Taxe carbone : les industriels martiniquais alertent sur l’inadaptation du MACF aux Outre-mer

Par 07/04/2026 - 14:29

Trois mois après le lancement du MACF, l'industrie martiniquaise dénonce un texte inadapté aux territoires ultramarins. Face à la hausse des coûts et aux menaces sur les entreprises locales, les acteurs économiques pressent les élus d'obtenir de Bruxelles une exemption spécifique.

    Taxe carbone : les industriels martiniquais alertent sur l’inadaptation du MACF aux Outre-mer

Trois mois après l’entrée en vigueur du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières dans l’Union Européenne, le constat est sans appel pour les industriels des Régions Ultrapériphériques Françaises (RUP).

Le MACF, un « raté » européen pour l'Outre-mer

Ce mécanisme de taxe carbone apparaît réellement comme, inadapté à la réalité des territoires d’Outre-mer.

Pour rappel, depuis le 1er janvier dernier, le MACF (Mécanisme d'Ajustement Carbone aux Frontières), dans sa version courte, impose une taxe carbone aux importations des produits industriels les plus polluants qui proviennent du reste du monde.

Pour plusieurs organisations économiques de Martinique, il est urgent d’alerter les pouvoirs publics et les élus locaux sur les impacts négatifs du MACF dans le temps, si une adaptation territoriale n’est pas actée du côté de Bruxelles.

Le cri d'alarme des industriels martiniquais

Stéphane Abramovici, vice-président de l’AMPI (Association Martiniquaise pour la Promotion de l’Industrie), détaille les raisons de ce blocage :

C’est un dossier complexe. Comme nous dépendons de réglementations européennes, les évolutions sont lentes ; il y a une forte inertie. Le MACF part d'une intention vertueuse : protéger l'industrie européenne face à des concurrents hors Europe qui ne font pas les mêmes efforts de décarbonation. C’est une mesure de protection logique puisque nos industries, elles, ont l'obligation de se décarboner. Le véritable problème, c'est que ce texte a totalement occulté les spécificités des Régions Ultra-Périphériques. Il n'a pris en compte ni l'éloignement, ni l'insularité, ni le fait que nos bassins de population restreints ne permettent pas de soutenir le même modèle industriel qu'en Europe continentale. Aujourd'hui, le constat d'un "raté" concernant l'Outre-mer est unanime. Tout le monde s'accorde sur la nécessité d'amender ou de rectifier la règle au niveau européen. Cependant, le consensus s'arrête là : les avis divergent encore sur l'objectif final, entre ceux qui prônent une exemption partielle et ceux qui réclament une exemption totale.

Un besoin d'action politique

En cas d’inertie des politiques, des impacts directs pourraient se faire ressentir sur l’économie locale et le secteur de l’industrie avec notamment la disparition progressive d'industries locales non délocalisables, la hausse durable des coûts de construction et de production agricole.

Le vice-président de l’AMPI, insiste sur l'urgence d'une intervention des élus face à ce calendrier intenable :

Il existe un réel décalage entre la réalité du terrain, marquée par des hausses de prix appliquées depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, et l'horizon incertain d'une révision législative d'ici un ou deux ans. Nous manquons totalement de visibilité alors que les conséquences sont déjà là : les augmentations importantes sur le ciment et les engrais pénalisent l'ensemble de nos filières, de l'agriculture au BTP. Le calendrier politique actuel nous impose d'être audibles car les enjeux se superposent. Nous attendons désormais des élus qu'ils interpellent fermement l'État sur l'urgence de la situation, car l'impact pour nos territoires ultramarins est majeur. Puisqu'il s'agit d'un problème purement politique et de gestion législative, notre salut dépend de la mobilisation de nos élus respectifs au niveau des Outre-mer.


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