« On veut simplement la justice » : les lycéennes de Jardin d’Essai s'unissent après la diffusion d'une liste sexiste

Par 06/05/2026 - 13:07 • Mis à jour le 06/05/2026 - 13:16

Ce mercredi 6 mai, une vague d'indignation a submergé le lycée Jardin d’Essai aux Abymes. Réunies dès l'aube, des centaines d'élèves ont dénoncé la diffusion virale de listes sexistes et dégradantes, marquant un point de rupture face au harcèlement en ligne.

    « On veut simplement la justice » : les lycéennes de Jardin d’Essai s'unissent après la diffusion d'une liste sexiste

Très tôt ce mercredi matin (6 mai), au sein du lycée Jardin d’Essai aux Abymes, une mobilisation d'envergure a transformé le parvis de l'établissement en espace de contestation.

Des centaines de lycéennes ont délibérément choisi de ne pas assister aux cours, préférant s'unir pour dire « stop ».

Leur message est clair : mettre un terme à l’humiliation, au sexisme et aux classements dégradants qui polluent les réseaux sociaux.

À l’origine de cette colère noire, on trouve une liste diffusée la veille, ciblant spécifiquement des élèves de première et de terminale à travers des photographies et des catégories d'une rare insulte.

Ce fut un véritable choc pour ces jeunes filles, qui ont reçu le soutien solidaire d’élèves du lycée voisin de Baimbridge, mais également celui de leur propre Proviseur. Sur place, l’émotion était palpable, beaucoup évoquant une humiliation publique et une atteinte profonde à leur dignité.

Le cri du cœur des lycéennes

Parmi les manifestantes, Kerslane, élève de terminale dont le nom figurait sur cette liste, exprime son angoisse face à la propagation du contenu :

Moi, ça m'effraie. Je trouve ça dommage que cette idée leur soit parvenu. C'est effrayant. Il y a certaines filles qui se sont senties dénigrées et humiliées. Surtout que c'est public et que cela a beaucoup tourné sur les réseaux sociaux et cela est arrivé jusque dans d'autres lycées. Les propos sont dégradants, j'étais dans une catégorie qui l'était. Certaines filles étaient en pleurs et ne sont pas allées en cours parce qu'il s'agit de garçons que l'on côtoie tous les jours. Ils sont dans nos classes et spécialités. On attend que la justice ait une vraie réaction. On veut simplement la justice et que quelque chose se passe enfin pour de vrai.

Pour Chloé, également en classe de terminale, l'inquiétude se porte sur les conséquences psychologiques de tels actes :

Je trouve ça vraiment déplorable et triste de voir ça. Il y a beaucoup de filles qui n'ont pas confiance en elles. Et ça joue sur ça. ça peut même avoir des proportions très graves. Certaines peuvent parfois se faire du mal. Nous sommes en 2026 et je trouve cela triste que ce genre de choses arrive encore.

La réponse du rectorat

Face à cette situation, le rectorat de la région académique Guadeloupe a réagi par voie de communiqué ce mercredi 6 mai. L'institution condamne avec la « plus grande fermeté » ces faits graves.

Le rectorat a précisé que des mesures immédiates ont été prises : identification des auteurs potentiels, engagement de procédures disciplinaires, signalement à la Procureure de la République et activation d'une cellule d'écoute pour les victimes.

Tout en comprenant l'émotion, l'autorité académique invite toutefois les élèves à reprendre les cours normalement afin de garantir la réussite de tous à l'approche du baccalauréat.

Un arsenal juridique renforcé

Sur le plan légal, la réponse commence à s'organiser. Il faut savoir que cinq plaintes ont, aux dernières nouvelles, été déposées par les personnes visées sur cette liste.

L’affaire a depuis été confiée aux policiers du commissariat central. Les risques désormais encourus par le ou les auteurs sont importants, notamment avec les nouvelles dispositions prises par le législateur en matière de trucage sur les réseaux sociaux.

La loi prévoit une peine pouvant aller jusqu’à 2 ans de prison et 60 000 € d’amende, sur la qualification précise de « diffusion, montage de publications à caractère sexuel générées par un algorithme numérique, reproduisant l’image ou les paroles d’une personne sans son consentement », chef retenu par les enquêteurs actuellement.

L’introduction récente, dans le Code pénal, de dispositions spécifiques relatives aux manipulations numériques marque une évolution essentielle avec l’essor des technologies génératives.

Les litiges liés à la diffusion de contenus en ligne se sont multipliés ces dernières années.

Une loi promulguée en 2024

Dans ce contexte, la distinction entre authenticité et falsification devient de plus en plus difficile à établir, ce qui engendre de nouvelles menaces pour les droits fondamentaux, tant individuels que collectifs.

Les hypertrucages désignent des contenus audiovisuels produits ou modifiés dans le but de dénigrer une personne ou lui faire tenir des propos jamais tenus.

Pendant longtemps, le droit français a appréhendé ces agissements de manière indirecte, en s’appuyant sur des infractions déjà existantes, telles que l’atteinte à l’intimité ou à la vie privée.

Face aux insuffisances, le législateur est donc intervenu avec la loi du 21 mai 2024, dite loi SREN (visant à sécuriser et réguler l’espace numérique), qui a profondément revu le régime des infractions afin de mieux répondre aux nouvelles formes de manipulation numérique.


√ Rejoignez notre Chaîne Whatsapp, RCI INFOS GUADELOUPE, pour ne rien rater de l’actualité : cliquez ici.

Tags

À lire également