L'hommage à nos défunts est-il en train de disparaître sous l'influence des normes françaises ?

Par 22/10/2025 - 08:03

Le Covid a profondément bouleversé les traditions locales qui dictent les conventions de la mort en Guadeloupe. Le retour à la normale ne s'est pas opérée de manière optimale et lentement, mais sûrement, les codes changent emportant avec eux les us et coutumes. Dominique Biras, invité de Parlons Vrai tire la sonnette d'alarme.

    L'hommage à nos défunts est-il en train de disparaître sous l'influence des normes françaises ?

En Guadeloupe, la mort est une fête. C'est l'hommage à la vie et à tout ce qu'une personne a été et à tout ce qu'elle a représenté pour ses amis et sa famille. Cette fête n'éloigne pas la tristesse et le deuil, mais elle permet à la famille de s'abriter dans la chaleur d'un sentiment de communauté. C'est aussi, sans aucun doute, le moment la plus codifié de notre culture. Ces "normes" faisaient partie d'un héritage culturel, jusqu'à ce que les traumatismes de la crise sanitaire viennent tout bouleverser. Pour Dominique Biras, vice-président du syndicat des pompes funèbres, ces changements ne doivent pas mettre en danger le patrimoine funéraire local.

Chaque vie mérite un bel hommage. Un accompagnement personnalisé et respectueux. Nous sommes Guadeloupéens, nous avons des coutumes. Je ne m'avancerai pas plus, car au final, les familles choisissent leur cérémonie, mais nous ne pouvons pas oublier ce que nous ont légué les anciens.

Une formation "aseptisée"

Il faut dire que la mort a souvent été une affaire de famille. Mais désormais, le métier s'apprend hors de la Guadeloupe, en France avec des normes qui diffèrent des traditions locales. Interrogé sur la raison d'une absence de formation au local, Dominique Biras estime que cela fait partie des volets qui seront influencés par une évolution statutaire et institutionnelle.

Nous devons réussir à faire ce que la Nouvelle-Calédonie, ou Saint-Martin ont fait avec des formations locales qui permettent de transmettre et protéger la tradition.

Sur ce dossier, le vice-président du syndicat des pompes funèbres veut attirer l'attention des parlementaires.

Prédation économique

Par ailleurs, des forts enjeux économiques se jouent aussi sur ce dossier et à plusieurs niveaux. D'abord, le rapatriement des corps, généralement très onéreux, met les familles vulnérables à l'épreuve. Avant d'être embarqué, le défunt est pesé et c'est ce poids qui constitue la majeure partie de la facture finale.

Nos défunts sont considérés comme des marchandises. Les compagnies taxent les rapatriements et les familles peuvent se retrouver déjà avec une facture de 5 000 euros alors qu'elles n'ont même pas encore organisé les obsèques. Je veux sensibiliser les partenaires afin de créer des billets du défunt comme nous avions créé déjà les billets de deuil, afin de soulager les familles.

Enfin, les retards de paiement des mutuelles mettent aussi à l'épreuve les entreprises funéraires. 

Les grandes mutuelles sont entrées dans le marché du funéraire, mais elles mettent en danger les entreprises car elles tardent à aider les familles. Il peut se passer 6 mois avant qu'elles ne versent les fonds. Ce n'est pas tenable en termes de trésorerie. Sans compter les parts de marchés qu'elles prennent.

Dominique Biras espère profiter du débat de l'évolution statutaire et institutionnelle pour amener le dossier de la sanctuarisation des traditions funéraires locales.


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