Sécheresse en Martinique : comment le système agricole s'adapte lors du Carême
Alors que le préfet place la Martinique en vigilance sécheresse ce mercredi (4 mars), l'île s'organise pour affronter un Carême marqué par des vents forts et une baisse des ressources.
Comme chaque année, la période du Carême, allant de janvier à avril, apporte son lot de changements en Martinique. Depuis ce mercredi 4 mars 2026, le préfet de la Martinique, Étienne Desplanques, a officiellement placé l'ensemble du territoire en vigilance sécheresse.
Cette décision donne suite aux observations de la Mission Interservices de l'Eau et de la Nature (MISEN) qui note une diminution inquiétante des ressources en eau depuis le début du mois de février 2026.
La réponse de la permaculture au défi climatique
Moins de pluies et des températures en hausse ont été recensées, avec des répercussions sur l’environnement, l’économie et la vie quotidienne des habitants.
Dans le secteur agricole, les exploitants sont souvent en première ligne et exposés à ces pressions climatiques. Pour minimiser les risques, certains diversifient leurs cultures.
Installé au quartier Mascret dans la commune de Fonds-Saint-Denis, Jammin Perriet, de La Roche Perma, s’est tourné vers un autre système de production : la permaculture. Il explique cette forme d’autosuffisance alimentaire :
La permaculture, c'est quand même un système conçu pour s'adapter et s'autosuffire. Que ce soit le Carême ou la période pluvieuse, on arrive à s'en sortir. Nous faisons également de la sélection génétique. Ce qui veut dire que lorsqu'il va faire très chaud, au lieu d'arroser les dix plants de piment que je planterai, je vais les laisser se débrouiller. Il y en a huit qui vont mourir, il va en rester deux. Les deux qui resteront auront la mémoire génétique qui fait qu'au fur et à mesure des générations, ils s'adaptent, ce qui nécessite moins d'entretien. C'est un travail sur l'équilibre. Tout ce qui est équilibré dure dans le temps et nécessite très peu d'énergie.
Un mois de mars venteux avant un carême plus sec
Un mois de mars sous le signe du vent fort et d’une masse d’air humide. Jean-Noël Degrace, prévisionniste explique les raisons de ce phénomène :
On n'attend pas forcément un temps très sec sur ce mois de mars. On attend des pluies un peu régulières qui ne vont pas forcément donner des gros cumuls chaque jour, mais qui ne vont pas donner non plus de la sécheresse comme on peut l'avoir parfois en cette période de carême et de mois de mars. Ça sera souvent accompagné de vent fort. C'est ce vent fort aussi qui peut être responsable de ces pluies assez régulières, puisque l'alizé qui vient buter contre le relief des îles de l'arc antillais, ça favorise le développement de quelques averses. Par contre, ce phénomène "La Niña" devrait évoluer assez rapidement au cours du mois de mars dans le Pacifique et passer vers un phénomène El Niño, son opposé, qui attend a priori un mois d'avril et un mois de mai plus secs que d'habitude, avec moins de pluie prévue. Globalement, le prochain trimestre de mars, avril, mai devrait relativement être normal en termes de quantité de pluie sur la Martinique.
Les stratégies agricoles face à la sécheresse
Selon Émile Rosalie, co-responsable de la ferme "en Gryav là" au Robert, où sont présents des producteurs de fruits maraîchers et d'élevages, des solutions existent pour éviter la pénurie d’eau :
C'est la période où on taille, on apporte du fumier. C'est une période de réparation pour les arbres. À ce moment-là, on attend les premières pluies pour avoir les floraisons. Pour les autres cultures, notamment maraîchères, avec les nouvelles technologies, nous avons la capacité de mesurer les quantités de notre sol et de pouvoir gérer notre irrigation. Pour apporter de l'eau à une plante, ce n'est pas ça non plus, il faut stocker cette eau, créer des brisants qui empêchent l'évaporation de l'eau et travailler avec du paillage. Ceux qui coupent l'herbe à l'aide d'une machine, c'est du très bon travail, parce que l'herbe au sol fait économiser beaucoup d'eau dans l'année. Par ailleurs, certaines variétés d'arbres, en s'enracinant dans le sol profondément, font remonter l'eau pour les plantes. Ça, c'est dans le cadre du verger. Là où ça peut poser des problèmes, c'est pour les animaux. Ils peuvent avoir un manque d'herbe. À ce moment-là, nous pouvons réduire le cheptel ou sinon, nous pouvons faire un stockage d'herbe.
Si les prévisions de pluie sont jugées normales pour la saison, les précipitations actuelles ne suffisent pas à recharger les rivières. Des gestes simples pour préserver la ressource en eau sont recommandés : limiter les usages secondaires tels que le lavage des voitures, le remplissage des piscines privées ou le nettoyage des extérieurs, réduire la consommation domestique, ne pas laisser couler l'eau inutilement.
Pour préserver la ressource, les usagers sont invités à vérifier leurs installations pour réparer d'éventuelles fuites et à signaler toute fuite sur le réseau public aux différents organismes dont la SAUR, la SME ou ODYSSI.
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