Vie chère : l'autorité de la concurrence constate des marges "qui ne semblent pas anormales" mais déplore des dispositifs de contrôle insuffisants

Par 10/02/2026 - 13:55 • Mis à jour le 10/02/2026 - 14:52

Pointées du doigt lors du mouvement contre la vie chère, les marges des importateurs grossistes ne seraient pas le moteur du coût de la vie en Martinique. Dans son rapport l'autorité de la concurrence met en avant des difficultés structurelles mais souligne tout de même un manque de transparence du secteur.

    Vie chère : l'autorité de la concurrence constate des marges "qui ne semblent pas anormales" mais déplore des dispositifs de contrôle insuffisants

Les outils de lutte contre la vie chère en Martinique sont "utiles mais insuffisants", estime dans un avis publié mardi l'Autorité de la concurrence, qui pointe des raisons "multifactorielles et structurelles" pour expliquer la persistance des écarts de prix avec l'Hexagone.

L'institution avait été saisie par le gouvernement en janvier 2025 sur "les marges des grossistes-importateurs et des distributeurs" de la chaîne de distribution alimentaire en Martinique, après les manifestations contre la vie chère, parfois émaillées d'émeutes, qui avaient secoué l'île à l'automne 2024.

Selon l'Insee, en 2022, les prix en Martinique étaient supérieurs de 13,8% à ceux de l'Hexagone, un écart grimpant à 40% pour les produits alimentaires.

"C'est un constat d'échec collectif en matière de vie chère en Martinique", a déclaré Benoît Coeuré, président de l'Autorité de la concurrence (ADLC), lors d'une conférence de presse. Plusieurs mesures de lutte contre la vie chère se sont accumulées au fil du temps, relève l'avis, sans parvenir à enrayer la hausse des écarts de prix.

Les outils déjà en place, tels que le "bouclier qualité prix" qui fixe le prix d'un panier de produits de première nécessité, restent "insuffisant", tranche l'Autorité, qui dénonce aussi "le manque de moyens des OPMR (observatoires des prix, des marges et des revenus) pour accomplir les missions qui leur sont dévolues".

Les spécificités du marché expliquent en grande partie l'écart de prix

"Les spécificités de l'économie martiniquaise (...) expliquent pour une large part le niveau élevé des prix", ajoute l'ADLC, citant l'étroitesse du marché, la dépendance à l'Hexagone, le poids de la fiscalité locale ou encore l'existence de "frais d'approche importants".

Ces frais, qui représentent les coûts liés à l'acheminement des marchandises, ont bondi de 28% en 2019 à 33,3% du coût d'achat des marchandises aujourd'hui et représentent "un surplus de 49,9%" pour les distributeurs.

Concernant les marges des acteurs de la distribution, dans le viseur des manifestants et des militants contre la vie chère, l'Autorité de la concurrence estime en revanche que "le niveau pratiqué par les grossistes-importateurs et des acteurs de la grande distribution" martiniquais "ne semble pas anormal".

L'Autorité déplore toutefois "le déficit d'informations disponibles" sur les résultats comptables des principaux groupes.

L'autorité recommande "la mise en place d'un dispositif pérenne, assorti de sanctions" pour assurer un suivi rigoureux des prix et marges, et préconise d'impliquer davantage les grossistes-importateurs dans la lutte contre la vie chère, "pierre angulaire de l'approvisionnement" dont l'activité est "plus profitable que celle de distribution".


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