Policier arrêté en Martinique : l'enquête révèle son implication dans un dossier de blanchiment où figure Maître Gims
Une semaine après sa mise en examen et son placement en détention provisoire, le brigadier-chef originaire de Fort-de-France aurait reconnu avoir consulté des fichiers de police pour le compte d'une organisation soupçonnée de blanchir des centaines de millions d'euros issus notamment du narcotrafic où figure le nom de l'artiste Maître Gims.
Déjà mis en examen pour corruption passive, blanchiment en bande organisée et violation du secret professionnel comme le révélait RCI la semaine dernière, Johnny B. apparaît désormais comme l'un des principaux relais de l'organisation criminelle au sein des services de police.
Selon les éléments d'enquête révélés par Le Monde, les investigations de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) ont permis d'identifier au moins 194 consultations suspectes dans différents fichiers policiers. Les recherches auraient porté sur plusieurs figures du narcotrafic français et des individus visés par des enquêtes en cours dont des membres de la DZ Mafia et un autre réseau marseillais connu sous le nom de La Castellane.
Pour les enquêteurs, ces vérifications auraient été réalisées à la demande de membres du réseau afin d'obtenir des informations sensibles sur des personnes recherchées ou surveillées par les services de police.
Un policier affecté à la lutte contre le trafic de stupéfiants
Au moment des faits reprochés, le fonctionnaire de 51 ans était affecté à une cellule spécialisée dans la lutte contre le trafic de stupéfiants à Fort-de-France.
Une position qui lui donnait accès à des informations particulièrement sensibles et qui, selon les enquêteurs, aurait permis de dissimuler plus facilement certaines consultations dans les bases de données policières.
Les investigations ont notamment porté sur des recherches effectuées dans le fichier des personnes recherchées (FPR), mais aussi dans d'autres outils utilisés quotidiennement par les forces de l'ordre.
Des aveux lors de sa garde à vue
Toujours selon les révélations du quotidien national, Johnny B. aurait reconnu une partie des faits au cours de sa garde à vue.
Il aurait expliqué avoir noué des liens avec l'homme présenté comme le dirigeant du réseau dès 2017, alors qu'il était en poste à Toulouse. Ce dernier lui aurait demandé progressivement d'effectuer des vérifications dans les fichiers de police concernant lui-même, ses proches ou d'autres personnes.
Le brigadier-chef aurait reconnu avoir transmis les résultats de ces recherches, parfois accompagnés de captures d'écran. Des informations qu'il monnayait à hauteur de 500 euros par recherche.
Incarcéré dans un premier temps au centre pénitentaire de Ducos, il a depuis été transféré à la prison de la Santé, dans le 14e arrondissement de Paris.
Une dépendance financière au cœur du système
Les enquêteurs ont également identifié près de 200 000 euros de mouvements financiers suspects à son bénéfice.
Selon l'enquête, ces fonds auraient été versés sous différentes formes : espèces, cryptomonnaies ou virements provenant de structures liées au réseau de blanchiment.
Endetté, Johnny B. aurait admis s'être progressivement retrouvé dépendant de cet argent, utilisé notamment pour financer certaines dépenses personnelles et des travaux immobiliers.
Une enquête toujours en cours
Au cœur de cette affaire figure Lahoucine A. S., un homme d'affaires installé au Maroc que les enquêteurs présentent comme le dirigeant d'une vaste organisation internationale de blanchiment d'argent. Selon la justice française, le réseau aurait permis de blanchir près de 319 millions d'euros entre 2019 et 2025 et plus d'un milliard d'euros au cours de la dernière décennie.
Le système reposait sur un mécanisme de compensation entre des liquidités issues du trafic de drogue et d'autres activités illicites, et des virements bancaires réalisés à travers des sociétés écrans et de fausses factures. Lahoucine A. S., qui n'a pas encore été entendu par la justice française, conteste toute implication dans ces activités.
L'enquête a également conduit à la mise en examen du chanteur Maître Gims, poursuivi pour blanchiment en bande organisée. Les magistrats soupçonnent l'artiste d'avoir eu recours à ce réseau afin d'obtenir d'importantes sommes en espèces destinées notamment à des dépenses personnelles et au règlement de certains prestataires intervenant dans le cadre de ses activités artistiques. L'artiste, qui bénéficie de la présomption d'innocence, conteste les faits qui lui sont reprochés.
Deux policiers sont aujourd'hui mis en examen dans ce dossier. Les investigations se poursuivent afin de déterminer l'étendue exacte des complicités dont aurait bénéficié cette organisation criminelle internationale.







