Une yole ronde quitte la Martinique pour l'île de Gorée au Sénégal
Ce jeudi 26 février, la yole de Martinique entame sa traversée de l'Atlantique vers l’île de Gorée, au Sénégal. Ce don mémoriel, qui célèbre les 50 ans de la rencontre entre Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor, s’accompagne d’un projet pédagogique et artistique d’envergure visant à resserrer les liens entre les deux terres.
La yole de Martinique offerte au Sénégal quitte l’île ce jeudi 26 février. Cette ambassadrice martiniquaise met désormais le cap sur l’île de Gorée (Sénégal) pour une mission hautement symbolique.
Ce don, porté par l’association Yoles Transmanche, intervient à l’occasion du 50ème anniversaire de la rencontre officielle entre Aimé Césaire et le premier président de la République du Sénégal, Léopold Sédar Senghor. En tant que patrimoine vivant, cette yole se veut être un véritable trait d’union entre la Martinique et l’île de Gorée.
Une délégation martiniquaise au Sénégal en mai 2026
Pour célébrer ce départ, une cérémonie des Mapipis s’est déroulée ce mercredi 25 février au matin à l’hôtel de la CTM à Plateau Roy. D’ici quelques semaines, une délégation martiniquaise se rendra sur place pour accueillir l'embarcation, notamment autour du 22 mai, date symbolique de la commémoration de l’esclavage.
Muriel Schwartz, professeure de créole au lycée du Marin, qui encadre des élèves de Terminale autour de ce projet yole, raconte les volontés autour de la réalisation de ce futur voyage au Sénégal :
Depuis octobre, novembre, nous réalisons un projet en partenariat avec le lycée Legta Croix-Rivail. Aujourd'hui, nous nous rassemblons pour que nous puissions faire ce voyage au Sénégal. Dans ma classe, il y a cinq élèves qui doivent partir si nous arrivons à récolter les fonds nécessaires pour faire ce voyage. Nous avons une cagnotte en ligne qui a été partagée sur internet. Nous demandons à tout le monde de participer car c'est important pour nous. C'est un voyage culturel et symbolique et cela permet de montrer comment la culture martiniquaise a réussi à perdurer malgré tout ce que nous avons pu subir dans notre histoire. Il y a non seulement la symbolique de la yole mais aussi celles du créole et du bèlè que nous montrerons aussi. Nous retournerons sur la Terre Mère, l'Afrique, pour montrer tout ce que nous avons pu construire à partir de ce que nous a légué ce continent.
Un projet mené par quatre acteurs
De son côté, Christophe Mert, artiste-plasticien martiniquais, raconte avoir travaillé sur ce projet avec deux artistes, Oshea et Xan, ainsi que les élèves du Campus caribéen des arts :
Il y a plusieurs aspects : il y a premièrement le fait qu'il y ait de manière géographique les deux rivages. On a d'un côté le Sénégal et de l'autre côté la Martinique. La yole est un objet à deux bords, bâbord et tribord. On est parti sur cette idée-là de trouver de manière très symbolique comment exprimer justement cette "Martinicanité" et comment montrer aussi la force du Sénégal. On est parti sur la chose la plus simple, c'est d'écrire les noms. Maintenant, on trouvait un peu simpliste de mettre les noms actuels. On est remonté dans le temps et donc on a mis ce premier nom pour rendre hommage au peuple premier de la Martinique, donc "Iouanakaera", "l'île aux iguanes". De l'autre côté, "Sunugal", qui veut dire notre pirogue en wolof. Ce sont deux noms qui racontent une histoire, celle qu'on connaît par rapport aux Amérindiens. Et puis, c'est aussi un propos mythologique, une légende urbaine qui dit qu'au Sénégal, des missionnaires ont rencontré des pêcheurs et ont dit : "C'est notre pirogue", et c'est donc devenu le Sénégal.
Le sens de l'esthétique de la yole
Au-delà de la navigation, l'artiste-plasticien martiniquais rappelle aussi que l'esthétique de cette yole porte également une charge mémorielle profonde :
L'idée, c'est de bien comprendre qu'on est ensemble et qu'on forme un tout. Il y a cette séparation, mais on doit essayer par tous les moyens de réduire la distance qui nous sépare. Le meilleur moyen, c'est de se retrouver, se rencontrer à nouveau, de resserrer les liens. Et pour ça, il faut bien sûr dialoguer, échanger, se rencontrer et tout le temps, tout le temps rester dans ce rapport permanent où on sait que l'autre existe. Ce qu'on retrouve dans cette arête centrale au fond de la yole, c'est cette installation avec des plaques de plexi, donc dans une transparence, on va retrouver de la terre du Sénégal, et de la terre de Martinique, du sable, des coraux qui vont symboliser cette partie ancestrale de ceux qui ne sont plus vivants et qui ont échoué sur cette terre de la Martinique. On a ce croisement entre les arêtes de l'intérieur et cette verticalité qui traverse l'axe de la yole. On a une vraie perpendicularité qui nous met dans le carrefour de chez nous, c'est-à-dire ici, dans la Caraïbe.
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