« Moi Jenny, pupille de la nation » : Fanny Marsot retrace le parcours de sa mère dans un livre
Avec « Moi Jenny, pupille de la nation », la journaliste Fanny Marsot retrace le parcours de sa mère, placée en famille d’accueil en Martinique dans les années 1960. Un premier livre publié chez Fayard qui brise le tabou des violences faites aux enfants pour offrir un message de résilience et d'espoir.
La journaliste Fanny Marsot signe son premier livre dans une grande maison d'édition, “Moi Jenny, pupille de la nation”, publié chez Fayard ce mercredi (22 avril).
L'ancienne présentatrice à RCI Martinique retrace l'enfance de sa mère Jeannie Marsot, placée de l'âge de 2 ans à 10 ans dans une famille d'accueil à Rivière-Pilote par l'aide sociale à l'enfance dans les années 1960.
Libérer la parole : un acte de résilience
Victime de violences physiques et sexuelles, cette dernière a toujours voulu briser le tabou pour offrir un exemple de résilience. Pour Jeannie Marsot, ce récit est avant tout un acte de libération :
C'était une belle thérapie parce que ça m'aidait à m'ouvrir l'esprit, à vivre plus dans le présent et ça me faisait beaucoup de bien. Il faut que la parole se libère, effectivement. Moi, j'espère que ça va aider d'autres personnes qui ont subi les mêmes choses.
De son côté, Fanny Marsot souligne l'urgence sociale derrière ce destin individuel, rappelant qu'il y a 400 000 enfants placés en France avec une espérance de vie de 20 ans inférieure à la moyenne :
Il y a 400 000 enfants placés en France. Ils ont une espérance de vie de 20 ans inférieure à celle d'une personne normale parce que traumatismes, parce que ce sont des enfants dont on ne prend pas assez soin, parce qu'on ne sait pas quoi en faire une fois qu'ils sont majeurs et qu'ils sont lâchés dans la nature. Il fallait pouvoir dire à tout le monde: on peut s'en sortir. On peut traverser des vallées désertiques, sombres, atroce. On peut avoir cru mourir de faim et de soif, mais il y a toujours de l'espoir.
Porter la voix de la Martinique
Dans l'horreur, le lecteur vit des instants de lumière au courage suprême de Jeannie, qui choisit de sourire à la vie malgré la noirceur de son enfance avec un credo : "la vi'a bel, sé moun lèd ki adany".
Ce livre paraît dans un moment polémique pour les maisons d'édition Fayard et Grasset, qui appartiennent au milliardaire Vincent Bolloré, accusé de soutenir l'extrême-droite en vue de la présidentielle de 2027. Face aux critiques, l'autrice clarifie sa position :
Je ne fais pas de politique ; j'ai ce privilège. Je crois que c'est une chance de pouvoir écrire un livre qui soit totalement... je ne dirais pas apolitique, car la politique est partout autour de nous. Évoquer l'aide sociale à l'enfance est, en soi, une manière d'en parler. Pourtant, mon approche n'est pas militante : je raconte une histoire qui touche à la société, au cœur et à l'émotion, et cela me semble universel. Lorsque j'ai trouvé un éditeur, j'ai saisi cette occasion en or de publier un texte mêlant le français et le créole. Il parle de chez nous, de la Martinique, et de ce qu'elle a de plus beau. Même si l'histoire est difficile, elle s'inscrit dans un environnement magnifique, notre berceau. Porter ce récit à l'échelle nationale, grâce à une maison d'édition dotée d'une telle force de frappe, est un véritable privilège. C’était une opportunité que je ne voulais pas laisser passer. J’en suis assez fière, d’autant que j’ai été merveilleusement accompagnée par des personnes d'une grande qualité ; mon éditrice, notamment, a été exceptionnelle.
Retrouvez l'intégralité de l'entretien avec Fanny et Jeanie Marsot :
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