[Série 5/5] Trafic d’armes en Guadeloupe : le regard de la procureure de Pointe-à-Pitre, Caroline Calbo

Par 31/01/2026 - 10:14

Toute la semaine, la rédaction de RCI Guadeloupe s’intéresse à la circulation des armes à feu et à ses conséquences au sein de l’archipel. Ce dernier volet se penche sur le dernier maillon de la chaîne : la justice, avec le témoignage de Caroline Calbo, procureure de Pointe-à-Pitre.

    [Série 5/5] Trafic d’armes en Guadeloupe : le regard de la procureure de Pointe-à-Pitre, Caroline Calbo

Après des témoignages forts sur le circuit illégal des armes et les interventions des forces de police et de gendarmerie sur le terrain, notre dossier arrive à son terme. Dans ce dernier volet, on se penche sur le dernier maillon de la chaîne : la justice, à travers le témoignage de la procureure de Pointe-à-Pitre, Caroline Calbo.

Avec 32 victimes par arme à feu en 2025 et déjà 4 depuis le début de l’année 2026, la politique pénale mise en place pour lutter contre les violences par arme à feu est au centre des préoccupations de la procureure :

Ça fait un petit bout de temps qu’on est à peu près sur 60 % des meurtres, qui sont commis par arme à feu. Et ce début d’année est encore plus fort, puisque les quatre meurtres perpétrés ont été commis par arme à feu. Cette prévalence des armes est très importante en Guadeloupe. On a beaucoup d’entrées d’armes sur le territoire et il nous appartient d’ailleurs d’arriver à mettre en place tous les moyens pour les empêcher d’arriver.

Sur le territoire, la justice se mobilise pour limiter les trafics :

Je vais prendre l’exemple de cette femme influenceuse, qui était à la tête d’un trafic d’armes. Finalement, elle a été condamnée en septembre dernier à huit ans d’emprisonnement, dont deux tiers de période de sûreté. C’est-à-dire qu’elle est en train de purger une peine de six ans ferme.

Une justice dissuasive

Face à l’utilisation massive d’armes à feu, la justice durcit le ton, notamment en augmentant les poursuites engagées et les sanctions encourues. Une nécessité pour Caroline Calbo :

Dès qu’on interpelle des auteurs ou qu’on procède à des contrôles de véhicules, on va constater une arme sur le siège passager. Il faut savoir que les sanctions sont immédiates, c’est-à-dire que ça va être un déferrement, forcément, et une condamnation à minima à un an d’emprisonnement, rien que pour avoir porté une arme, et notamment une arme chargée.

Le message est clair : c’est tolérance zéro face aux violences avec arme. La justice doit jouer un rôle dissuasif :

Ce qui m’étonne à chaque fois, c’est cette fatalité, comme si la vie n’avait pas de prix, parce qu’on est capable de tirer pour un rien : pour un mauvais regard, une voiture mal garée, une histoire d’adultère, juste pour récupérer sa fierté. Mais quelle est la fierté de prendre la vie de quelqu’un en le tuant avec une arme ?

La procureure de Pointe-à-Pitre a analysé les mécanismes de cette violence, notamment chez les mineurs. Elle alerte sur une escalade préoccupante :

On constate que les jeunes, y compris des mineurs, baignent dans un univers violent et n’hésitent pas à passer à l’acte. Ces faits ont un effet boule de neige, puisqu’ils entraînent des mesures de représailles en retour. Ce sont ces mêmes individus qui vont aussi être impliqués dans des braquages, où l’on observe de plus en plus un usage des armes, avec des tirs sur les victimes, alors même qu’elles peuvent ne pas opposer de résistance ou qu’elles se sont déjà fait voler leurs bijoux ou leur scooter.

Pour Caroline Calbo, porter une arme est donc un signe « de faiblesse et de lâcheté », signifiant que l’individu ne sait pas se défendre autrement.


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