Parti d’Haïti après un long périple, le Guadeloupéen Jean-Max Bordey y est retourné

Par 20/04/2024 - 08:00

Jean-Max Bordey vit en Haïti depuis 40 ans. Revenu en Martinique et en Guadeloupe il y a quelques jours, par ses propres moyens, au chevet d’un proche, ce chef d’entreprise vient de repartir. Il explique pourquoi.

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Jean-Max Bordey

Dans le contexte actuel en Haïti, beaucoup de ressortissants français ou étrangers cherchent à fuir le pays par tous les moyens. Ce n’est pas le cas de Jean-Max Bordey.

Il y a quelques semaines, ce Guadeloupéen installé depuis 40 ans a quitté le pays, mais seulement de façon temporaire. C’est un contexte familial douloureux qui l’a poussé à revenir, en Martinique et en Guadeloupe, pour un court séjour, au chevet d’un frère.

Un voyage qui n’a pas été simple, dans les conditions actuelles. Il lui a fallu prendre des contacts, négocier le prix de la traversée et démarrer un périple par la montagne vers Jacmel. Une fois franchie, c’est en bateau qu’il a rejoint la frontière dominicaine avant de poursuivre vers la capitale et prendre un avion pour les Antilles.

Un retour pour ses activités

Jean-Max Bordey vient de repartir pour le sud d’Haïti, là où il réside et travaille. Il a décidé de rester malgré la crise.

Le chef d’entreprise a, en effet, développé plusieurs activités sur le territoire haïtien, notamment tournées vers la mer. Et, pour lui, il n’était pas question d’abandonner ses projets, ses entreprises et ses salariés. 

Mon action, elle est, ces jours-ci, humanitaire. Je gère un programme qui utilise des bateaux peyi pour du transport humanitaire, médicaments, nourriture et autres… Et il y a un besoin actuellement. Cette structure, j’ai mis 12 ans pour la monter et je n’ai pas envie de la laisser tomber. À côté de ça, j’ai un ou deux projets de développement qui, pour l’instant, sont bloqués et que j’aimerais également pousser. Parce que, dans tout ça, il y a une population qui n’est pas dans la République de Port-au-Prince. Entre 6 et 8 millions de personnes sont à l’extérieur et ont envie de vivre. Pour le moment, ils sont coupés de tout parce qu’il n'y a pas de carburant, il y a des pénuries en tout et je pense qu’il faut les aider. On parle du pays mais, aujourd’hui, c’est la République de Port-au-Prince qui est bloquée. Au nord et au sud, il y a une population qui ne demande qu’à vivre.

« Ça n'intéresse personne »

Il regrette que la situation en Haïti ne mobilise pas davantage les îles voisines, françaises notamment, alors que selon Jean-Max Bordey, de vrais liens sont possibles.

Je suis surpris du silence. Haïti n’existe pas. Il y a 12 millions d’habitants, francophones, créolophones, ça n’intéresse pas la Martinique, pas la Guadeloupe, on n’entend pas parler d’eux. On a une forte immigration haïtienne. On a même des gens d’origine haïtienne de la 3ème génération qui sont devenus français, ça n’intéresse personne. Ici, pourtant, on peut tout faire. Il n’y a pas un milieu que l’on touche et on n’est pas pertinent. On souffre d’une immigration, mais on pourrait faire l’inverse : faire venir des jeunes qualifiés, notamment dans l’économie bleue. Moi, c’est ce qui m’intéresse ».

Pour lui, la survie du pays se joue hors de Port-au-Prince.

C’est un chaos total, la destruction de tout. On savait que le gouvernement n’était pas fort mais là, il est détruit. C’est un bateau sans capitaine et sans équipage avec quelques marins qui se rebellent. Je ne pense pas que je vais voir le pays se redresser car la descente continue. Le problème, c’est Port-au-Prince et ses environs. Tout se fait là, les familles se reproduisent là, les politiques magouillent là, il faudrait couper le nord et le sud. Il y a un aéroport international Cap Haïtien, il est tout petit mais c’est lui qui sauve la mise ces jours-ci. Il y a aussi un port international au Cap Haïtien, un port qui n’a pas été validé dans le sud, de petits aéroports. Le nord et le sud produisent tout ce qu’il y a comme riz, pois, bétail, poissons… Ces deux côtés-là peuvent être indépendants, déjà au niveau nourriture. Dans le nord, il y a une zone économique qui vient de s’installer avec des entreprises de sous-traitance. Ce serait mon rêve de voir ces deux zones se désolidariser de Port-au-Prince, car Port-au-Prince, c’est un gâchis, c’est perdu

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