[DOSSIER 2/2] Sargasses : la valorisation toujours au point mort en Martinique

Par 06/08/2026 - 14:54

Depuis une quinzaine d'années, plusieurs porteurs de projets tentent de transformer les sargasses en ressource : bio-carton, bioplastique, compost ou encore cosmétiques. Mais malgré ce potentiel, aucune algue n'est aujourd'hui valorisée sur le territoire martiniquais.

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Transformer les sargasses pour en faire une ressource, c'est l'objectif de plusieurs porteurs de projets depuis déjà une quinzaine d'années. Les voies de valorisation sont nombreuses et la sargasse dispose d'un véritable potentiel, notamment pour devenir du bio-carton, du bioplastique, du compost ou des cosmétiques.

Pourtant, depuis les premiers échouages de ces algues brunes, la plupart des solutions envisagées en Martinique restent encore au stade de laboratoire. Et aucune algue n'est aujourd'hui valorisée sur le territoire, malgré les tentatives.

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Une usine prête à accueillir les sargasses mais...

Au François, l'usine Holdex Environnement est prête à accueillir des sargasses depuis deux ans, mais l'entreprise se heurte à plusieurs obstacles. À l'entrée du site, des montagnes de déchets verts s'amoncèlent, juste à côté de l'amas de bagasses de canne à sucre où les sargasses devraient être entreposées. Sauf qu'aujourd'hui, aucune n'a encore franchi le portail.

Dès 2011, l'entreprise s'était pourtant penchée sur le sujet, selon Mike Bernus, son directeur :

Ce qu'on avait pu repérer, c'est le fait qu'elles agissaient comme de véritables accélérateurs de fermentation, avec une présence très importante d'oligo-éléments.

En 2015, l'entreprise remporte un appel à manifestation d'intérêt soutenu par l'ADEME. Depuis deux ans, l'usine est prête à en accueillir 25 000 tonnes par an :

Une fois qu'elles arriveraient, on les mélangerait. Et ensuite, elles seraient transférées directement dans nos tunnels de fermentation, pour être travaillées et mises en sac.

Des polluants présents

Mais pourtant, aucune algue n'est aujourd'hui valorisée chez Holdex. Le problème provient notamment des contaminants que peuvent transporter les algues, comme l'arsenic. Charlotte Gully, experte sargasses à l'ADEME, précise les précautions nécessaires :

Il y a une vraie vigilance à avoir sur la traçabilité de l'arsenic dans le procédé, pour le maîtriser et obtenir en sortie des produits sains.

Mais le problème ne s'arrête pas là : les algues pourraient également être contaminées à la chlordécone. Face à cette éventualité, Mike Bernus, d'Holdex, prévoit de n'accepter que les algues provenant de certaines zones :

Elle commencerait au niveau du François, du côté de Frégate, pour remonter jusqu'au Diamant.

La crainte d'un nouveau scandale

Des expérimentations complémentaires sont encore demandées à Holdex, malgré toutes les précautions prises par l'entreprise. La crainte d'un nouveau scandale sanitaire freine les avancées, comme l'explique Frédéric Voyer, directeur du GIP Sargasses :

C'est un peu tout l'enjeu de tous les projets de valorisation qui sont proposés. Bien vérifier que les solutions proposées par les porteurs de projets n'amèneront pas plus de difficultés qu'elles n'en résoudront.

En parallèle, Holdex travaille sur un projet de biofertilisants à base de sargasses, une piste supplémentaire pour tenter de transformer ce fléau écologique en opportunité économique.

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D'autres débouchés à l'étude

Les idées pour valoriser les sargasses sont nombreuses, mais elles sont finalement peu à être crédibles selon Charlotte Gully, experte sargasses à l’ADEME :


On est beaucoup sollicité par les porteurs de projets sur la Sargasse. En période de forts échouements, comme en ce moment, on peut avoir un nouveau porteur de projet par semaine qui demande à nous rencontrer. Mais quand on regarde dans les détails les capacités de financement, les éléments techniques, la prise en compte de la contamination, les aspects réglementaires, in fine, seuls un petit pool de projets arrive à avancer et à être accompagné. Souvent, ces porteurs de projets qui viennent nous voir, ce sont des entreprises de l'Hexagone ou même de l'international qui n'ont aucune idée du contexte local et qui ne se sont jamais développés aux Antilles.

A la SARA, on essaye de transformer la sargasse en biocarburant. Un objectif complexe d’après Dominique Boeuf, directeur du laboratoire Serd Caraïbe, partenaire du projet :


Elle contient énormément d'eau, peu d'énergie a priori. Elle est salée, et très variable dans sa composition, dans sa quantité et elle peut contenir des composés qui vont gêner les procédés industriels. C'est pour cela que le travail de recherche et de développement est indispensable avant de parler même d'industrie. Il faut répondre quand même à des questions très concrètes : combien de sargasses peut-on collecter ? Dans quel état ? Combien on peut extraire de molécules d'intérêt, par exemple les sucres ? Et combien d'éthanol on peut produire avec ces sucres-là ? Il faut aussi voir si le procédé qu'on arrive à faire est stable et est-ce qu'il reste efficace quand la quantité de sargasses change ? Si, en fonction de la charge, le coût et l'énergie nécessaire restent raisonnables pour avoir une technologie qui soit déployable.


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