CARICOM : santé, formation, commerce… la Martinique veut renforcer son intégration dans la Caraïbe
Au-delà des échanges commerciaux, l'intégration de la Martinique à la CARICOM pourrait favoriser la circulation des compétences, le développement des formations et l'ouverture de nouveaux marchés. Des projets concrets sont déjà en cours avec la Barbade et Sainte-Lucie.
L'intégration de la Martinique à la CARICOM ne se limiterait pas à faciliter les échanges de marchandises. Elle pourrait également ouvrir de nouvelles perspectives pour la circulation des compétences au sein de la Caraïbe.
Dans le domaine médical, le professeur Dabor Résière, médecin réanimateur et toxicologue au CHU de Martinique, estime que cette évolution favoriserait les coopérations entre établissements de santé et universités de la région.
On est vraiment ouvert à recevoir les internes des universités des West Indies… des médecins également… C'est une sorte de mobilité globale, pour les patients également
Selon lui, cette dynamique profiterait autant aux professionnels de santé qu'aux patients, en renforçant les échanges d'expériences et de compétences entre les territoires caribéens.
Créer une passerelle entre la Caraïbe et les certifications européennes
Le secteur de la maintenance aéronautique voit lui aussi un intérêt à un rapprochement avec la CARICOM. La filière fait face à une pénurie de main-d'œuvre qualifiée dans l'ensemble de la région.
À la tête d'Airlines Technical Support, implantée de la Jamaïque au Suriname, Rodolphe Massal souhaite faire de la Martinique un trait d'union entre les formations caribéennes et les standards européens.
« Je trouve que ce serait intéressant de créer une passerelle entre une île française, européenne, et les îles de la Caraïbe. Une sorte de double diplôme, local et européen (...) Nous voulons former localement, mais quand on parle de local, on parle de la grande Caraïbe. »
L'objectif serait de permettre aux futurs professionnels d'obtenir une double reconnaissance de leurs qualifications, tout en répondant aux besoins de recrutement dans cette filière.
Des accords de coopération déjà engagés avec la Barbade
Cette coopération en matière de formation commence déjà à se concrétiser. Un accord signé entre la Martinique et la Barbade prévoit notamment de renforcer les échanges dans l'enseignement et la formation.
À terme, il doit également faciliter la reconnaissance des diplômes entre les deux territoires, ouvrant la voie à une mobilité accrue des étudiants et des professionnels.
Un accord commercial en préparation avec Sainte-Lucie
Les discussions engagées depuis jeudi entre la Martinique et Sainte-Lucie illustrent également cette volonté de renforcer l'intégration régionale.
Le protocole d'accord actuellement en négociation prévoit un échange de 15 produits martiniquais contre 15 produits saint-luciens. Pour Serge Letchimy, président du Conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Martinique, cette initiative constitue une première étape vers un accès plus large au marché caribéen.
Comme Sainte-Lucie est à la fois dans l'OECO et dans la CARICOM, je veux, à travers Sainte-Lucie, toucher Saint-Vincent, Trinidad, etc. C'est un début. (...) C'est vraiment un énorme travail d'ingénierie et de développement local
Les discussions portent notamment sur des produits issus de l'agro-transformation, de l'artisanat ou encore de l'industrie manufacturière. Elles concernent aussi les aspects réglementaires, fiscaux et logistiques indispensables à la mise en place de ces échanges.
Quelques étapes restent à franchir avant la signature
Si le contenu du protocole est quasiment finalisé, l'accord n'est pas encore signé.
Le Premier ministre de Sainte-Lucie, Philip J. Pierre, doit d'abord le présenter à son gouvernement avant une validation définitive.
Selon Claudius Préville, ambassadeur chargé du commerce et des investissements de Sainte-Lucie, seuls quelques ajustements techniques restent à finaliser.
Les deux parties se sont entendues sur le contenu du protocole d'accord. (...) Côté Martinique, il restait une validation de la France sur un point concernant les règles d'origine des produits. Du côté de Sainte-Lucie, le gouvernement doit encore examiner le texte avant sa signature
Pour lui, cet accord doit permettre de structurer des échanges commerciaux encore largement informels entre les deux territoires.
Faire de Sainte-Lucie une porte d'entrée vers la CARICOM
Au-delà des échanges de produits, Sainte-Lucie ambitionne de devenir une véritable plateforme régionale.
Le pays souhaite notamment exporter des algues marines, une vodka élaborée à partir de carambole, ainsi que différents condiments et sauces piquantes.
Mais l'enjeu dépasse le seul commerce alimentaire.
Claudius Préville évoque déjà des discussions avec des entreprises martiniquaises dans les domaines du transport de marchandises par drones ou encore des énergies renouvelables.
Nous pensons que Sainte-Lucie occupe une position stratégique. Nous pouvons devenir une porte d'entrée pour les échanges commerciaux entre la Martinique — et plus largement l'Union européenne — et le reste de la CARICOM
Pour les autorités saint-luciennes comme pour la Collectivité territoriale de Martinique, cet accord commercial pourrait ainsi constituer une première étape vers une intégration économique plus large au sein de la Caraïbe.
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