Procès de l'artiste Blow : une dispense de peine requise et un délibéré annoncé au 21 mai 2026
Au deuxième jour du procès de l'artiste Blow à Pointe-à-Pitre ce vendredi (27 mars), le parquet a requis une dispense de peine pour les trois prévenus. La procureure pointe du doigt une œuvre dépassant les limites de la liberté d'expression. Le jugement sera rendu le 21 mai 2026 à 8h après une mise en délibéré.
Ce vendredi (27 mars), au tribunal correctionnel de Pointe-à-Pitre, Caroline Calbo, procureure de la République de Pointe-à-Pitre, a requis une dispense de peine pour l'artiste Blow et ses deux co-prévenus tout en rappelant fermement que la liberté artistique comporte des limites.
Le tribunal a mis sa décision en délibéré. Le jugement sera rendu le 21 mai 2026 à 8h.
Un tableau qui dépasserait le cadre légal
Bien qu’elle affirme ne pas vouloir faire de ce dossier un procès politique et qu'elle comprenne l'enjeu mémoriel lié au scandale du chlordécone, la magistrate estime que l'œuvre exposée début 2025 au Centre des Arts dépasse le cadre légal.
Selon le ministère public, ce tableau représentant le chef de l’État décapité s'apparente à une provocation à l'atteinte à la vie prévue par la loi de 1881 car il manque de la dimension humoristique propre aux caricatures de presse classiques.
Le procès se poursuit donc ce vendredi après une première journée essentiellement marquée par des questions prioritaires de constitutionnalité et des nullités de procédure.
Fait notable de l'audience, le président de la République Emmanuel Macron ne s'est finalement pas constitué partie civile et n'est pas représenté par un avocat, bien que sa plainte initiale soit à l'origine des poursuites pour cette œuvre censée dénoncer le non-lieu dans l'affaire du chlordécone.
L'artiste conteste l'expertise du parquet
À la sortie de l'audience, l'artiste Blow n'a pas caché son agacement face à l'analyse de la procureure, remettant en cause la légitimité du parquet à interpréter son œuvre :
C'est n'importe quoi. Elle est procureure, et non pas critique d'art, donc je ne vois pas comment elle peut décider qu'une oeuvre d'art peut caractériser un message aussi spécifique que celui qu'elle était en train d'essayer de dire que je transmets dans mon tableau. Elle veut vraiment faire comprendre que ce tableau signifie spécifiquement "une attaque". Comment un procureur qui a étudié le droit, et non pas l'art, peut déterminer l'objet d'un tableau ? Sachant que même une personne qui a étudié l'art ne peut pas décider du message qu'il y a derrière un tableau.
La défense dénonce un « piège » juridique
De son côté, Me Philippe Edmond-Mariette, avocat au barreau de Martinique, fustige des réquisitions qu'il juge calquées sur la plainte initiale. Ce dernier dénonce une manœuvre juridique :
Ces réquisitions sont tout simplement la copie conforme de la plainte déposée. Elles sont inadmissibles et incompréhensibles en droit, et c'est un véritable piège pour la défense que de dire au tribunal que l'on vous déclare coupable, mais on vous dispense de peine. Nous, ce qu'on veut, c'est qu'il n'y ait aucune déclaration de culpabilité. Je suis absolument confiant parce que nous avons pour nous à la fois le droit, les faits et l'histoire qui entoure le contexte particulier de ce dossier sur le scandale innommable du chlordécone. Elle pose un regard sur ce dossier qui est un regard d'une procureure de la République, mais les procureurs sont aux ordres. Puisqu'elle dépend du garde des Sceaux, et je la vois mal aller à contresens de la volonté d'un président de la République française. Sauf que pour nous, la justice est indépendante.







