Non-lieu affaire chlordécone : « les contrebandiers de la mort lente doivent indemniser » les victimes
Le non-lieu prononcé ce lundi (22 juin) par la cour d'appel de Paris dans l'affaire du chlordécone a suscité une vague d'indignation en Guadeloupe et en Martinique. Les avocats des parties civiles annoncent d'ores et déjà un pourvoi en cassation, et n'excluent pas de saisir la Cour européenne de justice.
Après vingt ans de combat judiciaire, la décision sonne comme un déni de justice. Mais les collectifs ne désarment pas. La décision de non-lieu rendue ce lundi 22 juin par la cour d'appel de Paris dans le dossier de l'empoisonnement au chlordécone est une déception pour ceux qui réclamaient une reconnaissance judiciaire de leurs droits.
« Une injustice »
Vingt ans après les premières plaintes, la justice ferme une porte sans, selon les collectifs, avoir véritablement instruit le fond. Maître Harry Durimel, avocat et porte-parole du Collectif de défense, également maire de Pointe-à-Pitre, ne cache pas son amertume :
Après 20 ans de combat que nous menons contre un empoisonnement qui a complètement modifié le cours de la vie sur nos territoires, on est évidemment déçus. Aujourd'hui, à 40 ans, on vous demande de faire des contrôles de PSA pour voir si vous n'êtes pas encore empoisonné mais là, la justice ose dire : circulez, il n'y a rien à voir. C'est une épidémie de cancer de la prostate qui sévit chez nous. Les victimes de l'amiante se sont battues pendant des dizaines d'années et ce sont aujourd'hui leurs ayants droit qui récoltent les indemnités. Nous espérons que tous les Guadeloupéens empoisonnés par le chlordécone n'auront pas disparu avant d'obtenir justice.
« Le combat continue »
La déception n'entame pas la détermination. Les collectifs entendent porter le combat devant la Cour de cassation, puis si nécessaire, devant la Cour européenne de justice.
La loi prévoit que nous puissions former un pourvoi en cassation. Nous nous empressons de le faire. J'interviens pour la CGTG, pour l'Union des paysans guadeloupéens, pour l'Union des agriculteurs qui a porté plainte depuis l'origine, et pour l'Association des consommateurs. Nous n'entendons pas nous arrêter là, parce que ce combat est légitime. Après la Cour de cassation, il reste encore la Cour européenne de justice, et nous espérons que dans l'intervalle, les Antillais de Guadeloupe et de Martinique se mobiliseront pour montrer leur attachement à l'État de droit et à la justice.
Dans un communiqué, Maître Christophe Lèguevaques, conseil des parties civiles, n’a pas mâché ses mots face à la réponse de la Cour d’appel de Paris. Il a annoncé de nouvelles actions judiciaires à venir :
Le combat continue, d'abord parce que nous allons saisir la Cour de cassation pour qu'elle tranche les questions de droit que la cour d'appel n'a pas eu la volonté d'examiner jusqu'au bout. Le combat continue parce que les profiteurs, les receleurs, les contrebandiers de la mort lente doivent indemniser les femmes et les hommes et réparer les dégâts considérables causés délibérément à l'environnement. Dans les prochaines semaines, je proposerai une nouvelle action judiciaire destinée à aller chercher ceux qui dorment tranquillement dans leur villa de Saint-François, sans être dérangés par les fantômes de ceux qui ont absorbé ce poison.







