Une 92ème commémoration de la mort d’André Aliker, assassiné pour avoir dénoncé la corruption
À l’initiative du Parti Communiste Martiniquais, plusieurs militants et sympathisants ont rendu hier (dimanche 11 janvier) leur traditionnel hommage à deux figures du parti, André Aliker et Armand Nicolas.
Comme chaque année, le Parti Communiste Martiniquais et ses sympathisants ont salué hier matin la mémoire d’André Aliker, le journaliste martiniquais assassiné le 12 janvier 1934.
Pour rappel, le militant communiste a été retrouvé mort ligoté sur une plage de Case-Pilote, après avoir dénoncé la corruption au sein de l’usine du Lareinty appartenant à la famille Aubéry.
Pour cette 92ème commémoration, le cortège d’une trentaine de personnes est parti du journal Justice où exerçait André Aliker au cimetière de la Levée pour des prises de parole.
« Il a perdu la vie en voulant rétablir la justice »
Max Louis-Thérèse, membre du bureau politique du Parti Communiste Martiniquais, rappelle pourquoi il est important de perpétuer la mémoire d’André Aliker.
C'est tout à fait normal que le peuple martiniquais, au-delà du Parti communiste martiniquais, puisse savoir qu'il y avait une justice qui avait été pratiquement évacuée dans l'histoire des Martiniquais, et la corruption également, qu'avait dénoncé André Aliker. Et, parce qu’il a dénoncé toutes ces corruptions avec l’apport des békés de cette époque, avec les gouverneurs à la solde des békés, André Aliker a perdu la vie en voulant rétablir la justice. Quand on fait le parallèle, même aujourd'hui, avec ce qui s'est fait dernièrement au Venezuela, c'est un petit peu la même chose. C'est une forme de capitalisme qui se permet, notamment parce qu'on a l'argent, de penser qu’on peut tout faire.
Ce dimanche, fait inédit, deux magistrats de Fort-de-France étaient parmi les membres du cortège, afin d’honorer, eux, aussi la mémoire du journaliste martiniquais tué, sans que ses meurtriers ne soient jamais condamnés.
« Nous ne sommes pas les héritiers de cette justice coloniale »
En poste depuis septembre 2024, Fatou Faye, juge d’instruction et déléguée régionale du syndicat de la magistrature, était heureuse d’être là :
Cette affaire emblématique a quand même pendant longtemps entaché la confiance que pouvaient avoir les citoyens martiniquais dans la justice, ce qu'on peut comprendre. L'objectif, aujourd'hui, c'est justement, par notre présence, de démontrer qu'on veut aussi tirer des leçons de ces erreurs passées que nous déplorons, même si c’est une histoire ancienne. Mais l'objectif, c'est surtout que de telles erreurs ne se reproduisent jamais.
Marc Hédrich, président de la cour d’Assises de la Martinique, prépare, lui, un ouvrage sur la justice coloniale des années 1930 en Martinique.
Cette affaire Aliker est emblématique d'une justice coloniale avec des particularités extrêmement caricaturales que j'ai découvertes, effectivement, dans le cadre de mon travail, sur un ouvrage à venir qui s'intitulera, a priori, « Justice Coloniale: Les affaires Aubéry-Aliker, 1930-1936 ». Il n'y a pas seulement l'affaire d'André Aliker, mais il y a tout un contexte : affaires de fraude fiscale, de corruption avec une justice coloniale qui n'a à l'époque qu'une seule obsession, c'est le maintien de l'ordre. Et, participer avec le gouverneur de l'époque au maintien de l'ordre n'est absolument pas la manifestation de la vérité. La justice se grandit quand elle reconnaît ses errements, ses erreurs plutôt que de les taire et quand elle souhaite les corriger. Il y a un monde entre la justice coloniale des années 30 et la justice républicaine d'aujourd'hui. Nous ne sommes pas les héritiers de cette justice coloniale. Je ne parle pas, puisque je l'exerce, de la justice d'aujourd'hui. Dans mon livre, je ne m'attache qu'à dénoncer les tares de cette justice coloniale de l'époque.
Le travail « immense » d'Armand Nicolas
En plus de la commémoration pour André Aliker, un hommage quasi simultané a été également rendu hier matin à l’historien et ancien secrétaire général du Parti Communiste Martiniquais, Armand Nicolas, décédé en janvier 2022.
Pour Max Louis-Thérèse, l’apport de ce dernier est en effet « immense ».
Nous héritons d'un passé colonial, de passé esclavagiste depuis deux, trois siècles. C'était une histoire douloureuse pour nous. On sait que très bien cette date du 22 mai, qui a longtemps voulu être oubliée par le pouvoir colonial de l'époque contemporaine. On a dû travailler très, très dur pour revendiquer cette date. Et cela a été fait grâce au travail d'archives prouvées par Armand Nicolas. Sans compter tous ses autres ouvrages.
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