Une escroquerie à 1 million d'euros pour des maisons individuelles
Ils étaient une dizaine de particuliers, familles, jeunes couples venus ce mardi (17 mars) demander des explications à un entrepreneur Guadeloupéen. Entre 2018 et jusqu’à peu, le prévenu leur aurait promis des maisons de rêve en encaissant des acomptes mais sans rien livrer. Un lourd préjudice matériel mais aussi moral pour les parties civiles. Les juges ont mis leur décision en délibéré au mois prochain.
Des chantiers prévus aux Abymes, Petit-Canal, Gosier, Trois-Rivières... Une simple dalle en béton mal faite, quelques poutres métalliques rouillées voire rien du tout, voilà ce que les clients recevaient au fil du temps avec des dates de livraison toujours repoussées. Pourtant l’offre était alléchante : des prix compétitifs, des délais plus que rapides, avec 50% de la somme à verser avant travaux. Mais les victimes n’ont rien vu venir et étaient constamment sollicitées pour payer plus.
Des chantiers sans cesse repoussés
Henry V., 40 ans, trouvait cependant des excuses : grèves, crise Covid, guerre en Ukraine, il aurait même indiqué par téléphone être atteint d’une maladie mortelle. Le total encaissé dépasse les 998.000€ sans compter ceux qui n’ont pas déposé plainte. De l’argent disparu, l’intéressé tentant maladroitement de se justifier mais au final, on ne sait pas où et comment il a tout dépensé.
Pour Maître Jeanne-Hortense Louis, avocate d’une des victimes, c’est une honte. D’autant que les arguments évoqués ne tiennent pas :
J'ai honte parce qu'il dit qu'il veut être là pour son peuple, pour la Guadeloupe. Il veut construire des maisons pour les Guadeloupéens. Il veut aider tout le monde à avoir un chez-soi. Il s'est comporté comme un vrai escroc. Il ne sait pas faire, il n'a jamais su faire. On ne s'invente pas entrepreneur et encore moins dans le bâtiment. On peut avoir un dossier qui flanche mais au moins 10 dossiers qui flanchent, ce n'est pas possible. Ses explications ne sont pas cohérentes, elles ne sont pas justifiées. Elles visent juste à ce que lui-même se persuade qu'il n'a rien fait de mal. Il a créé une nouvelle société avec un site internet sur lequel on peut prendre un rendez-vous. Sur ce site, il indique que tout le monde est content avec 35 marchés en cours. Alors que devant le tribunal, il a dit qu'il n'avait plus d'activité depuis plus d'un an et qu'il vit chez ses parents.
Où est l'argent ?
« Sans doute à l’étranger » a suggéré un des avocats des parties civiles. « Nous vous traquerons partout jusqu’à ce que vous remboursiez » a-t-il ajouté. Le Parquet a parlé lui d’escroquerie plutôt que d'abus de confiance, vu les supposées manœuvres opérées avant, pendant et après via des sociétés.
« Ma maison d’abord » à Jarry depuis liquidée, puis « Je construit » et jusqu’au récent site internet « Luly Homes » monté en 2025, alors que des poursuites étaient déjà engagées contre lui. Les contrats de base n’étaient de surcroit pas légaux, ils ne respectaient pas les règles obligatoires.
Le jeune entrepreneur en costume à la barre a affirmé avoir fait le maximum pour ses clients mais qu'il rencontrait des soucis de logistique, financiers, allant jusqu'à rejeter la faute sur eux. Il a même versé quelques larmes face au tribunal, ce qui en a choqué plus d'un.
Des victimes fortement touchées
Du côté des nombreuses victimes, c’est le désarroi. De 20.000€ à plus de 300.000€ versés. Un crédit à honorer mais sans rien de concret aujourd’hui :
J'ai rencontré ce monsieur V. dans le cadre de ma construction de maison individuelle. Cette personne a montré qu'il a surtout des capacités pour détourner mes fonds. Mon préjudice est estimé à 400 000€. Il fait des sociétés pour à chaque fois prendre l'argent des victimes, continuer à faire de la cavalerie. Il y a plus d'une dizaine de victimes et d'autres personnes qui ne se sont pas faites représenter. Ce sont les rêves des gens qu'il transforme en cauchemar.
- Ce monsieur cherche des échappatoires, mais pour moi, c'est un escroc, un voleur. Il cherche des excuses, il n'y en a pas. Nos sous, nos euros, nos économies, nos rêves. Parce qu'il a parlé de rêve quand je l'ai rencontré, il m'a dit qu'il va me faire la maison de mes rêves, mais là, je suis dans un cauchemar. Et ça fait depuis 2020. Mon préjudice, 120 000€ à 130 000€. Je ne peux pas payer ce que je n'ai pas, à cause de ce monsieur et je n'ai toujours rien sur le terrain. Il vit sa vie et nous, on est en train de payer la banque.
Le ministère public a requis 4 ans de prison dont 1 ferme avec exécution provisoire, confiscation des biens et comptes personnels, interdiction du métier. Le délibéré est attendu le 2 avril 2026. Le prévenu reste jusque là présumé innocent.
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