"Il y a non-assistance à personne en danger" : des docteurs antillais défendent un traitement diabétique cubain à Paris
Deux professionnels de santé guadeloupéens ont rencontré l'Agence de l'Innovation en Santé (AIS) et l'Agence nationale de Sécurité du médicament (ANSM) ce mercredi 14 janvier, à Paris. Ils veulent que la France autorise le traitement cubain "Heberprot-P" pour le pied diabétique, qui permettrait d'éviter jusqu'à 300 amputations par an en Guadeloupe et en Martinique.
Accompagnés d'une avocate en droit de la santé, les docteurs Henry Joseph et Martin Mukisi, qui exercent en Guadeloupe, étaient en mission lobbying à Paris cette semaine, face aux grandes instances d'autorisation des médicaments.
Ils ont rencontré l'ANSM et l'AIS à l'initiative des députés guadeloupéen Elie Califer, guyanais Jean-Victor Castor et réunionnais Frédéric Maillot. L'objectif étant que la France lance des essais cliniques avec le traitement cubain "Heberprot-P" pour le pied diabétique, créé en 2006 par le professeur Jorge Berlanga.
Le docteur en pharmacognosie Henry Joseph déplore que la France n'autorise pas encore ce traitement.
Au moment où je vous parle quelqu'un se fait couper la jambe au CHU de Pointe-à-Pitre et ce n'est pas normal.
300 amputations par an
Chirurgien orthopédiste spécialiste en plaies et cicatrisation notamment du pied diabétique, Martin Mukisi est convaincu de l'efficacité de ce traitement pour éviter les amputations.
C'est très frustrant, depuis 1992, jusqu'en 2016, je faisais des amputations tous les vendredis. C'est 300 amputations par an dans chaque territoire, on pourrait les éviter grâce à ce produit.
Les Cubains ont réussi, à base d'une levure de canne à sucre, à synthétiser le principe actif de la salive du chien pour cicatriser ses plaies, cela peut paraître fou mais ça fonctionne et 30 pays l'utilisent déjà, Henry Joseph ne veut plus perdre de temps.
Cela va marcher ! Trente pays, donc pourquoi pas la France ? C'est de la non-assistance à personne en danger. L'"Heberprot-P" va rentrer dans les pharmacies, notre travail va éviter de couper des pieds des Antillais, mais aussi des Parisiens ou des Montpelliérains.
Une urgence dérogatoire
En plus du soutien des députés, la démarche est accompagnée par l'avocate Isabelle Robard sur deux voies. Si l'autorisation de l'ANSM peut prendre du temps en raison des essais cliniques, cette dernière espère obtenir en attendant un droit dérogatoire à une utilisation compassionnelle pour les patients qui en feraient la demande.
C'est l'urgence pour éviter ce carnage de santé publique. On a alerté depuis dix ans et il faut maintenant une réponse qui soit claire sur cet accès compassionnel.
Le lobbying a été porté directement aux instances concernées à Paris, avec l'espoir bientôt de sauver des pieds grâce à l' "Heberprot-P".







