Hydrocarbures en Outre-mer : le projet de loi du groupe GDR fracture la gauche à l’Assemblée

Par 03/06/2026 - 18:38 • Mis à jour le 03/06/2026 - 18:39

À l'approche de sa niche parlementaire du 11 juin, le groupe GDR présente ses textes pour les Outre-mer. Mais une proposition de loi réautorisant l'exploration d'hydrocarbures, portée par les députés guyanais au nom du pragmatisme économique, crée de vives tensions et menace de fracturer la gauche.

    Hydrocarbures en Outre-mer : le projet de loi du groupe GDR fracture la gauche à l’Assemblée

La Gauche démocrate et républicaine (GDR) a présenté ce mardi (2 juin) les textes qui seront défendus à l'Assemblée nationale lors de sa journée d'initiative parlementaire, appelée “niche”, prévue le 11 juin prochain.

Des propositions pour les Outre-mer

Ce groupe composé pour moitié d'Ultramarins portera plusieurs propositions qui concernent nos territoires et nos régions.

Il défendra ainsi la suppression du remboursement de l'allocation de solidarité aux personnes âgées lors de la succession, la révision des barèmes des intermittents du spectacle en Outre-Mer, ou encore une demande de résolution contre le blocus américain sur Cuba.

Pourtant, un texte risque de faire particulièrement polémique, celui de la ré-autorisation de l'exploration et l'exploitation d'hydrocarbures en Outre-Mer, qui concerne principalement la Guyane avec le pétrole, et Mayotte et Saint-Pierre-et-Miquelon pour le gaz.

Un débat électrique à gauche

Ce choix crucial risque de tendre les débats dans l'Hémicycle. Conscient des réticences, le député de la Guyane Jean-Victor Castor constate déjà l'embarras de ses collègues lors des échanges intergroupes :

Ils sont gênés. Pourtant, ce que nous disons est purement factuel. Nous allons affronter cette situation car il ne s'agit pas de posture politique. Nous faisons face à des réalités et nous devons prendre nos responsabilités.

Devant ce constat, le groupe GDR a choisi de faire bloc derrière ses élus guyanais, quitte à créer des remous au sein de la Nouvelle Union Populaire. Le président du groupe, Stéphane Peu, assume ce choix :

J'entends nos collègues guyanais lorsqu'ils rappellent qu'il y a un quasi-consensus politique local sur ce sujet. Ils réclament un droit fondamental auquel nous sommes attachés : celui de pouvoir choisir leur avenir, sans que personne ne décide à leur place.

Un argument partagé par Davy Rimane, député de la Guyane et président de la délégation aux Outre-mer. Il assure qu'une éventuelle exploitation se ferait dans un cadre strictement raisonné et appelle la gauche hexagonale à sortir du dogmatisme :

Surtout avec nos amis d'une gauche moralisatrice et bien-pensante... Là, il y aura une fracture, et je ne serai pas du tout d'accord avec eux. Trop souvent, on n'écoute pas les réalités ultramarines. C'est cela qui crée les clashs, et je l'assumerai à 200 %.

Le modèle du Guyana voisin

« Donnez-nous la possibilité d'essayer » : voilà, en somme, le cri du cœur des parlementaires guyanais.

Si les premiers forages de Total s'étaient révélés infructueux par le passé, le pragmatisme économique pousse aujourd'hui à regarder ce qui se passe de l'autre côté de la frontière.

En cinq ans à peine, le Guyana voisin a vu son PIB multiplié par près de cinq grâce à l'or noir. Une dynamique que Jean-Victor Castor refuse de voir passer sous le nez de son territoire :

Au Guyana, il a fallu une trentaine de forages avant de connaître cet essor. Aujourd'hui, leurs chiffres économiques sont incontestables. C'est aussi le cas au Suriname et bientôt au nord-est du Brésil. La Guyane ne peut pas rester une sorte de no man's land au milieu d'une telle dynamique sur le plateau des Guyanes.

Pour rappel, cette proposition de loi avait déjà été adoptée par le Sénat fin janvier, contre l'avis du gouvernement.

Si le texte parvient à franchir le cap de l'Assemblée nationale le 11 juin, il sera définitivement adopté. Mais l'issue de cette bataille parlementaire reste encore particulièrement incertaine.


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