Procès Shodon Emmanuel : "J’ai compris qu’il était venu pour moi", le calvaire d'une victime face au déni de l’accusé

Par 24/02/2026 - 14:00 • Mis à jour le 25/02/2026 - 06:23

Ce mardi 24 février, la cour criminelle de Fort-de-France a été bouleversée par le témoignage d'une jeune femme de 18 ans, victime de viols répétés le soir du réveillon 2022. La victime a raconté son calvaire et son sauvetage "in extremis" par un chauffeur de bus, tandis que l'accusé, confronté à des preuves ADN et matérielles accablantes, persiste à nier sa culpabilité.

    Procès Shodon Emmanuel : "J’ai compris qu’il était venu pour moi", le calvaire d'une victime face au déni de l’accusé

Une jeune femme à l’allure frêle, mais d’une détermination sans faille, a marqué l'audience de ce mardi 24 février à la Cour criminelle de Fort-de-France. Très méticuleuse, elle est revenue en détail sur cette "nuit de l’horreur". Elle est l’une des victimes dont l’accusé, Shodon Emmanuel, a abusé à plusieurs reprises, livrant un récit d'un ton contenu malgré la douleur.

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Une traque et un calvaire prémédités

Devant la cour, la victime a expliqué comment Shodon Emmanuel avait repéré la voiture stationnée dans laquelle elle se trouvait avec son petit ami. L’accusé n’a pas hésité à faire usage de son arme pour faire fuir le jeune homme et isoler la victime, âgée de seulement 18 ans au moment des faits.

Bien qu’elle ait lutté et tenté de se cacher dans un champ de bois rouge, il a fini par la retrouver. "J’ai compris qu’il était venu pour moi, il était déterminé", a-t-elle confié face aux juges.

Ce 31 décembre 2022, après l’avoir frappée, le Saint-Lucien a embarqué sa proie à moitié nue sur son deux-roues pour l’isoler dans un hangar. Là, il l’a violée à plusieurs reprises en maintenant des actes de violence.

Ce récit glaçant, entrecoupé de sanglots, a incité la victime à demander que ses parents quittent la salle, par pudeur, afin de pouvoir témoigner jusqu'au bout. Elle a finalement eu la vie sauve grâce à un chauffeur de bus qui, voyant ses appels à l'aide alors qu'elle était sur la moto, a courageusement bloqué la route au suspect et a pu courir et se réfugier dans le véhicule.

Une vie brisée et des séquelles indélébiles

Aujourd'hui, la jeune femme égrène les séquelles qui ont brisé son élan :

J’étais étudiante, de passage pour les vacances de Noël. J’ai raté mes examens le mois d’après, mon année, et j’ai perdu mon emploi. Cette soirée a anéanti tous mes efforts. Je me suis réfugiée dans l’alcool et la cigarette, j’ai souffert du regard des autres.

Son traumatisme est d'autant plus vif que l'attitude de l'agresseur dans le box reste provocante. Face à l'impassibilité de Shodon Emmanuel, elle a ajouté avec amertume : "J’ai déjà compris qu’il ne va pas avouer !" De fait, le président de la cour criminelle a dû interrompre la victime à plusieurs reprises pour tenter d’obtenir une réaction ou une version de l’accusé.

Ce fut une véritable épreuve de force pour le magistrat, confronté à un mur de silence ou à des réponses évasives telles que "je ne sais pas" ou "ce n’est pas moi."

Le déni face aux preuves matérielles et scientifiques

Même lorsque la photo de son visage, capturée par le chauffeur de bus lors de l'intervention, a été projetée, l’accusé a continué de nier l'évidence. Alors que toute la salle, y compris son escorte policière, l’a reconnu, il a affirmé qu’il ne s’agissait pas de lui.

Ce mensonge a exaspéré le président : "Monsieur Shodon, êtes-vous sérieux ? C’est le moment de faire un pas vers la vérité." L’accusé a simplement baissé la tête, désabusé, exprimant le souhait de « passer à autre chose".

Le magistrat a pourtant insisté sur les preuves matérielles accablantes : une poignée de moto retrouvée sur l'une des scènes de crime et le barillet de son arme.

L'accusé persiste à balayer chaque élément matériel d'un revers de main, les qualifiant de simples « coïncidences ». Une ligne de défense qui a poussé le magistrat dans ses retranchements, opposant la rigueur de la science au mutisme de l'intéressé : "Et l’ADN retrouvé dans la culotte d’une des victimes ; c’est aussi une coïncidence ?", a cinglé le président.

L'audience, suspendue sur cette interrogation restée sans réponse, reprendra ce mardi 24 février. La cour continuera d'examiner les faits pour tenter de lever les zones d'ombre sur cette série de viols qui a marqué les esprits.


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