Cuba : face aux pénuries, le dilemme du tri des patients dans un hôpital pour enfants
À cause des pénuries sur le territoire, suite au blocus de carburant mis en place par les États-Unis, les médecins de l’hôpital cardio-pédiatrique de Cuba doivent désormais trier leurs patients aux urgences.
La santé universelle est l'une des grandes fiertés de la révolution cubaine, toutefois, les récentes pénuries sur l’ensemble du territoire, mettent à rude épreuve un système déjà fragile. Les médecins de l'hôpital cardio-pédiatrique de Cuba, doivent désormais trier leurs patients aux urgences, au risque de provoquer des complications irréversibles.
La situation s'est largement détériorée, depuis que le président américain Donald Trump a imposé en janvier un blocus pétrolier, obligeant les Cubains à subir des coupures de courant quotidiennes, durant plusieurs heures. Herminia Palenzuela, médecin et fondatrice à l'hôpital pédiatrique William Soler doit désormais prendre des décisions "très difficiles". Les enfants dont les cas sont jugés moins graves sont "en bas de la liste" d'attente :
On aimerait faire plus, on aimerait opérer davantage, mais les ressources ne nous le permettent pas.
Une prise en charge limitée
L'hôpital prend en charge des nouveau-nés, des enfants et des femmes enceintes dont les fœtus ont été diagnostiqués avec de graves malformations cardiaques congénitales. Il dispose de 100 lits, pas tous utilisés, car les médecins affirment devoir économiser le matériel et les fournitures médicales pour les patients les plus gravement atteints, précise le docteur Palenzuela :
Les ressources sont toujours réservées à ce type de patients, parce que ce sont eux qui peuvent mourir à tout moment.
Yaima Sanchez, attend dans un couloir éclairé à la seule lumière du jour que son fils de neuf ans soit examiné. Souffrant de tachycardie, les médecins doivent lui installer un appareil portatif pour surveiller son rythme cardiaque :
Je viens ici, avec la conviction que les médecins me recevront avec les moyens qu'ils ont à disposition. Parfois, l'appareil n'est pas disponible ou manque de piles. Jusqu'à aujourd'hui, nous avons eu de la chance, mais on ne sait jamais.
Selon le ministère de la Santé, plus de 96.000 Cubains, dont 11.000 enfants, sont en attente d'une intervention chirurgicale.
« On atteint des niveaux dramatiques »
Eugenio Selmam, directeur de l'hôpital William Soler, souligne que l'embargo commercial américain en vigueur depuis 1962, a toujours rendu difficile l'accès aux médicaments et au matériel médical :
C'est quelque chose avec lequel nous vivons depuis des décennies, mais aujourd'hui, on atteint des niveaux dramatiques.
Les Nations unies ont proposé un plan d'aide d'urgence à Cuba, portant notamment sur la livraison de carburant, dans le cadre de discussions avec les Etats-Unis sur l'autorisation d'importations à des fins humanitaires pour "sauver des vies".
La situation sur l’île est très préoccupante pour Francisco Pichon, coordinateur de l'ONU à Cuba :
Si la situation actuelle se poursuit et que les réserves de carburant du pays s'épuisent, nous craignons une détérioration rapide, avec un risque de pertes humaines.
L'hôpital William Soler a reçu cette semaine une livraison de médicaments, de denrées alimentaires et de produits d'hygiène, provenant d'un convoi international d'aide humanitaire, qui a acheminé 50 tonnes de fournitures à Cuba par voie maritime et aérienne.
Martina Steinwurzel, militante italienne et membre du convoi Nuestra América, s’insurge de la situation :
Ce sont des gens qui ont résisté pendant tant d'années, mais aujourd'hui ils vivent un siège jamais connu dans leur histoire.
Des conditions de travail compliqués
Le docteur Palenzuela dit ne pouvoir se rendre à l'hôpital, que trois fois par semaine. Comme ses collègues, elle doit parcourir plusieurs kilomètres à pied pour aller travailler, faute de carburant pour les transports publics.
Si un système de transport a été mis en place pour les personnels de santé, tous n'y ont pas accès quotidiennement. Le long du célèbre front de mer de la Havane, le Malecon, nombreuses sont les blouses blanches faisant de l'auto-stop.







