BTP en Guadeloupe : un secteur au bord de l’asphyxie
Le secteur du bâtiment et des travaux publics traverse l’une de ses plus graves crises. Pris entre les feux croisés de la baisse de la commande et du financement public et la fermeture de la carrière de Deshaies, les grandes entreprises ne suivent plus et entraînent dans leur chute les petites et moyennes entreprises. Conséquence, pour la première fois depuis longtemps, le BTP détruit de l'emploi au lieu d'en créer. Une situation que José Gaddarkhan, président de la fédération des entreprises du BTP décrit comme "catastrophique".
Le BTP, en Guadeloupe n'est pas habitué aux coups durs. Depuis plus de 60 ans, même quand les vents de la conjoncture étaient contraires, le secteur a toujours été suffisamment fort pour encaisser les chocs, se stabiliser et repartir. Cette résilience était possible notamment grâce au support inconditionnel de la commande et des acteurs publics, quitte à rendre d'ailleurs le secteur ultra-dépendant, comme l'admet José Gaddarkhan, président de la fédération des entreprises du BTP.
Nous sommes dépendants à 98% de la commande publique qui est en baisse depuis le COVID et vous avez la crise des finances publiques qui n'aide absolument pas.
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COVID tournant décisif
Alors que les autres secteurs de l'économie ont réussi, à grands frais, à retrouver un certain élan après la crise sanitaire, le BTP, lui, peine à se remettre. Il faut dire que la commande publique, autrefois dynamique a fortement ralenti. Les chantiers qui devaient commencer tardent à démarrer et les rénovations urbaines s'étalent dans le temps. Par conséquent, certaines entreprises de travaux publics n'ont pas travaillé depuis plus d'un an.
Elles ont fait le choix de placer leurs employés en chômage partiel pour ne pas les licencier, mais ont, aussi dû supporter le coût des cotisations sociales et salariales, avec aujourd'hui des conséquences lourdes voire fatales.
Nous avons fait une réunion avec la chambre de commerce et nous avons demandé le nombre d’entreprise liquidées ou en redressement judiciaires. Tous les jeudis, des entreprises sont assignées soit par la DGRFIP soit par l’URSSAF soit aussi par les fournisseurs qui les assignent car elles ne peuvent pas payer. À ce rythme-là, beaucoup d'entreprises vont disparaître du paysage local.
Du côté des entreprises du bâtiment aussi la demande va se tarir. Plusieurs chantiers d'État, tels que le nouveau CHU ou la prison de Basse-Terre, arrivent à leur terme, sans qu'aucune nouvelle perspective n'ait été annoncée.
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Deshaies, facteur aggravant
Dans ce contexte tendu, la fermeture de la carrière de Deshaies a été une mauvaise nouvelle de plus. Sans matériaux, les entreprises ont dû trouver des solutions alternatives qui, parfois, ont pesé sur leurs coûts.
Jusqu’à présent, certains travaux ont pu se poursuivre grâce au béton fabriqué à partir de la pouzzolane de Rivière-Sens, parfois avec des conséquences désagréables, mais une large partie du secteur dépend directement de la carrière de Deshaies pour son approvisionnement. Nous avons réussi à trouver des solutions avec des matériaux de la Dominique ou de la Martinique, mais les acheminer représente un coût que nous devons répercuter sur nos prix. Or, cela, les collectivités ne veulent pas le prendre en compte. D'autant que depuis le début de la guerre en Ukraine, les coûts des matériaux avaient déjà augmentés.
Défendre ces coûts face aux maîtres d’œuvre n'est pas chose facile.
On tente de leur expliquer mais elles répondent que les budgets sont votés en avance.Sauf que lorsqu'elles passent les commandes, les professionnels ne peuvent pas leur répondre dans les coûts demandés. Cela fait un an que la Région a passé des commandes mais personne ne peut exécuter les travaux dans les prix annoncés.
La décision judiciaire qui scellera le sort de la carrière de Deshaies, ainsi qu'un rapport d'expert prévu pour les jours qui viennent sont donc fermement attendus. Si c'est la fermeture définitive qui est décidée, alors cela pourrait être la fin pour tout un pan du secteur du BTP local et par extension de l'économie de l'île.
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