Souveraineté et biodiversité : l’INRAE et ses partenaires repensent l’économie agricole en Guadeloupe

Par 20/03/2026 - 12:18

Ce jeudi (19 mars), le centre INRAE a réuni chercheurs, sociologues et acteurs du monde agricole à Petit-Bourg. L'objectif : identifier les leviers économiques et structurels permettant de transformer les innovations locales en un modèle de production durable et rentable.

    Souveraineté et biodiversité : l’INRAE et ses partenaires repensent l’économie agricole en Guadeloupe

Ce jeudi 19 mars 2026, l'INRAE, le Cirad, Agreenium, l'Armefhlor et l'IT2 ont organisé une journée d'échanges inédite au Domaine de Duclos, à Petit-Bourg.

Chercheurs, agriculteurs et acteurs du monde agricole se sont ainsi rencontrés pour apporter des réponses concrètes à une question cruciale : quels modèles économiques adopter pour les nouveaux modes de production au cœur des hotspots de biodiversité ?

L'enjeu de la relocalisation

L'enjeu est de taille : décloisonner la production locale, les modèles économiques et l'alimentation pour bâtir une souveraineté alimentaire durable.

En Guadeloupe, les solutions agricoles existent déjà. Jardins créoles, agroécologies, innovations locales, les modèles sont là. Pourquoi peinent-ils encore à changer d'échelle ? Comment revoir nos modèles économiques ?

Pour Harry Broussillon, sociologue, la réussite de l'innovation agricole repose avant tout sur la mise en commun des savoirs et l'adaptation aux réalités économiques locales :

Il ne faut pas que les savoirs soient fragmentés et que chacun, dans son coin, fasse sa petite recherche, ses innovations aussi et ne les partage pas avec les autres. Ça signifie qu'on n'a pas la possibilité de capitaliser. La deuxième chose, c'est : comment maintenant dépasser l'innovation ? Il faut que ce soit massivement. Actuellement, le modèle économique tel qu'il existe ou les choses qu'on propose parfois ne sont pas adaptés à nos réalités. La troisième chose, c'est qu'il faut poser le problème du revenu agricole. Il faut que ce soit rentable et que les agriculteurs puissent en vivre.

Le levier de la restauration scolaire

Les innovation nombreuses, mais restent fragiles : la restauration scolaire peut devenir un moteur de souveraineté alimentaire en soutenant les filières locales et en structurant la production.

Sophie Drogue, économiste agricole à Montpellier, a travaillé un projet de recherche sur la relocalisation de l'alimentation en Guadeloupe. Elle identifie une équation complexe entre volonté politique et contraintes de gestion :

Les préconisations que nous faisons, c'est de changer les régimes alimentaires, d'introduire plus de produits locaux dans les cantines sans augmenter le coût pour les gestionnaires de cantine. L'autre levier sur l'agriculture : les agriculteurs, par exemple, sont prêts à fournir les cantines en produits locaux, mais il y a un gros problème, c'est les délais de paiement.

Une question centrale demeure : qui doit orchestrer ce changement ? Si les collectivités locales disposent de leviers d'action, elles peinent encore à coordonner l'ensemble des acteurs.

En réalité, changer d'échelle ne consiste pas à multiplier les initiatives isolées, mais à opérer une véritable mutation systémique. Transformer un tel système exige alors de mutualiser les savoirs, de structurer les filières, d'adapter les cadres réglementaires et, par-dessus tout, de porter une ambition politique affirmée.

Agir pour son île

Rodney Ledrec  étudiant en BTS métier élevage au lycée agricole de Baie-Mahault témoigne de sa passion et de son projet futur pour embrasser la profession d'agriculteur éleveur à Marie-Galante :

Je me lance dans l'élevage parce que je sens que mon île, Marie-Galante, en a besoin. Je vais commencer à faire des petits jobs pour récolter l'argent nécessaire pour commencer une petite entreprise, développer ma production animale et pouvoir poursuivre une production de canne. Parce que j'ai de la canne, j'en ai 5 hectares, ce sont des hectares de canne de famille. Je vais valoriser ma production grâce à cette canne. Parce qu'il ne faut pas oublier que la canne est aussi une source de nourriture pour les animaux, surtout pour les bovins qui en raffolent. Je sais que ça fait quand même assez longtemps qu'on utilise cette technique. La canne peut aussi nous servir à produire du fumier. Par exemple, on peut produire des tomates, des salades ou des cives, faire notre petit jardin créole pour pouvoir nous permettre d'avancer. C'est pour ça que je viens de me lancer dans l'agriculture, parce que je sais que d'être l'un des premiers jeunes qui améliore son île, parce que je trouve que c'est anormal, parce qu'on dépend aussi des importations. Pourtant, avec les produits naturels qu'on a sur notre île, on peut se nourrir, on peut avoir cette autonomie alimentaire.


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