L'écrivain sénégalais Mohamed Mbougar Sarr remporte le prix Goncourt

Par 03/11/2021 - 12:10 • Mis à jour le 03/11/2021 - 12:09

100 ans après le Martiniquais René Maran, l'écrivain sénégalais Mohamed Mbougar Sarr a été récompensé par l'académie Goncourt pour son roman "La plus secrète mémoire des hommes".

    L'écrivain sénégalais Mohamed Mbougar Sarr remporte le prix Goncourt

Le Goncourt, le plus prestigieux des prix littéraires français, a été décerné mercredi au Sénégalais Mohamed Mbougar Sarr, qui devient à 31 ans le premier écrivain d'Afrique subsaharienne à être consacré par ce prix.

Il est aussi un des plus jeunes lauréats. 

Le trentenaire a obtenu six voix au premier tour, a annoncé Philippe Claudel, secrétaire général du Goncourt, au restaurant Drouant, pour "La plus secrète mémoire des hommes" (éditions Philippe Rey), roman qui s'inspire du destin maudit de l'écrivain malien Yambo Ouologuem.

"Je ressens beaucoup de joie. Tout simplement", a-t-il déclaré à la presse à son arrivée à Drouant, au coeur de Paris. 

"Il n’y a pas d’âge en littérature. On peut arriver très jeune, ou à 67 ans, à 30 ans, à 70 ans et pourtant être très ancien", a-t-il ajouté.

D'autres voix sont allées à Sorj Chalandon pour "Enfant de salaud" et au Haïtien Louis-Philippe Dalembert pour "Milwaukee Blues". Aucune ne s'est portée sur Christine Angot avec "Le Voyage dans l'Est", qui avait remporté la semaine dernière le prix Médicis.

"Avec ce jeune auteur, on est revenu aux fondamentaux du testament du Goncourt. 31 ans, quelques livres devant lui. Espérons que le Goncourt ne lui coupera pas son désir de poursuivre", a commenté Philippe Claudel, du jury.

"Ça c'est fait au premier tour. C'est écrit de façon flamboyante. C'est un hymne à la littérature", a souligné Paule Constant, autre membre du jury.

Mohamed Mbougar Sarr succède à Hervé Le Tellier, dont le roman "L'Anomalie" avait été primé l'année dernière lors d'une cérémonie en visioconférence, en raison de la crise sanitaire liée au Covid-19. 

Le prix Goncourt, décerné par un jury de sept hommes et trois femmes, rapporte un chèque de 10 euros mais il garantit des ventes en centaines de milliers d'exemplaires. Hervé Le Tellier a même dépassé le million en moins d'un an.

Le prix Renaudot, annoncé juste après au même endroit, a été décerné à la Belge Amélie Nothomb pour "Premier sang", consacré à son père, décédé en 2020.

Un hommage au Martiniquais René Maran

A travers la récompense décernée mercredi au Sénégalais Mohamed Mbougar Sarr, l'Académie Goncourt a salué discrètement la mémoire d'un autre lauréat noir, René Maran, qui avait été conspué par la presse il y a tout juste un siècle.

"Il y a 100 ans, en 1921, la presse avait été dégueulasse avec René Maran. Les journalistes avaient même insulté l'Académie Goncourt pour avoir donné le prix à un nègre. Aujourd'hui, on donne le Goncourt à un très grand écrivain africain", a déclaré auprès de l'AFP l'écrivain Tahar Ben Jelloun, membre de l'Académie Goncourt.

"C'est important, parce que la francophonie existe, malgré la politique absolument défaitiste et dégueulasse de l’Etat français, qui ne fait rien pour la langue française et pour la francophonie", a-t-il poursuivi. 

Né en 1887 sur un bateau reliant la Guyane et la Martinique, René Maran, aujourd'hui écrivain oublié et inconnu du grand public, avait remporté, en 1921, la prestigieuse récompense littéraire avec "Batouala", un roman dont la préface dénonce la colonisation.

L'annonce de ce prix à un écrivain noir avait alors déchaîné les passions dans la presse, mais aussi dans l’hémicycle, où certains députés l'avaient accusé de remettre en cause la politique coloniale de la France. 

"Le prix Goncourt 1921 au Martiniquais René Maran avait fait scandale. On s'indignait que ce prix puisse couronner un auteur noir", a rappelé auprès de l'AFP Gisèle Sapiro, professeure de sociologie au CNRS, spécialiste de littérature et des intellectuels.  

"Il faut saluer ce choix du jury Goncourt, qui pour la première fois consacre un des merveilleux écrivains africains de langue française, un tout jeune écrivain qui a déjà une oeuvre splendide", a-t-elle ajouté, en relevant que "La prise en compte de la diversité" reste quelque chose de "récent".

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