« Les gendarmes en Guadeloupe ont un permis de tuer » : Jean-Jacob Bicep réagit aux tirs mortels du Moule

Par 14/04/2026 - 15:39 • Mis à jour le 14/04/2026 - 17:18

Le dimanche 12 avril, une intervention de gendarmerie a viré au drame dans la section Bonan, au Moule. Alors que l’enquête doit déterminer les circonstances exactes des tirs mortels, Jean-Jacob Bicep, secrétaire général de l’UPLG, dénonce une dérive systémique.

    « Les gendarmes en Guadeloupe ont un permis de tuer » : Jean-Jacob Bicep réagit aux tirs mortels du Moule

Le dimanche 12 avril, un homme armé d'un couteau a été mortellement blessé par les tirs d'un gendarme dans le quartier de Bonan.

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Selon les premiers éléments, les forces de l'ordre auraient tenté de faire usage d'un pistolet à impulsion électrique (Taser) pour stopper l'individu qui fonçait sur eux, sans succès. Face à cette situation, un militaire a fait usage de son arme de service.

Le militaire mis en cause a été placé en garde à vue, une mesure prolongée par le parquet de Pointe-à-Pitre afin de déterminer le nombre de tirs effectués et si les conditions de la légitime défense étaient réunies.

Un drame qui suscite colère et incompréhension. le collectif Gwadloup Kont Vyolans a Jandam a publié une tribune dénonçant un usage disproportionné de la force et appelant à faire toute la lumière sur les circonstances du décès

Une colère nourrie par le passé

Interrogé sur le maintien du terme "meurtre" dans sa tribune malgré l'enquête judiciaire en cours, Jean-Jacob Bicep, secrétaire général de l’Union Populaire pour la Libération de la Guadeloupe (UPLG), s'appuie sur le témoignage des citoyens présents :

Pas besoin de conclusion pour dire que c'est un meurtre ce qui s'est passé dimanche à Bonan. Tout le monde, tous ceux qui étaient présents à Bonan et qui ont vu ce qui s'est passé savent que c'est un meurtre. On peut faire l'enquête et attendre les conclusions de la justice, mais nous, nous savons que c'est un meurtre. Et pour nous, c'est un meurtre qui s'inscrit dans une longue lignée de meurtres. Didier Assor, à Trois-Rivières, Exactement la même chose. Nous avons Roni Cély à Goyave. Exactement la même chose. Claude Jean-Pierre, à Deshaies. Exactement la même chose. Nous sommes dans une situation, dans un pays, où à chaque fois que les gendarmes interviennent pour appréhender quelqu'un qui souffre, qui a une grande souffrance, la seule chose qu'ils font, c'est qu'ils tirent. Et c'est létal, c'est toujours létal.

Le rôle des gendarmes pointé du doigt

Au-delà de la préparation technique des agents, il pointe du doigt un climat de peur désormais installé entre la population et les forces de l'ordre :

Ce n'est pas à moi de dire s'ils sont correctement formés ou non. Ce sont des gendarmes qui ont une mission de service public. Et cette mission de service public n'est pas correctement remplie en Guadeloupe. La population guadeloupéenne, la seule chose que nous savons, c'est que nous avons à craindre pour notre vie chaque fois que nous croisons un gendarme ayant une arme à feu dans les mains. Voilà la réalité aujourd'hui dans ce pays. C'est pour ça que nous disons que ce qui s'est passé au Moule, c'est un meurtre. Il va falloir que Il y a le procurateur qui a dit: On paye pour ces meurtres. Je vous rappelle que Roni Cély, il a pris sept balles. Vous savez ce que le tribunal a fait ? Il a classé l'affaire sans suite en disant que le gendarme était en légitime défense. L'affaire Claude Jean-Pierre, nous avons toujours pas de procès et on voit bien que l'administration judiciaire française fait tout pour enterrer l'affaire. Didier Assor a fait classer sans suite. On nous tire dessus dans ce pays-là et on estime qu'on n'a pas le droit de justice.

"La justice française nous ignore totalement"

Pour Jean-Jacob Bicep, l'enjeu dépasse le simple fait divers et appelle à une justice qui traite les militaires comme n'importe quel citoyen :

Ce que j'attends de la justice, c'est qu'elle fasse son travail. C'est qu'à chaque fois qu'une norme en armes qui représente le gouvernement français tire sur un Guadeloupéen, qu'il soit traduit en justice et qu'il soit condamné comme n'importe quel citoyen lambda. On dirait que les gendarmes en Guadeloupe ont un permis de tuer.

Le secrétaire général conclut en fustigeant une institution judiciaire qu'il juge inerte face aux drames successifs sans une mobilisation populaire massive :

 Non, a dû faire un sitting à Basse-Terre la dernière fois avec la fille de Claude Jean-Pierre pour pouvoir être entendue par le tribunal. Si nous ne mobilisons pas, si nous ne faisons pas pression sur la justice française, nous n'obtenons pas de justice. Et même quand nous faisons pression, des fois, la justice française nous ignore totalement.


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