Jean Benoist, pionnier des sciences sociales dans la Caraïbe est décédé

Par 13/11/2025 - 06:58 • Mis à jour le 13/11/2025 - 07:07

L’anthropologue et médecin canadien Jean Benoist s’est éteint le 11 novembre 2025, à l’âge de 95 ans. Figure majeure des sciences humaines dans la Caraïbe, il est considéré comme l’un des fondateurs de l’anthropologie en Martinique et un penseur essentiel de la créolisation. Ses travaux, qui ont profondément marqué plusieurs générations de chercheurs, continuent d’éclairer la compréhension des sociétés antillaises et de l’océan Indien.

    Jean Benoist, pionnier des sciences sociales dans la Caraïbe est décédé

Médecin de formation, Jean Benoist s’intéresse très tôt aux sociétés martiniquaises, à leurs croyances, à leurs pratiques culturelles et à la manière dont celles-ci façonnent les rapports au corps et à la santé.

Rapidement, sa curiosité dépasse le cadre médical : il devient observateur du social, des religions, des identités et des rapports au monde, ouvrant la voie à une œuvre qui s’étendra ensuite aux Petites Antilles, à La Réunion, à l’île Maurice et à l’ensemble de l’océan Indien.

Un pionnier de la réflexion sur la créolisation

Selon son ancien collègue, l’universitaire martiniquais Gerry Létang, Jean Benoist fut l’un des premiers à analyser de manière approfondie la notion de créolisation :

Il a repéré l’apparition du mot “créolisation”, dans un débat de la Société des Anthropologues de Paris en 1884, où Louis-Joseph Janvier, journaliste, historien et essayiste haïtien, contribue à le définir. Ce sera un de ses chevaux de bataille : qu’est-ce qu’une société créole ? Qu’est-ce que la créolisation ? 

Les réponses à ces questions retranscrites dans ses travaux ont ainsi contribué à poser les bases d’une réflexion aujourd’hui centrale dans les études caribéennes. Elles aident à comprendre comment les sociétés issues du métissage produisent des formes culturelles nouvelles, hybrides, dynamiques.

Un formateur prolifique

Jean Benoist laisse derrière lui une œuvre profondément structurante, mais aussi un héritage intellectuel vivant. Pour Gerry Létang, son influence dépasse largement ses propres publications.

Il va amener beaucoup d’étudiants de l’Université de Montréal à s’intéresser à l’anthropologie des Petites Antilles et de la Martinique en particulier. Cela donnera les travaux de Monique Desroches (Musicologue) sur la musique tamoule et hindoue de la Martinique. Mais aussi ceux de Raymond Massé sur l’adventisme.

Des chercheurs canadiens comme antillais ont ainsi bâti sur les fondations qu’il a posées, poursuivant l'exploration des réalités caribéennes.

D'ailleurs certaines de ces études et publications ont été compulsées dans un ouvrage hommage sous la direction de plusieurs intellectuels martiniquais baptisé "Au visiteur lumineux. Mélanges offerts à Jean Benoist"

Des ouvrages fondateurs

Arrivé en Martinique au début des années 1960, Jean Benoist développe d’abord une anthropologie biologique. Son livre Les Martiniquais. Anthropologie d’une population métissée (1963) reste un texte majeur pour comprendre les dynamiques de métissage dans l’île.

Mais c’est surtout grâce à ses travaux ultérieurs, ancrés dans l’anthropologie culturelle, qu’il devient une figure incontournable.

Parmi ses ouvrages les plus importants, L’archipel inachevé, description essentielle de la Martinique des années 1970, considérée comme une lecture indispensable pour tout étudiant en anthropologie, mais aussi Indouisme créole, qui analyse la manière dont les traditions venues d’Inde se transforment en s’enracinant dans les sociétés créoles ou encore Chronique d’un lieu de pensée : Fonds Saint-Jacques (2015), consacré à l’histoire intellectuelle d’un site auquel il a été très attaché.


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