La défense des "Grands frères" critique le dépaysement de l'affaire à Fort-de-France à quelques jours du début du procès
C'est un procès très attendu qui s'ouvrira lundi matin (26 janvier 2026) devant le tribunal correctionnel de Fort-de-France. Celui des "Grands frères". À quelques jours de l'ouverture des audiences, les avocats de plusieurs prévenus ont dénoncé le dépaysement de cette affaire guadeloupéenne en Martinique.
Le procès tant attendu des "grands frères" débutera normalement lundi prochain (26 janvier) devant le tribunal correctionnel de Fort-de-France.
Un dossier étalé sur 17 jours d'audience et qui est appelé après un peu plus de 4 ans d'attente, les faits reprochés remontant à la fin de l'année 2021.
Pas moins de 13 prévenus guadeloupéens sont tous convoqués en Martinique. La procédure avait en effet été délocalisée sur demande du procureur de la République de Pointe-à-Pitre.
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Obliger d'aller plaider en Martinique
Réunis hier en conférence de presse, plusieurs avocats de la défense ont manifesté leur mécontentement face au dépaysement de l'affaire.
Maître Ernest Daninthe, avocat d'un des prévenus, pointe du doigt cette situation :
Sur la difficulté qu'il y a pour nos clients et leur famille de se présenter devant une juridiction qui n'est pas leur juridiction naturelle, dans la mesure où il s'agit d'une affaire importante telle qu'on nous l'avait présentée, qui a eu lieu en Guadeloupe. Et on est obligé, après le dépaysement qui a été demandé par le procureur de la République de l'époque, d'aller plaider en Martinique la liberté de nos clients, qui est également une défense des libertés publiques en Guadeloupe, parce que nous savons dans quel contexte les faits ont eu lieu. C'est-à-dire un effet de contestation sociale de lutte sociale, et nos clients interviennent alors qu'ils ne sont pas, effectivement, les protagonistes principaux de ces affaires là
Il assure par ailleurs que les faits reprochés ne sont pas avérés :
Ce sont eux qui sont choisis comme boucs émissaire. On les a dénoncés dès le départ comme des condamnés, alors qu'en fait, il s'agit de jeunes qui ont discuté avec les pouvoirs publics, des élus de l'époque. Certains d'entre eux sont cités comme témoins, mais on nous dit qu'à l'occasion de ces réunions, ils ont tenté de commettre l'infraction d'extorsion dans le cadre d'une association de malfaiteurs. Cela est tout à fait inexact. Nous nous battrons ces affirmations fausses. Nous avons bon espoir quand même de voir la juridiction foyalaise nous suivre
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"Ils doivent se tenir à carreau"
Pour rappel, les prévenus sont poursuivis pour des faits présumés de tentatives d'extorsion en bande organisée durant la crise sociale de 2021, sur fond d'opposition à l'obligation vaccinale pour les soignants.
Pour maître Clémentine Plagnol, avocate d'un des "grands frères", les conséquences de cette procédure sur la vie des prévenus sont particulièrement néfastes :
Ils doivent se tenir à carreau depuis 2022. Ils sont interdits de se rencontrer, sont interdits de quitter le territoire, sont interdits aussi, pour certaines termes, de se développer parce que professionnellement, ça devient difficile. Les frais dont on a parlé au moment des questions sont très élevés et permettent effectivement difficilement de se remettre d'une procédure qui, pour certains, est arrivée à jusqu'à un non-lieu. Et nous l'espérons, pour les autres, permettra une relaxe. C'était une procédure qui repose sur des écoutes téléphoniques, sur des extractions d'écoutes téléphoniques, sur des traductions de ces écoutes téléphoniques du créole au français. Et que donc, véritablement, il va falloir démontrer que ça ne tient surtout à rien
"Pas un simple procès de droit commun"
Pour maître Lorenza Bourjac, les difficultés rencontrées lors de l'instruction montrent déjà la teneur de ce procès :
J'ai eu la naïveté de penser à un moment que c'était un procès comme toutes les autres affaires. Mais j'ai eu la chance d'être entourée de confrères un peu plus expérimentés que moi et qui m'ont fait comprendre que non, de regarder un certain nombre d'éléments et que je me rendrais compte qu'il ne s'agit pas d'un simple procès de droit commun que ça va bien au-delà. C'est essentiellement l'instruction qui nous a démontré, effectivement, que quels que soient les arguments que l'on pourrait avancer, on n'était pas entendus. On a eu près de 14 demandes d'actes qui ont été formulées au niveau des deux juges d'instruction de qui n'ont pas trouvé satisfaction. On n'avait que des éléments à charge
L'avocate espère que la relaxe sera prononcée mais estime que la probabilité est faible :
J'espère sincèrement me tromper et que la justice finira par se rendre compte qu'effectivement, que ces hommes n'ont rien fait. Ce sont plutôt des boucs émissaires parce qu'il fallait à un moment faire taire ce mouvement social et on n'a trouvé qu'une seule solution, taper sur ceux-là. En plus, parmi ceux-là, vous aviez un policier, donc ça faisait monter un petit peu la mayonnaise. Mais je pense au mieux qu'on aura une couverture de la détention provisoire, peut-être avec six mois, qui seront aménageables
Le procès des grands frères doit s'étaler sur trois semaines, du 26 janvier au 10 février 2026.
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