Mémorial ACTe : vers une refonte de l'exposition permanente pour mieux dire l’horreur de l'esclavage
Dix ans après son ouverture, le Mémorial ACTe engage une refonte de son exposition permanente. Consultés ce 20 mai, les représentants associatifs et la direction du musée appellent à modifier le discours pour mieux restituer la violence de l'esclavage et sortir d'une vision jugée trop européo-centrée.
Dix ans après son ouverture, le Mémorial ACTe engage une réflexion sur son exposition permanente.
Ce mercredi 20 mai, date symbolique du rétablissement de l’esclavage par Napoléon Bonaparte en 1802, des associations et représentants de la société civile étaient invités à une visite critique du parcours mémoriel.
Les limites de l'exposition
Objectif : interroger la manière dont l’histoire de l’esclavage est racontée et envisager des pistes d’évolution.
Selon Élie Shitalou, président de l'association "Les Amis de l'Inde", certains éléments du parcours mémoriel interrogent encore la manière dont l'histoire de l'esclavage est racontée au Memorial ACTe :
Je dirais qu'il manque des compléments d'information. Quand on démarre l'expo permanente, on voit des images liées au catholicisme. Il faut pouvoir rappeler à la population que c'est au nom du catholicisme et du christianisme d'une façon générale, que des êtres humains, des Africains ont été arrachés, déportés et réduit en esclavage.
Des réflexions partagées par Jacqueline Jacqueray, présidente du Comité international des peuples noirs, qui estime que l'exposition ne traduit pas suffisamment la violence du système esclavagiste :
Lorsqu'on sort du MACTe, on sort léger parce qu'on ne ressent pas la souffrance de nos ancêtres, l'inhumanité de ce qui a été fait. On a l'impression qu'on est dans un musée tout à fait banal. On sent qu'il y a une édulcoration de l'histoire de nos ancêtres.
Une démarche d'interrogation
Raphaël Lapin, président du Conseil d'administration du Mémorial ACTe, estime que cette phase de réflexion s'inscrit dans une démarche de réinterrogation de l'exposition :
Cette exposition permanente a déjà le mérite d'exister et de raconter une histoire. La question est de savoir : est-ce qu'elle la raconte au goût du jour ? Est-ce qu'elle la raconte de manière sincère ? Depuis quel focal, est-ce qu'elle la raconte ? C'est toutes ces questions-là aujourd'hui que nous posons. Nous invitons les Guadeloupéens et Guadeloupéennes, les corps intermédiaires, les associations à donner leur avis sur cette exposition permanente, sur ce qu'elle représente pour eux, sur les espaces d'amélioration.
"Changer le discours"
Pour Maël Lavenaire, directeur scientifique du Mémorial ACTe, l’exposition présente encore une approche jugée européo-centrée et un manque de place accordée à la Guadeloupe, même si des améliorations sont envisagées pour faire évoluer le parcours et mieux valoriser les figures auxquelles le musée souhaite rendre hommage :
L'enjeu, c'est effectivement de changer le discours et de placer un discours qui puisse faire ressentir aux visiteurs la gravité humaine de ce qui a été vécu par des gens. Ce n'est pas juste des choses qui sont dans des livres, ce ne sont pas juste des mots, ce ne sont pas juste des débats, mais que des personnes ont réellement vécu ce qu'on met en image et qu'on essaye de transmettre. On veut faire ressentir le visiteur toute l'horreur de l'esclavage. Et dans un second temps, être capable de valoriser des personnes et des groupes sociaux qui ne le sont pas assez. C'est pour ça que je parle des luttes, des révoltes, de l'humanité de ces personnes qui ont été réduites en esclavage, qu'il faut faire ressortir beaucoup plus de manière à enrichir la vision de nos jeunes aujourd'hui et au-delà même de notre population, de bien faire passer un message qu'il s'agit de personnes riches humainement qui sont venues et qu'on ne peut pas oblitérer ça aujourd'hui. Je pense que c'est un des messages importants qui devra se retrouver aussi dans la refonte de l'exposition.
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