons domestiques sont désormais confiées à Transavia face à la baisse de fréquentation sur le réseau intérieur.
C'est une page qui se tourne : Air France quitte définitivement l'aéroport d'Orly ce samedi (28 mars).
La compagnie aérienne sera ensuite, à l'exception des liaisons pour la Corse jusqu'en 2027, entièrement présente à Roissy-Charles-de-Gaulle.
Derniers vols et bascule vers Roissy
Un recentrage décidé en raison d'une chute de la demande sur le «réseau domestique». C'est sa filiale Transavia qui a désormais la charge d'assurer ces dessertes intérieures dans l'Hexagone dès ce lundi 29 mars.
À Orly, les tout derniers vols ont donc lieu ce samedi (28 mars). L'ultime décollage doit se faire à destination de La Réunion. Dans l'autre sens, c'est de Nice que doit atterrir le dernier avion tricolore sur le tarmac sud-parisien.
Ce samedi 28 mars, deux derniers vols sont prévus à destination de Pointe-à-Pitre et Fort-de-France.
L'inquiétude des passagers
Si certains voyageurs comptent rester fidèles à Air France malgré le changement d'aéroport, l'éloignement de Roissy-Charles-de-Gaulle en décourage d'autres, attachés à la proximité d'Orly.
Parmi eux, Marie-Christine, bien que non impactée personnellement par ce déménagement, déplore une décision déconnectée de la réalité des usagers :
Je suis pour les choses justes. Je ne prêche pas pour ma propre paroisse, mais pour toute la communauté antillaise et pour les touristes. Orly est un lieu mythique, une légende, et beaucoup de gens se sont installés à proximité depuis des années. On ne peut pas tout changer du jour au lendemain, même si cela se préparait depuis deux ou trois ans. Les responsables de l'entreprise ou les politiciens auraient dû mieux réfléchir aux conséquences. Personnellement, j'ai la chance d'habiter près de Roissy, donc je ne suis pas directement pénalisée, mais je m'implique pour tous ceux qui vont en souffrir.
Un nouveau modèle de consommation pour la compagnie
"Le développement de la visioconférence, la réduction des déplacements professionnels sur le domestique et le report vers le train conduisent à une chute structurelle de la demande sur le réseau domestique point-à-point d’Air France", expliquait la compagnie lorsqu’elle a pris cette décision en 2023.
"Il y a d'abord eu un effet +train+, avec l'accélération de l'offre SNCF en matière de TGV dans les années 2000", a indiqué vendredi Henri Hourcade, directeur général France d’Air France-KLM dans un entretien à La Tribune.
Puis est venu avec le Covid le recours plus systématique à la visioconférence. Cela a "réduit notre clientèle affaires, coeur de cible de la Navette" avec une baisse de l'aller-retour à la journée de 60% en 2023 par rapport à 2019, selon lui.
Enfin, la loi Climat et résilience, en 2021, avec l'interdiction des vols intérieurs lorsqu'il existe une alternative ferroviaire en moins de 2h30, a encore accentué le phénomène.
Air France a tenté d’y répondre en réduisant les fréquences, passées de 25 à 12 sur Orly-Toulouse et Orly-Nice ou avec de nouveaux tarifs et de nouveaux abonnements, en vain.
"Il a fallu se rendre à l’évidence: ces vols ne correspondaient plus au modèle économique d’Air France et aux modes de consommation de nos clients", a souligné Henri Hourcade.
80 ans de collaboration Air France-Orly
Air France met ainsi un terme à 80 ans d'histoire à Orly, longtemps le premier aéroport de la capitale française avant la construction de Paris-Charles-de-Gaulle à Roissy, au nord-est de Paris.
L’aéroport a accompagné l’essor du transport aérien, avec en 1946 un Douglas DC-4, un quadrimoteur à hélice aux couleurs de la compagnie tricolore pour assurer la ligne Paris-New York.
L’arrivée des jets à réaction, comme la Caravelle ou le mythique 747 "Jumbo Jet", a suivi et on ne compte plus les photos de stars de cinéma, de Romy Schneider et Alain Delon à Sophia Loren en passant par Audrey Hepburn ou Josephine Baker, au pied de la passerelle, débarquant à Paris ou prêtes à prendre l'avion, notamment dans les années 60 et 70.
C’est aussi à cette époque, au début des années 70, qu’Orly est finalement dédié au trafic intérieur et en 1996, Air France lance "la navette", des liaisons quotidiennes toutes les heures, voire toutes les demi-heures.
Désormais, elles seront effectuées à partir de Paris-Charles de Gaulle et Toulouse, Nice et Marseille avec respectivement 12, 12 et 10 rotations par jour.
Ce recentrage sur le hub de Paris-Charles de Gaulle concerne toutes les opérations hors vols de et vers la Corse, qui est une Délégation de Service Public.
"Ce recentrage des opérations à Paris-Charles de Gaulle facilitera les correspondances internationales et renforcera la connectivité des régions et des territoires d’Outre-mer", indique la compagnie.
Air France dispose enfin d'une importante activité de maintenance à Orly, notamment pour les moteurs de dernière génération.







