Affaire David Vincent : la lettre d'amour d'une orpheline

Par Pierre Emmanuel 10/06/2021 - 13:53
01/01/2020 - 00:00
Guadeloupe

La troisième journée du procès a été marquée par les aveux de Kurel Blombou, le plus jeune des accusés qui a avoué d’entrée être le tireur du coup de feu mortel. Ce jeudi matin, les filles de David Vincent dont la plus jeune aujourd’hui âgée de 8 ans, ont témoigné provoquant une vague d’émotion dans le tribunal.

    Affaire David Vincent : la lettre d'amour d'une orpheline

En passant aux aveux, Kurel BLOMBOU a soulagé sa conscience mais également répondu à la question essentielle de qui était l'auteur du coup de feu mortel. Même s'il a précisé qu'il s'agirait d'un tir accidentel dû au fait que la victime aurait tentée de se saisir du canon du fusil et que c'est à ce moment-là, dans la panique, que lui, BLOMBOU, aurait exercé une pression et déclenché instinctivement le coup de feu.

Il l'a dit tout de suite, dès le début de sa déposition, après avoir, d'abord, formulé ses condoléances à la famille de la victime. Il enlevait un poids à ceux que ce crime pesait mais aussi une épine dans le pied du jury et des différentes parties engagées dans ce dossier qui pouvaient désormais se consacrer au mobile de l'acte, aux conditions dans lesquelles les faits se sont déroulés et au degré d'implication de chacun des 4 accusés poursuivis dans cette affaire. Des aveux : oui. Mais aussi des disculpations et de profondes modifications dans ses révélations qui contrastent terriblement avec des précédentes auditions. Au point de s'interroger, pour certains, sur la vérité des affirmations rapportées et sur l'éventualité de pressions exercées et de menaces soupçonnées.

Kurel Blombou a-t-il dit toute la vérité ?

Tout comme ceux qui lui ont succédé. Yann DESTAIN qui accompagnait BLOMBOU chez la victime et qui a évoqué la peur et l'affolement pour expliquer leur comportement à tous les deux. BLOMBOU a déchargé de toute responsabilité Jessy GALLE, le conducteur du véhicule dans lequel se trouvaient les 4 hommes, et Jean-Marc LAVINIER, qu'il avait pourtant jusque-là enfoncé. Un changement de version qui a surpris mais que pourtant GALLE n'a pas su saisir, n'arrêtant pas de s'énerver, de gesticuler et même d'élever la voix. Quant à LAVINIER, il a nié toutes les accusations et présomptions qui pesaient sur lui. Maîtrisant mieux sa stratégie de défense qu'une expérience de 17 mentions à son casier judiciaire a peut-être facilité. Dans cette quête de la vérité, les proches de la victime sont loin d'avoir obtenu toutes les réponses à leurs nombreuses questions.

Une nouvelle journée éprouvante

Les mouchoirs sont sortis ce jeudi matin dans la salle d'audience de la cour d'assises de Basse-Terre. Avec discrétion, pour ne pas perturber l'audience. Mais l'émotion était trop grande pour résister à ces petits mots, ces petites phrases, sorties de voix innocentes qui n'ont pas tremblé pour dire tout l'amour qu'elles vouaient à leur père. Un patriarche qui le leur rendait bien et qui était très proche de ses 5 enfants dont les 4 filles qui se sont succédées pour évoquer celui qui leur manque tant, depuis ce fameux soir du 16 janvier 2019. Les larmes ont coulé sur des joues rougies par la douleur et la souffrance qu'elles ont du mal à endurer.

Pourtant, les enfants de David Vincent, courageuses, vont la surpasser pour s'exprimer devant la cour, sans colère, ni haine, ni esprit de vengeance. Mais bien au contraire avec une certaine douceur à la dimension de l'amour qui semble baigner dans cette famille, unie comme les 5 doigts de la main. Des mains entrelacées, des corps collés les uns aux autres. Les filles de David Vincent se sont serrées encore plus, assises sur les bancs qui leur sont réservés, lorsque chacune d'elle s'exprimait à la barre.

On retiendra, notamment, le témoignage bouleversant de la plus jeune des 5 enfants, à peine 8 ans, née et scolarisée en Guadeloupe, qui a lu sur un petit morceau de papier, la lettre qu'elle a adressé à son père. Des mots d'amour d'une orpheline qui n'a pas eu le temps de bénéficier de cette protection que tout parent voue à ses enfants. Des mots remplis de tendresse, d'affection, mais également pleins de signification qui se termineront en disant à celui dont elle gardera un souvenir aimant qu'il est désormais au paradis. Le ton était donné pour l'entrée en matière, ensuite, des plaidoiries des avocats des parties civiles qui se poursuivent. Le 1er des 3 à s'exprimer, maître Pascal BICHARA-JABOUR qui a dit sa conviction que ce soir-là, les 4 hommes s'étaient construits un projet avec comme architecte LAVINIER, comme conducteur GALLE et comme exécutants, DESTAIN et BLOMBOU. Sous-entendu, tous les 4 aussi responsables que coupables.

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