Congrès de l'eau : ce qu'il faut retenir de cette première matinée

Par 24/06/2026 - 14:22 • Mis à jour le 24/06/2026 - 14:22

Ce mercredi 24 juin, le Congrès des élus consacré à l'eau s'est ouvert dans la matinée au Conseil départemental de la Guadeloupe. Travaux colossaux, gouvernance contestée, finances du SMGEAG, propositions fortes : voici le compte-rendu de cette matinée devant le Conseil départemental de la Guadeloupe.

    Congrès de l'eau : ce qu'il faut retenir de cette première matinée
Congrès des élus sur l'eau, au Conseil départemental de la Guadeloupe, à Basse-Terre, ce mercredi (24 juin) 2026.

Ce mercredi (24 juin) 2026, la Guadeloupe tient un conseil très attendu, celui du Congrès des élus consacré à l'eau.

Lire aussi : Congrès de l'eau en Guadeloupe : les élus réunis face à l'urgence d'une crise qui dure

Plusieurs questions au cœur des débats

Réunis au Conseil départemental à l'initiative du président Guy Losbar à la suite des rapports alarmants de la Chambre régionale des comptes (CRC) de juillet 2025, les responsables politiques, institutionnels, et acteurs du secteur ont été appelés à trouver des solutions face à une crise qui dure depuis des années.

En mai dernier, le président du Conseil départemental, Guy Losbar, avait appelé à dépasser les diagnostics pour convoquer ce Congrès majeur.

Voté à l'unanimité le 28 mai après de larges auditions citoyennes et économiques, ce Congrès a pour but de financer les réseaux et redresser le SMGEAG.

La question de la réparation des réseaux, du financement des infrastructures et de l'amélioration du service aux usagers figure également au cœur des débats.

L'enjeu est notamment de mettre le doigt sur le ou les responsables de cette santé abîmée du secteur de l'eau en Guadeloupe parmi les divers acteurs, dont l’État, le SMGEAG, les élus locaux, ou encore les différents opérateurs et régies.

Sur ce point crucial, l'ouverture des débats ce mercredi matin au Conseil départemental a permis de poser un constat partagé : certains élus ont rappelé lors de leurs prises de paroles qu’il n’y a pas une seule entité responsable de ce fiasco.

À l'image d'Adrien Baron soulignant qu’il faut impérativement la jouer collectif, la priorité absolue de la matinée s'est cristallisée autour d'une volonté commune d'accélérer drastiquement la réparation des fuites.

Le plan d'action du Conseil départemental

Aux alentours de 10 heures du matin ce mercredi , le président du Conseil départemental, Guy Losbar, a ouvert solennellement la séance en faisant observer une minute de silence en hommage à Jean-Claude Maes, l’ex-maire de Capesterre de Marie-Galante, disparu le 5 juin dernier.

Entrant immédiatement dans le vif du sujet, Guy Losbar s'est exprimé :

Nous ne devons jamais nous habituer à cela (...). Les Guadeloupéens attendent que nous soyons à la hauteur de cette responsabilité.

Le représentant du Conseil départemental a balayé l'historique des différents acteurs de l’eau qui se sont succédé avant la création du SMGEAG en 2021.

Pour lui, la recherche de la culpabilité ne "fera pas couler une goutte d’eau dans les robinets des compatriotes", et cette situation n’est plus acceptable.

Pour y remédier, le président du Département a annoncé la mobilisation d'une enveloppe de 150 millions d'euros afin d'accélérer la résorption des pertes, avec l'ambition de passer de 6 000 à 10 000 fuites réparées.

Accompagner les foyers et les écoles

Fixant un objectif clair avec une date de sortie définitive des tours d’eau, il propose d'accompagner les foyers à faibles revenus par l'installation de citernes d'eau pour soulager les familles souffrant dans les zones de fortes tensions.

Le représentant du Conseil départemental ajoute sa volonté que pas moins de 100% des écoles soient durablement alimentées en eau avant la fin de l’année 2026, précisant que l’eau de secours doit être distribuée directement par les exploitants.

Sur le plan social, le président souhaite renforcer le lien rompu avec les abonnés en réglant la question des factures et des impayés, notamment par le déploiement à moyen terme d'une tarification sociale de l'eau, avec la volonté finale d’aboutir à un prix unique et identique sur tout le territoire.

Pour que la confiance revienne, il plaide pour donner au SMGEAG les moyens de fonctionner sainement et suggère que les usagers puissent désigner leurs propres dirigeants.

Enfin, face au constat alarmant de 53% de stations d’épuration non conformes, Guy Losbar a lancé un appel aux parlementaires, députés et sénateurs pour obtenir un engagement exceptionnel à la mesure de la crise, tout en proposant la mise en place de rendez-vous de suivi publics adossés à des indicateurs de performance stricts pourl'État et les opérateurs.

Une volonté d'allègement salariale du SMGEAG

Prenant la parole au nom du président de Région Ary Chalus, absent lors de Congrès, le vice-président Jean-Claude Nelson a affirmé que la Région Guadeloupe appelle de ses vœux de nouvelles transparences pour enfin sortir les usagers de l’enfer de l’eau, rejoignant le principe d'une responsabilité collective.

Il a rappellé le rôle central de la collectivité régionale, principal contributeur du plan pluriannuel, avec plus de 226 millions d’euros cumulés investis, auxquels s'ajoutent plus de 20 millions d'euros injectés ces six derniers mois et le déploiement de plus de 300 sites de télésurveillance pour réduire les tours d’eau, sans oublier la mobilisation de plus de 39 millions d’euros en fonds propres européens.

Pour redresser la barre, Jean-Claude Nelson a formulé plusieurs propositions majeures, à commencer par un transfert solidaire d'agents du SMGEAG vers les communautés d’agglomération, la Région et le Département afin d'alléger la masse salariale du syndicat, estimant qu'aucun redressement durable n’est envisageable autrement.

La crise de l'eau est une question de dignité, de responsabilité collective (...). Nous ne voulions pas de ce syndicat unique, dans les conditions qui ont été posées. On nous l'a imposé.

Il a ensuite proposé la mise en place d'un régime dérogatoire pour conforter durablement le régime de l’eau en Guadeloupe, ainsi que la création de dispositifs fiscaux de défiscalisation spécifiques, sollicitant à ce titre l'expertise du rapport du CESER pour valider ces leviers, le tout encadré par un contrôle financier rigoureux.

Savoir si "la Guadeloupe est prête à agir"

Le Préfet de Région, Thierry Devimeux, est quant à lui intervenu avec l'espoir qu’une union sacrée puisse enfin émerger de cette journée historique.

Le représentant de l'État a fermement défendu le bilan et la présence de l'État dans la gestion de cette crise, rappelant son soutien constant en investissements et en ingénierie d'experts, tout en justifiant la création du SMGEAG en 2021.

Tout en concédant que certaines responsabilités dépassent le cadre strict de l’intervention étatique, le Préfet a placé les élus devant leurs responsabilités en affirmant que la question est désormais de savoir si la Guadeloupe est prête à agir, et non plus de savoir quoi faire, concluant que le territoire se trouve aujourd’hui à un moment charnière de son histoire.

Le front commun des EPCI et de l'Etat

La parole a ensuite été donnée aux présidents et représentants des différents Établissements Publics de Coopération Intercommunale (EPCI) de l'archipel.

Fabert Michely, s'exprimant pour la communauté d’agglomération Cap Excellence, a martelé trois priorités absolues, plaçant en tête la réparation massive des fuites alors que le réseau affiche plus de 70% de pertes et un rendement moyen stagnant à 45%, suivie de la sécurisation des secteurs les plus exposés et de l'accélération des travaux urgents.

À sa suite, Adrien Baron, président de la CANBT, a apporté son soutien total au président Henri Yacou, fraîchement nommé à la tête du SMGEAG, tout en assurant la participation financière et l'action collégiale de son agglomération pour surmonter les impasses financières actuelles.

Après l'intervention de Thierry Abelli, président de la CAGSC, le président de la CANGT, Jean Bardail, a décliné sa feuille de route en insistant sur l'amélioration du rendement financier, l'accélération de la modernisation des réseaux par l'investissement, et une refonte des ressources humaines.

L'opportunité que nous offre le président du conseil départemental me fait dire que l'eau est un sujet d'unité.

Exigeant que les recommandations de la CRC soient appliquées à la lettre, le président de la CANGT a rappelé l’engagement de la communauté d'agglomération et sa volonté de participer à un futur plan de départ volontaire des agents, tout en remettant ouvertement en cause le modèle actuel de gouvernance du SMGEAG et sa direction partagée entre quatre acteurs.

La présidente de la CCMG, Maryse Etzol, a présenté un bilan plus contrasté pour Marie-Galante, soulignant que 80% du programme de sa communauté de communes a été mené à bien depuis sa prise de fonction.

Tout en notant que la gestion de l'eau et de l'assainissement se portent un peu mieux à Marie-Galante que sur le reste de l’archipel, elle a tempéré ce succès par le décalage persistant avec la France hexagonale.

L'élue note néanmoins que les fuites s'accroissent sur le réseau marie-galantais. En 2023, le rendement était de 65%, contre 62% en 2025. "Ce n'est pas acceptable", dénonce-t-elle.

Les mots du président de l'AMG

De son côté, Jocelyn Sapotaille, président de l’Association des maires de la Guadeloupe, a clos cette série d'interventions en pointant avec franchise la responsabilité des entités antérieures.

Estimant que ceux qui étaient là avant "n’ont pas fait le travail comme il le fallait" et que "l’argent reçu par le passé a été mal dépensé". Il a proposé une approche nouvelle et pragmatique de la facturation en la segmentant en trois catégories.

L'eau est trop chère, 18% de plus que la moyenne nationale. C'est difficile à entendre pour un usager.

Celui-ci demande à ce que la régie de l'eau soit installée sous six mois, avec à sa tête un directeur ou une directrice expérimentée, qui connaît le métier de l'eau. 

Celles-ci sont les suivantes : l’eau essentielle dédiée aux tâches quotidiennes, l’eau utile, et enfin l’eau de confort, destinée à des activités secondaires comme les piscines ou l'arrosage, qui devrait selon lui être facturée plus cher.

Les élus devront définir chacune de ces trois tranches.

146 millions d'euros à récupérer pour le SMGEAG

La situation financière et structurelle du SMGEAG est critique d'après son représentant financier.

Le déficit de la structure est passé de 4 millions d'euros en 2024 à 62 millions en 2025, et la trajectoire financière est encore plus dégradée en 2026 avec 105 millions de déficit envisagé à la fin de l'année.

Pour y faire face, le SMGEAG doit récupérer 146 millions auprès de ceux qui lui doivent de l'argent.

Le nouveau président du SMGEAG, Henri Yacou, a été assez exhaustif et a fait plusieurs annonces.

Ce dernier assure que sa famille lui a laissé prendre en charge sa mission, tout en insistant sur la situation du personnel du SMGEAG et le risque social qui pèse sur l'entreprise et plus globalement sur la Guadeloupe.

"Voiture à eau" et "chèque eau"

Henri Yacou estime que la situation du SMGEAG est aujourd'hui devenue intenable, et qu'il faut un contrat financier pour tenir de juillet à décembre 2026.

Pour soulager les usagers, il envisage un service de voiture à eau, similaire à celui des voitures à pain, pour livrer de l'eau aux habitants dans lors des coupures, et veut créer un chèque eau sur le modèle du chèque énergie pour les abonnés les plus précaires.

Côté technique, il annonce avoir trouvé un partenaire qui fournira un logiciel de gestion globale de l'eau qui va permettre d'avoir une vue d'ensemble du réseau et de le gérer à distance, et prévoit d'avoir recours à l'intelligence artificielle pour gérer une partie de la communication de la structure.

Enfin, Henri Yacou demande du temps pour pouvoir travailler et souhaite des financements sur plusieurs années, scellés par une convention.

Les revendications du monde économique

Du côté des entreprises, le président de l’UDE-MEDEF Bruno Blandin réclame un plan d'investissement et opérationnel pluriannuel ainsi que le paiement des dettes entreprises, qui s'élèvent à une dette de 80 millions d'euros aux entreprises.

Il demande un recours aux entreprises locales par le SMGEAG, exige des effectifs en corrélation avec l'activité de la structure et souhaite confier l'exploitation à des entreprises privés, se positionnant ainsi à l'opposé de la régie publique de l'eau.

Par ailleurs, il menace de saisir la justice si la situation perdure.

De son côté, le président de la CCI de Guadeloupe, Patrick Vial-Collet, s'est adressé directement aux autorités pour marquer la gravité de la crise. Pour Patrick Vial-Collet, la situation de l'eau est "une urgence nationale" a-t-il signalé au Préfet de Région.

De leurs côtés, Francs Lassere, représentant de la chambre des métiers, ainsi que José Gaddarkhan, de la fédération du BTP, ont également prononcé un discours lors de Congrès.

Ce dernier réclame d'ailleurs le paiement à 30 jours des entreprises, confromément à la loi, ainsi qu'un paiement d'avances pour financer les matériaux de chantiers ou encore la réouverture de la carrière de Deshaies.

La parole aux associations des usagers

Enfin, différentes associations citoyennes ont adressé leurs doléances aux élus pour conclure cette première partie du Congrès de l'eau.

Marguerite Civis, vice-présidente déléguée à la Caisse des Ecoles et aux Affaires juridiques et Contentieuses, s'est exprimée par la suite.

Celle-ci a notamment proposé que la Ville de Gourbeyre devienne un "territoire pilote" de la Guadeloupe, car la commune du Sud Basse-Terre "concentre tous les enjeux" liés à ces problématiques de l'eau au sein de l'archipel.

Flavie Danois, usagère de l'eau s'est également exprimée. Cette dernière est revenue sur la situation de l'eau dans le Sud Basse-Terre, qui subit de plein fouet les coupures d'eau à répétition, notamment la commune de Capesterre-Belle:

"Rien ne se fera sans les usagers, parce que ce sont nous qui payons", a-t-elle martelée.

Ce Congrès de l'eau se poursuit ce mercredi 24 juin au Conseil départemental de la Guadeloupe.

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